‹ Contribution a l'étude Des indications de la médication antipyrétique Dans le traitement De la fièvre typhoideChapitre 11 sur 32 · RD ES · texte numérisé non relu

RD ES

choix dans les différents moyens antipyrétiques, celui qui

répond à chacune de ces indications particulières. Quoi qu'on ait dit, un seul ne peut convenir à tous les cas. Ce sont ces actions physiologiques que nous allons étudier maintenant, cherchant à tirer de cette étude l'indication de ces différents moyens antipyrétiques , dans des cas déterminés.

Nous allons maintenant passer en revue les divers moyens, agents extérieurs au médicamenteux, à l’aide desquels il est possible d’atténuer l’intensité du processus fébrile. On peut les diviser en deux grandes classes : les moyens réfrigérants, les médicaments antipyrétiques proprement dits. Les premiers agissent en soustrayant au malade une plus ou moins grande partie du calorique produit en trop ; leur but, d’après les auteurs qui les ont préconisés, est d'empêcher les effets pernicieux de la chaleur sur l’économie; ce sont des antithermiques; mais, nous le verrons bientôt, leur action est bien plus complexe; s’ils abaissent la température, c’est moins en soustrayant du calorique, qu’en diminuant le processus pyrétique par une action réflexe sur les centres nerveux; en un mot, les réfrigérants sont peut-être des antipyrétiques plutôt que des antithermiques. Dans la seconde classe rentrent tous les médicaments qui, administrés à l’intérieur, abaissent la température du fébricitant, soit en agissant sur les centres thermigènes , soit en modérant Îles actes bio-chimiques exagérés, dont les éléments anatomiques sont le siège.

Nous étudierons donc rapidement, d’une part, les moyens de refrigération : bains froids, bains tièdes, affusions froides, enveloppements, lotions et lavements froids; et, d'autre part, les médicaments antipyrétiques, sulfate de quinine, acide sa-

hicylique et ses sels, alcool, digitale, acide phénique et ses dérivés. Et, nous appuyant sur les expérimentations physiologiques, les résultats obtenus sur le malade, nous chercherons quel de ces agents antipyrétiques doit être préféré dans chaque cas particulier, suivant la forme de la maladie et suivant les symptômes qui accompagnent la fièvre. Malgré le grand nombre de travaux publiés, ou plutôt en raison même de cette multitude d'observations, notre tâche est loin d’être com-— mode. Il est bien difficile d'apprécier les résultats'tant est variable la dothiénentérie, variable suivant le pays, l’âge du malade, les épidémies, le moment même de chaque épidémie, Les travaux sont contradictoires, faits bien souvent avec des idées préconçues. Certains auteurs appliquent, à tous les cas légers ou graves, un traitement unique; d’autres, en appli-

quant trop tôt un traitement, bénéficient des erreurs de dia-

gnostic, tels les partisans de la méthode de Brand qui, en bai-

gnant leurs malades dès le second jour, guérissent souvent

tout autre chose que la fièvre typhoïde. Ces pratiques faus-

sent les résultats et rendent bien délicate leur appréciation,

Nous n’avons pas la prétention d’avoir apporté quelque lumière dans ce coin si obscur de la thérapeutique. Notre but a été d'analyser et de montrer ce que chaque méthode a de bon, et dans quels cas il faut l’employer.

« Rien n’est plus difficile, dit M. le professeur Hayem, que de fixer, dans l’état actuel de nos connaissances, le traite-

ment des maladies; sur la plupart des points de la pratique

médicale, il est presque impossible de porter un jugement

définitif. Les matériaux ne manquent pas, mais ils sont contradictoires. Comme il s’agit de faits cliniques, nous n’avons

pas la ressource de l’expérimentation; nous ne pouvons,

Rousseau, pi

RE PO ne à

Récamier et Gendron 1838-1839, par Jacques de Lure, 1839 à

des formules rigoureuses. Ses travaux, qui eurent en Alle à

par M. F. Glénard, admirateur enthousiaste de Brand, et le

ES ul.

| MÉDICATION RÉFRIGÉRANTE. = \pes BAINS FROIDS DANS LE TRAITEMENT DE LA FIÈVRE TYPHOIDE.

L'emploi der eau froide dans le traitement des pyrexies est £ 3 j fort ancien. Mais, c’est à J. Currie que revient l'honneur d’avoir fixé les règles de ce traitement, et d'en avoir montré, à l’aide du thermomètre, l’action thérapeutique (1787). Sa méthode fut employée par un grand nombre de médecins anglais et portugais, dans le traitement du typhus et de la fièvre Fe typhoïde. Un peu plus tard, 1807, Giannini établit d'une | façon scientifique les indications de cette méthode, qui fat plus tard appliquée en France, sous différentes formes, par ; ru. ee

1843, par Leroy de Béthune, 1845 à 1868, par Scoutetten,en & £ 1843. En 1868, Brand ‘érigea l’usage de l’eau froide dans le ane traitement de lafièvre typhoïde en une véritable méthode avec

magne un grand rétentissement, ont été divulgués en France

plus ardent promoteur de sa méthode. Depuis la publication

(1) Hayem; cours, 1882.

La 2

et

des mémoires deM. Glénard (Lyon, 1873 et 4874), la méthode de Brand a été l’objet d'importantes discussions à Lyon, en 1874, à Paris, en 1876, à la Société médicale des hôpitaux. Dans ces derniers temps, la question a repris un regain d’actualité. (Discussion à l’Académie de médecine; lettre de M. Glénard à l'Académie. Janvier 4883) (4).

Dans ce chapitre, ‘il ne sera pas question de la méthode de Brand seulement, mais de l’action du bain froid dans le traitement de la fièvre typhoïde. Nous ne parlerons plus particulièrement de cette méthode, qu’en abordant la question des indications du bain froid.

Mode d'administration des bains froids. — Quel que soit le but qu’on se propose, en ayant recours aux bains froids, qu’on les prescrive pour répondre à une indication passagère, qu’on en fasse, comme Brand, l'élément principal de la médication, en cherchant à obtenir un abaissement constant de la température fébrile, le mode d'administration est le même.

Une grande baignoire est placée parallèlement au lit du malade, à un mètre de distance environ; elle contient de l'eau, dont la température varie, suivant les indications, de 122 à 25°. Le malade y est plongé assis, de telle sorte que ses épaules baignent dans l’eau. A deux reprises, on lui fait sur ia tête une affusion d’eau froide, ou on applique sur la tête une

compresse très froide, Après un temps plus ou moins long,

(4) Voir pour les détails historignes. Diemer ; de l’hydrothérapie comme traitement abortif des f. typh. Paris, 1856 ; Huchard, Union médicale, 1876; Fombarlet, thèse de Paris, 1879; Homolle, Revue des sc. méd., 1878; Labadie-Lagrave, hèse d'agrégation, 4878, bi-liographie ; Longuet,'Lyon médical, décerabre 1883.

et qui varie suivant la température du bain, mais qui est le plus souvent de dix minutes, le malade est retiré de l'eau, légèrement essuyé et reporté sur son lit, où on nele couvre que d'un simple drap. On le laisse ainsi jusqu’à la fin du frisson, qui se produit dans le bain et continue après pendant vingt, trente, quarante minutes, et même une heure (1). | . La durée de l'immersion doit être suffisante pour provoquer l'abaissement de la température. Il est bon de laisser le malade dans l’eau quelques minutes après l’apparition du frisson. Le nombre de minutes, pendant lequel on laisse le malade dans l’eau froide, varie avec la température du liquide ; il doit être proportionné au nombre de degrés Réaumur marqué par le bain: 6 minutes, si l’eau est à 6° R.; 16 minutes, pour 16° R. (Brand, in revue de Homolle.) (2 et 3.)

Pour les médecins français, en particulier les médecins de Paris, qui emploient la balnéation dans la fièvre typhoïde, le bain froid ne doit être renouvelé que quand il est expressément indiqué par l’état général du malade. Pour les médecins allemands et pour l'Ecole lyonnaise, lethermomètre seul doit servir de guide. Les règles qui doivent présider à l'emploi des bains ont été formulées par Brand d’une façon très précise, et font de son traitement de la fièvre typhoïde par lesbains, moins un procédé qu’une méthode. Voici, en quelques mots, le résumé de cette méthode; elle est trop connue pour que nous ayons besoin d’insister longuement. Les bains doivent être répétés toutes les fois que la température remonte au-dessus de 39,5 dans le rectum, 39° dans l’aisselle (pour Jurgensen,

© (1) Glenard, Lyon médical, 1813-1874.

(2) Brand, loc. cit.

(3) Homolle, loc. cit.

40° dans le rectum, et 39,5 dans l’aisselle), et cela nuitet jour. Et, comme l’abaissement produit par le bain a une durée assez courte, que trois heures apres son administration le thermomètre est remonté au point où il était avant l’immersion, c'est toutes les trois heures qu’il faut répéter la réfrigération. Huit bains dans les vingt-quatre heures, voilà la règle dans la période d'état de la fièvre typhoïde ; il est rare que ce chiffre ait besoin d’être dépassé; plus tard, ou dans les formes légères, on espace les bains; leur nombre peut être abaissé à 2 ou 1 dans les vingt-quatre heures, en s’en tenant toujours aux indications fournies par le thermomètre..En un mot, la méthode consiste dans une soustraction de chaleur, au moyen de l'eau froide, durant tout le cours de la maladie, jour et nuit, du commencement à la fin, dans le but de maintenir constamment la température du corps à un degré moyen et d'assurer à l’organisme un fonctionnement normal (Homolle). C'est la chaleur qu’il faut combattre et dont il faut empêcher les effets.

Action des bains froids sur l'organisme (1).

Action sur la circulation. — L'application générale du froid ralentit la circulation, le pouls diminue de fréquence. Les vaisseaux de la peau se contractent, le sang reflue vers les organes profonds. Cette contraction, d'autant plus grande qu’il y a une plus grande différence entre la température du corps et celle de l’eau du bain, a surtout pour résultat de diminuer la masse du sang qui circule dans les téguments et

de diminuer ainsi la déperdition du calorique.

(1) Labadie-Lagrave du froid en thérap. agrés. 1878,

re Re

Action sur la respiration.— En méme temps que le cœur se ralentit, il y a, après une période de spasme respiratoire de d’anxiété, une diminution dans les mouvements de la respi—

| ration, qui dans le bain sont plus lents et plus profonds

(Liebermeister). | PE FRE

Action du froid sur la calorification.— Dans un bain froid, la déperdition du calorique augmente d’une façon considé= rable. Égale aux conditions normales dans un bain à 34°, elle devient double dans un bain à 30°, triple dans un bain à 25°, quintuple dans l’eau à 20° (Liebermeister). Elle est donc proportionnelle à la différence de température du corps et de l’eau du bain, et varie avec la durée de l’immersion.

Malgré cette déperdition considérable du calorique, la température interne du corps chez l'homme sain ne s’abaisse pas ; au contraire, elle s'élève, dans un bain de 18° à 22°, de quelques dixièmes de degré (Liebermeister, Speck, Jürgensen). Le pouvoir régulateur entre en jeu, et la température se maintient constante à peu de chose près. L'augmentation des pioduits de désassimilation rend évidente cette compensation. L'augmentation de la perte du calorique produit une exagération des combustions.

Pour vaincre chez l’homme sain la régulation thermique, pour produire un abaissement de la température interne, il faut l'application prolongée d’un froid excessif. Dans ces cas, la lutte est impossible; mais on ne peut fixer, d’une manière précise, les limites de durée et de température au delà desquelles la puissance de l'organisme à régler sa température est vaincue. Elles varient surtout suivant les conditions indi.

viduelles, suivant que le sujet en expérience exécute des mou-

mt

vements ou reste en repos, suivant l'épaisseur du pannicule

adipeux. L'augmentation des combustions dans le bain est

mise hors de doute par les recherches de Vierordt, Barral, Valentin, et Liebermeister. Ce dernier a montré que, dans un bain à 32,5, il y a déjà une exhalaison plus grande d'acide carbonique par les poumons. Dans un bain à 24°, elle est 2 fois 1/2 plus considérable que l’exhalation normale; elle devient triple dans un bain de 18° environ.

Chez le fébricitani, l'application du froid produit sur la calorification des effets analogues, a vec cette différence capitale que chez lui la température s’a baisse plus vite et que la chute est beaucoup plus considérable.

Aussi, l’administration d’un bain froid à un fébricitant estelle suivie rapidement d’un abaissement de la température quise produit dans le bain, et continue encore quelque temps, vingt à trente minutes après la sortie de l’eau. Cette diminution varie, suivant les cas, entre 1° et 3°, et même 4°. La température reste quelque temps sationnaire, et remonte ensuite au point où elle était avant la réfrigération. Au bout de deux à quatre heures, le chiffre primitif est atteint (1).

Dans le bain, chez le fébricitant comme chez l’homme sain,

il y a exagération de la production du calorique, ainsi qu’il

résulte des recherches de Liebermeister (2); dans un bain à

20°, le fiévreux, de même que le sujet apyrétique, produit trois fois plus de chaleur que dans les conditions normales, Mais chez le fébricitant, la compensation est moins parfaite; et,

toutes choses égales d’ailleurs, il perd plus de calorique; cela

(1) ILest très important quand on étudie les effets de l’eau froide de prendre la température dans le rectum, :

(2) Liebermeïster.

lente

est dû, pour Liebermeister, à ce que dans la fièvre, le bain ne détermine pas une contraction aussi active des vaisseaux de la périphérie qu’à l’état sain, et que par conséquent le rayonnement est plus intense; et à ce fait que la production de calorique est un peu moindre chez le fièvreux. De là, la possibilité d’abaisser dans une forte proportion sa température.

Le degré de l’action antithermique du bain froid varie suivant les cas. Il dépend des conditions individuelles, dé l’épaisseur du pannicule adipeux, de l'intensité de la maladie, et de la période de la maladie.

Il est des malades tout à fait réfractaires à la réfrigération : ce sont en général les plus gravement atteints, ou ceux qu’on baigne au début de la fièvre typhoïde; dans les formes adynamiques graves, on voit souvent la température résister à l’action de l’eau froide et s'élever même au sortir du bain (Cayla (41), Mayet et Weill (2), Peter (3). Ziemssen et Immermann ont montré que, dans les cas légers, la quantité de l’abaissement thermique et sa durée étaient plus fortes que dans les cas graves. Dans les stades secondaires de la maladie, la durée et l'intensité de l’abaissement sont plus marqués. Cette augmentation de l'action réfrigérante se produit plus tardivement dans les cas graves que dans les cas légers. Leichstenstern a trouvé également que l’abais— sement thermique est plus marqué dans le quatrième septénaire que dans le second et le troisième. Enfin, les bains administrés le soir produisent un effet plus considérable que ceux qu’on donne le matin, parce qu’alors l’action antither-

(1) Cesar fèse de Montpellier, 1877.

- (2) Mayet et Weill, Gaz. hebdomad., 1874, (2) Peter, loc. cit.

mique s'ajoute à la rémission naturelle (Liebermeister) (1). :

Action du bain froid sur lessymptômes de la fièvre typhoïide.— Le typhique plongé dans l’eau froide reprend généralement connaissance au bout de quelques minutes; il paraît étonné, se plaint, et parfois s’agite au point qu'il faut le calmer et même le contenir; chez quelques malades tourmentés par une céphalalgie intense, la douleur se calme. Au bout d’une dizaine de minutes apparaît un frisson violent, les muscles tressaillent, la peau se rétracte, le pouls est petit, la respiration haletante, l’aspect du malade est à « fendre l’âme » (Glénard). Malgré ces symptômes, il faut le retenir dans le bain quelques minutes encore, Souvent, le malade, qui avant le bain était plongé dans la stupeur, peut regagner lui-même son lit. Après le bain, le frisson continue quelquefois pendant une heure, puis tout se calme et le malade s’endort (Homolle).

Pour Brand et Glénard, la fièvre typhoïde traitée par les bains froids évolueraitsans présenteraucun phénomène grave, absolumentcomme une fièvre catarrhale; l’étattyphoïde n’existerait plus. Il faut certainement en rabattre : il suffit de lire les observations qui ont été publiées pour voir que si, dans certains cas, le bain froid agit d’une façon merveilleuse surles accidents graves de la fièvre typhoïde et peut opérer de véritables résurrections, il en est d’autres où il reste absolument impuissant. De cette lecture se dégage ce fait général : que si les formes ataxiques de la maladie sont rapidement et heureusement améliorées, il n’en est pas de même des formes adynamiques.

Celles-ci, quand elles sont légères, sont cependant rapide-

(1) Liebermeister, compend de Zierassen, v. 11, p. 317, Rousseau,

ment amendées : la stupeur disparaît, le malade est éveillé, répond bien aux questions, sa figure exprime le bien-être, la langue est humide. Le pouls perd son dicrotisme (Bernheim, Mayet et Weill).

Mais, quand l’adynamie est extrême, le bain ne produit aucune amélioration. « Dans les cas graves, dit M. le professeur Bernheim, les phénomènes adynamiques, tympanisme, selles ou urines involontaires, peuvent cependant continuer malgré l'emploi des bains froids. » Les observations sont nombreuses : non seulement lJ'adynamie résiste à l'emploi des bains, mais encore la réfrigération peut n'amener souvent aucune rémission de la fièvre (Soulier, Chavannes (1), Mayet et Weill (2), Cayla (3), Duchamp (4), Julliard (5). |

Dans les formes ataxiques, l'emploi des bains rend les plus grands services. Les phénomènes nerveux graves, le délire, disparaissent souvent dès les premiers bains, le calme succède à l’agitation; la carphologie, les mouvements convulsifs, les contractions cèdent rapidement (Féréol, M. Raynaud, Béhier, Mayet et Will, Bernheim, etc.)

M. Peter a cité tout récemment un cas qui met en lumière cette action bienfaisante des bains dans des cas bien déterminés. (Discussion à l’Académie de médecine, 1883, 22 février.)

L'emploi des bains froids diminue la fréquence des accidents

de décubitus. Quant à l'influence de la balnéation sur l’évolu—

(1) Soulier, Chavannes.Société de méd., discussion, Lyon méd., 1870. (2) Mayet et Weiïll, loc, cit.

(3) Cayla, loc. cit.

(4) Duchamp, Lyon méd., 1879.

(5) Julliard, Lyon méd,, 1879.

tion de la fièvre typhoïde et sur les lésions anatomiques,

ilest absolument prouvé et admis aujourd’hui qu’elle est tout

à fait nulle. La fièvre typhoïde traitée dès le début et dans toutes les règles par la méthode de Brand suit son cours régulier ; la marche des lésions de l'intestin n’est pas entravée comme on l'avait prétendu d’abord; de nombreuses autopsies en font foi,

Un point qui semble bien prouvé, c'est la moindre durée dela convalescence chezles malades traités parlla méthode de Brand tous les auteurs qui ont employé la balnéation l’affirment. Cependant les observations détaillées de la thèse de Cayla paraissent établir que l'intensité de la maledie influe plus que la nature du traitement sur la durée et la marche dela convalescence, mais le fait existe d’une façon générale.

Mode d'action des bains froids.—Pour Liebermeister, Brand: et leurs partisans, l'efficacité du traitement hydrothérapique serait due à son action réfrigérante. En abaissant la température et en la maintenant à un niveau moyen, cette méthode empêche tous les accidents qui sont sous la dépendance de l'élévation persistante de la température. Mais nous avons vuquelachaleurn’avaitpasle rôlegénérateurqu’on lui avait attribué dans la pathogénie de ces phénomènes graves; aussi pouvons-nous dire que l’amélioration souvent si remarquable des accidents sous l'influence de bains froids n’est pas due, exclusivement au moins, à l’abaissement de la température. Les médicaments qui diminuent la fièvre tels que la digitale, l’acide salicylique, le sulfate de quinine sont loin d’avoir sur les phénomènes ataxiques la même influence salutaire que les bains.

Il y a donc autre chose qu’une simple soustraction de calo-

fi ou rique. Brand lui-même reconnaît au bain froid, outre son actionanti-thermiqueuneactionexcitanteetrévulsive. Pour M.le profeseur Peter, les succès de la méthode réfrigérante sont dus à l’action qu'elle exercesur le système nerveux. « Le bain, dit-il, par une excitation subite et énergique de la peau produit une modification de l’organisme entier ». M. Bernheim pense que l’action du froid sur la périphérie du nerf a pour conséquence une modalité favorable imprimée aux fonctions des centres nerveux.

Cette action stimulante due au choc produit par le contact de l’eau froideest plus considérable dans les affusions froides. Là on supprime l'effet réfrigérant pour ne conserver que l’excitation.

Le bain est-il antipyrétique ? est-ce au contraire un antithermique ? N’agit-il que sur la chaleur, ou modère-t-il le processus fébrile ?

Il semble tout d’abord que loin d’être un antipyrétique, le bain exagère les combustions organiques; mais si on analyse avec soin ce quise passe dansla balnéation on voit qu’on peut conclure à une influence modératrice sur Ja fièvre. Quand un sujet sain ou un fébricitant est mis dans un bain froid, on observe deux. séries de phénomènes. Tout d’abord ii y a une période de lutte peudant laquelle l’organisme compense par des oxydations exagérées les pertes de calorique, ainsi que le prouve l’augmentation d'excrétion de l’urée et de l’acide carbonique. Dans une deuxième période, le pouvoir régulateur est vaincu, latempérature s’abaisse, plus rapidement, et plus fortement chez le fièvreux que chez l’homme bien portant, en même temps, les combustions organiques diminuent, ja production d’urée et de CO? d’abord augmentée descend à la

ER ie EL 7 NS

normale et au-dessous. Malgré l’augmentation au début, la somme des produits de désassimilation éliminée pendant la période deréfrigération (séjour au bainet abaissementconsécu-tif) est moindre que la quantité éliminée pendant le même temps, dansles conditions ordinaires, par le sujet sain ou le fébricitant. L. Schrœder (1) a démontré cette diminution des produits de combustion, urée et. acide carbonique, sous l’influence des bains froids. La quantité d'acide carbonique exhalé dans les vingt-quatre heures, qui est de 720 à 750 grammes chez un homme sain, s’élève à 829 grammes chez un typhique; dans le même temps un malade traité par l’eau froide n'élimine pas plus de720 grammes (Schrœder). La quantité d’urée diminue parallèlement (Barth et Villemin). Le bain froid est donc bien un antipyrétique. Quel est le mécanisme de cette action modératrice sur le processus fébrile ? Est-elle le résultat direct de la réfrigération ? Dépend-elle d’une action réflexe ayant son point de départ dans l'excitation des nerfs cutanés, et agissant sur les centres nerveux ou trophiques ? Voilà ce qu'il est bien difficile de déterminer.

Pour M. Gubler, le froid, en provoquantla contraction des vaisseaux périphériques, produit comme conséquence une diminution des phénomènes de combustion dont le réseau capiléaire est le théâtre, celle-ci exigeant pour ses degrés les plus élevés le ralentissement du courant sanguin dans des: vaisseaux amplifiés. Comme censéquence secondaire, il y a moins de sang altéré par une combustion exagérée et par les produits de dénutrition. Cette action réfrigérante s’étend pro-

gressivement des couches périphériques vers la profondeur,

(1) Ludw. Schrœder.

te

gagne le corps tout entier et produit une baisse générale des processus d’oxydation (1).

Le but de la réfrigération, dit M. Laure, n’est pas de soustraire plus ou moins de calories, mais d'atteindre cette chaleur dans les sources mêmes, si variées et si hypothétiques de sa production. L'action du bain ne se borne pas à un simple abaissement de température, et la température n'est pas le seul péril (Laure) (2). | :

Voici comment s'exprime sur ce point M. le professeur Hayem : « La gravité de la fièvre dépend surtout, outre l'élévation de la température, de la nature des actes biochimiques dont dépend cette élévation. Si la réfrigération est utile, ce qui ne peut être mis en doute d’une façon absolue, ce n’est pas absolument parce qu'elle soustrait de la chaleur, ou fait diminuer la température, elle agit par un mécanisme complexe : 1° comme excitant du système nerveux, et par suite comme modificateur de tous les actes qui, sous la dépendance du systèmenerveux, interviennent dans le processus fébrile ; 2° parce qu’elle modifie par un procédé que nous ne connaissons pas encore les conditions de produc— tion des actes biochimiques et, par suite, la nutrition ; s’il est vrai, par exemple, que les causes pyrétogènes, de quelque nature qu’on les suppose, exigent, pour produire leurs effets nuisibles,’une température élevée, on comprend tout le bénéfice que la réfrigération peut procurer. Mais ici on ne peut faire èncore que des hypothèses. En tous cas, la réfrigération répond à l'indication de la fièvre ; elle fait baisser la tem-

(1) Communic. du prof. Gubler. In Thèse de Fournié. Paris, 1872. (2) Laure, De l'emploi du bain froid. Lyon, 4877.

pérature en modifiant les actes biochimiques insolites qui sont la source de son élévation (4) >.

Faut-il avec Brand (1édition) assimiler la fièvre typhoïde à une fermentation, et dire que la réfrigération, en abaissant

la température du sang, empêche le développement du principe infectieux (microbe probablement)? A cette théorie on peut répondre que, s’il faut une température assez élevée pour le développement des ferments, ils ne suffisent pas à la produire ; que si les organismes inférieurs, pour vivre dans le sang ety pulluler, ont besoin d’une température plus élevée que la température normale, nous n’aurions jamais la fièvre typhoïde. Là encore, c’est l'effet pris pour la cause, c'est | parce que l'organisme est infecté que la température s'élève, et non pas l’élévation qui permet l’infection. Dans la période d’incubation dela fièvre typhoïde, pendant les prodromes, il y a peu ou pas de fièvre, cependant l'infection existe. Pour refroidir le sang, au point d'empêcher le développement des germes morbides, il faudrait refroidir les malades à un degré incompatible avec la vie. Rien ne nous autorise donc à dire que le bain froid agisse en paralysant l'énergie du principe infectieux, dans l'organisme refroidi.

Peut-être trouverait-on une explication plus bte de l'action du bain froid sur le processus fébrile, en étudiant les effets des excitations cutanées sur la calorification. « Lorsque les irritations de la peau sont énergiques, ou bien lorsqu'elles agissent sur une grande surface, leur retentissement se fait sentir sur tout l’appareil circulatoire, et l'on peut observer

des modifications rapides et très marquées dans la pression

(1) Notes du cours de M. Hayem, 1881.

to

cn; a

sanguine, dans le nombre et la force des battements cardiaques, ainsi que dans le chiffre de la température centrale , (Joffroy) (1). 7 |

| Les expériences de Neumann, Montegazza, Heidenhain, ETS Bernard montrent que les excitations sensitives'amènent rapidement un abaissement de la température centrale pouvant aller jusqu'à 1° (Montegazza, expériences sur lui-même et sur les animaux). Une excitation légère amène l'accéléra-tiou du pouls et une élévation de la température, une excitation plus vive ralentit le pouls et la respiration et abaisse la température (Rohrig, Breuer et Chrobak). Le mécanisme de cette diminution de la chaleur centrale est difficile à élucider. Pour le professeur Vulpian, l'excitation des nerfs sensitifs amène la constriction des vaisseaux de la peau et le refoulementdu sang dans le système circulatoire viscéral. L’abaissement quise produit rapidement est dû à l’afflux rapide dans les grosses veines du sang plus froid de la périphérie. Ce qui semble appuyer cette explication, c'est que, ainsi que l’ont montré Cl. Bernard et Heidenhain , la même excitation ne produit pas, chez l’animal fiévreux, l’abaissement de la température. Dans la fièvre la paralysie vaso-motrice rend inefficace l’excitation qui, à l’état sain, peut produire le resserrement des vaisseaux. Il serait désirable que de nouvelles recherches fussent entreprises soit chez l’homme fébricitant, soit chez les animaux malades, ou mis dans des conditions analogues à celles où se trouvent les malades. Peut-être obtiendrait-on alors d’autres résultats.

A cette explication de M. le professeur Vulpian on peut op-

(1) Joffroy, Influence des excitations cutanées ; thèse d'agrés., 18178.

ee Re — 49 —

DS = poser plusieurs obiections l'application de l eau, même très Sa

| courte produit le resserrement des vaisseaux de la périphé érie, y 3

LS = et par conséquent le refoulement du sang dans les viscères, e De

A ne produit cependant une légère élévation de la température ; Re l’autre part l'excitation légère amène une accélération du

“7 ; De pouls, et une élévation de la température (Rohriz) ; enfin de Pre Ane excitation énergique ne produit pas seulement une di- LES 2 minution de chaleur, mais encore un ralentissement du cœur RSR ee de la respiration. Il y a donc autre chose qu'un simple &. ee” refoulement vers l’intérieur du sang plus froid de la périphépie: Quant au resserrement des vaisseaux sous l'influence des D excitations, il est manifestechez l'hommefièvreux mis au bain,

ou soumis à l’affusion froide, moindre cependant que chez el

5 2 Lean TJhomme sain. La production de cette hypothermie, sous

l'influence des excitations de la peau, est probablement un __ phénomène complexe dans lequel interviennent l’action ner= 46 x veuse, le ralentissement du pouls et celui de la respiration.

Les choses se compliquent encore quand l'agent d’excita-

ÉrtLs *

tion est l’eau froide ; les effets thermiques s'ajoutent alors aux effets excitants (Joffroy). À

2 En résumé l’action antipyrétique du baïn froid paraït due R si au ralentissement des actes biochimiques, au resserrement

4 des vaisseaux qui diminue les phénomènes de combustion, à

‘une action réflexe sur les centres nerveux. Toutes ces causes ‘agissent-elles d’une façon égale, l’une d’elles intervient-elle plus que les autres? C’est un point sur lequel il est difficile de se prononcer, dans l’état actuel dé nos connaissances. Nous

avons voulu simplement montrer que le bain froid était plus

ne: 7 7 M Rousseau,

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