CHAPITRE III
Les fumées troublent l'ionisation atmosphérique. La disposition individuelle crée une hypersensibilité chez l’arthritique. Traitement préventif par
la cité-jardin.
Les fumées n’agissent pas seulement par leur intensité. Même à l’état de brume légère elles absorbent une partie des rayons ultra-violets que nous envoie le soleil. Or ceuxci sont un tonique puissant et un excitateur de la nutrition.
D'autre part ces fumées troublent l’ionisation atmosphérique (1). Ici une explication est nécessaire.
D'abord un mot d'historique.
À la climatologie qui fait partie de la géographie s’est annexée une science particulière la météorologie, application de la physique et de la chimie à l’étude de l'atmosphère, et les médecins l’ont envisagée sous un angle distinct, la météoropathologie. Enfin l’on tend à étendre notre conception sur ces sujets en regardant la climatologie et la météorologie comme des chapîtres d’une science plus générale la cosmobiologie.
Le champ de ces études s’est ainsi de plus en plus étendu. Une climatologie nouvelle est née : on pourrait l’appeler Climatologie électrique qui se superpose à la climatologie classique et comprend elle aussi un chapitre pathologique.
L’électricité atmosphérique existe dans l’Ion, molécule
. (1) Voir Paix, Les différences de potentiel en biologie, Presse Médicale, 30 déc. 1%5, p. 1723 et 15 mai 1926, p. 619, et Ames, Météoropathologie, Paris 1933.
gazeuse envisagée avec un noyau central électrisé positivement autour duquel gravitent les électrons électrisés négativement. Les deux charges positive et négative sont égales, c’est l’ion neutre. "
Sous certaines influences, un électron négatif peut être soustrait à l’orbite d’une molécule et pris par une autre molécule qui devient de ce fait un ion négatif. La molécule qui a perdu un électron devient un ion positif.
Cette ionisation de l’atmosphère varie suivant le temps et l’espace. On a reconnu que la prédominance d’ions négatifs excite l’énergie vitale, provoque l'euphorie, amène l’activité motrice, excite la libido, etc.
La prédominance d’ions positifs a des résultats inverses. D'où l'application à la culture des plantes, à l'élevage du bétail, à l’art vétérinaire, à la médecine. |
Les ions, en agissant sur les alvéoles pulmonaires, augmentent l’hémoglobine, ralentissent la précipitation des hématies ; les ions négatifs accroissent le nombre des globules blancs, abaissent la tension artérielle chez les hypertendus, ralentissent et calment les mouvements respiratoires, augmentent les échanges généraux de l'organisme.
L'air ionisé négativement accélère la croissance, le poids et l’activité fonctionnelle des glandes endocrines ; il provoque l’euphorie et la recrudescence d'activité motrice. Mais l'administration de trop fortes doses amène des phénomènes inverses.
Déjà les chercheurs visent à l’application de l’ionisation à la médecine. Ils introduisent ainsi par la voie intra-trachéale des métaux comme l'or, le salvarsan, etc. Ils expliquent l’action thérapeutique des liquides colloïdaux injectés par la théorie de l’électro-échange organique (1).
(1) Dr Tcanevskv, Les phénomènes électrodynamiques dans le sang et les moyens de les diriger. Paris 1936.
CARRE AONTE EDR N US LA F
et la production des hémoptysies chez les tuberculeux dans
les sanatoria (D' CHaise, de Cambo), il y en a une avec les attaques de goutte (D° A. Denier, dans l'Hôpital 1936,
n° 398). L’ionisation est plus intense en été qu’en hiver ;
on peut comprendre ainsi la folie cyclothimique chez les
prédisposés. :
Elle est plus forte lorsque l'air est sec que lorsqu'il est humide avec pluie ou brouillard.
L’ionisation varie suivant la nature géologique des terrains. La production d’ions de beaucoup la plus importante provient d'éléments radio-actifs ; les terres granitiques et argileuses plus radioactives que celles calcaires, favorisent à un haut degré l’ionisation de l'air. Aussi dans les pays
granitiques, les orages sont-ils très violents et les chutes de
foudre très fréquentes (DAUzZÈRE).
Nous avons cité ces divers faits pour montrer l'importance
de ce nouveau facteur en climatologie, car les troubles de |
l’ionisation expliquent justement l’inadaptation urbaine.
LanGEvIN, en 1090, a découvert qu'il existe deux sortes d'ions atmosphériques, les gros et les petits (1). Dans les pelits ions la charge électrique est fixée sur une seule molécule ou sur un nombre très restreint de molécules agglomérées. Dans les gros ions, au contraire, la même charge électrique est fixée sur un agrégat de très nombreuses molécules agglomérées.
Les gros ions sont caractérisés par une mobilité très inférieure à celle des petits ions. En effet, les gros ions, en raison de leur grosseur ont plus de peine à se déplacer au milieu des molécules de gaz que les petits ions qui ont sensiblement la taille des molécules. :
Le nombre des gros ions est plus élevé dans les villes que
) Striffling Electricité ionisation, radioactivité atmosphériques, Gazette médicale de France, 1936, 1. 43, n. 17, p. 879.
Us ont ainsi relevé une relation entre l’ionisation de l'air
-dans les campagnes ; par contre, les petits ions sont plus
abondants dans les campagnes que dans les villes. Cette répartition différente des ions s'explique par l’abondance des poussières et des fumées répandues dans les villes : ces poussières et ces fumées se fixent sur les petits ions en formant de gros ions.
Or les gros ions sont neutres et mauvais conducteurs de l'électricité : c’est là pour les hygiénistes la cause importante des troubles morbides dus à la vie urbaine.
Mais l'influence ne s’en fait sentir d’une façon évidente que sur quelques sujets. La plupart semblent n’en supporter aucun trouble, ou, s’il se produit, est-il peu intense.
Il faut donc tenir compte de la prédisposition individuelle qui crée un état d’hypersensibilité ou allergie, ce sont surtout les enfants qui éprouvent l’inadaptation urbaine, comme d’ailleurs en général les variations météorologiques. MouriQuanp distingue deux groupes d'enfants, les météoro-
stabiles et les météorolabiles.
Si on cherche la cause première on trouve souvent, dit-il, un petit hépatisme qui caractérise la diathèse arthritique (LesAGE). Eczémas, urticaire, asthme, vomissements acétonémiques, débacles digestives, albuminurie ou glucosurie intermittente en sont les signes.
Le plus souvent les enfants finissent par s'adapter à l’air des villes, ce après un temps variable, parfois très long.
Quel traitement conseiller aux inadaptés urbains. Nous l’avons dit, seul le changement d’air est efficace. Parfois il suffira de changer de quartier, en se déplaçant vers l’ouest, par exemple à Londres celui d’'Hyde Park, à Paris le xvi° arrondissement et le Bois de Boulogne.
Au point de vue social, un traitement préventif doit
primer : transformer nos villes, faire. des Cités-jardins. Dans la cité-jardin idéale les usines sont reléguées à bonne distance de la ville et disséminées. Le plus grand facteur
d’insalubrité se trouve ainsi écarté.
La maison n’est plus construite en hauteur, elle n’a qu’un ou deux étages.
L'orientation des maisons est étudiée pour utiliser au maximum la radiation solaire à l’intérieur des pièces. Une « maison de verre » construite en briques de verre existe, d’ailleurs, à Paris (x).
En tous cas l’air et la lumière y entrent par de larges baies. |
L’Angleterre qui inaugura le régime économique des usines, fut aussi la première à remédier au surpeuplement des cités ouvrières. Au siècle dernier, elle réalisa la citéjardin avec Garden City. à cinquante kilomètres de Londres. Vinrent ensuite Port Sunlight, dans le comté de Chester,
Bournville dans le Worcester, Hampstead, Garden-Luburb,
Letchworth entre Londres et Cambridge et Welwyn plus près de Londres ; cités conçues pour trente-cinq à cinquante mille habitants (x).
Prenons Port Sunlight, bien étudié par G. Benoît-Lévy dans son livre la Cité-jardin, Paris, 1904. Les maisons y ont chacune leur cachet particulier ; elles sont entourées d’arbres et de verdures. Les usines sont reléguées à l’extrémité du bourg. Les rues ont une largeur de ro mètres et d’une maison à l’autre, grâce aux jardins de devant, on compte 30 mètres. Les cottages sont beaux, sains, à bon marché. L'auteur conclut : l’Art est pour tous, la beauté est pour tous, et comme les rayons du soleil, l’art et la beauté doivent
{) Voir Piery, Les Acquisitions récentes sur le climat urbain, Gazelle . médicale de France, 1936, t. 43, p. 911, Bernard Vicarer, Climatolo- ‘ gie médicale de la région parisieñne, Thèse Paris, juin 1936.
être Ho PET à ta Ajoutonsy l'hygiène plus précieuse “
| encore, ear elle donne la santé. ,
Depuis, la cité-jardin s’est dévdoyos en Allemagne, en
Suède, aux Etats-Unis, en bien d’autres pays.
En France, les premiers villages-jardins ont été construits par la Société des mines de Dourges, dans le Pas-de-Calais. . D'autres initiatives dues à des sociétés minières et à la com- pagnie du chemin de fer du Nord ont suivi. Mais à Paris
et autour de Paris, bien peu a été fait pour aménager des espaces libres et faire pénétrer l’air et la lumière.
Cette carence ne se limite pas à Paris. M. Georces RisLer constate que, à Lyon 56 %, à Saint-Etienne 56 %, au Havre 53 %, à Limoges 57 %, à Brest 64 % de la population sont logés dans des locaux insalubres et surpeuplés. Quant à la banlieue parisienne, elle est une des plus riches en taudis : 58 % à Aubervilliers, 58 % à Saint-Ouen, 51 % à Issy-les- Moulineaux, etc.
Pourtant nous avons des architectes urbanistes éminents, et ï} existe une association des cités-jardins de France qui, tous les ans, fait un Congrès ; elle était Fan dernier à son 39°. Mais la lutte contre les taudis est une œuvre de longue haleine qui exige du temps, des capitaux, et la bonne volonté de tous. :
Tout nous invite à étendre la surface de nos villes, à multiplier les squares, les jardins, les larges avenues, à diminuer la hauteur de nos maisons, tout jusqu’à la crainte de la guerre qui nous menace de bombardement et le progrès favorise cette expansion par la facilité, la rapidité et le grand nombre de moyens de communications dont nous disposons présentement.
Et la science nous en montre l’urgence en révélant les méfaits des poussières qui s'accumulent dans les villes et les maladies qui frappent les citadims..….
Je me rappelle avoir admiré en mon enfance une image
Ce vœu 1 qui. me lu est déjà partiellement réalisé. Par une collaboration féconde des urbanistes, des météorologistes, des hygiénistes et des médecins, nous pourrons suivre cette évolution vers le Eee grès.
à la campagne ? »
Toutes nos | grandes villes devraient déjà, à l'heure actuelle, avoir étudié leur climat, le degré de la pollution de leur atmosphère et, déjà avoir prévu un urbanisme d’avenir s’efforçant de résoudre les problèmes iéaenie d’ hyaiène climatique. \