ACIDE SALICYLIQUE ET SES SELS
Buss est le premier auteur qui ait employé l'acide salicylique comme antipyrétique dans les maladies infectieuses, en se basant sur les propriétés antiseptiques de ce corps; les résultats furent excellents (2). Son exemple a été suivi en Allemagne par un grand nombre de médecins ; de tous leurs tra= vaux il résulte que l’action antipyrétique est au moins égale à celle de la quinine (3).
En France, des recherches analogues ont été entreprises par MM. Jaccoud (4), Oulmont (5), Hallopeau (6}, Caussidou (7), Vulpian (8), Rabeau ; elle mettent en évidence l'influence de
(1) Boïteux. Thèse de Paris, 18 . |
(2) Buss. Deutsch Ark. f. Klin méd., 1875.
(3) Pour l’histoire de la méd. salicylée, voir Hénocque, art. Salicylique in dre de Dechambre. — Ricklin, Revue des sc. méd., 1879. —- Rabeau. Thèse de Paris,
(4) Jaccoud. T. de laf. typh. Paris, 1883.
(5) Oulmont, Acad, de méd., 1877.
(6) Hallopeau. Union médicale, 1881.
(7) Caussidon. Gazette hebd., 1881.
(8) Vulpian. Acad des sciences, 1882, et thèse &e Rabeuu, 1882.
Lomb e l'acide salicylique et de ses sels sur le processus fébrile, et lui assignent un rang très important parmi les médicaments
antipyrétiques auxquels on peut avoir recours dans la fièvre typhoïde.
L'acide salicylique ou le salicylate de soude ne produisent pas chez l’homme sain un effet sensible sur la température du corps (Buss, Liebermeister); Riess cependant a pu obtenir, dans ces conditions, un abaissement de 0°,9, se produsant en quatre ou six heures. Chez le fébricitant l’abaissement de la température est considérable. Après l'absorption d’une dose de 5 ou 6 grammes d’acide salicylique, la température com-— mence à s’abaisser, quelquefois au milieu de sueurs profuses, mais très souvent sans diaphorèse; au bout de cinq à six heures le maximum d'effet antipyrétique est obtenu, et la température remonte généralement jusqu’à son niveau primitif, et souvent dans les formes peu graves, où lorsque la maladie est assez avancée, à un degré inférieur. L’intensité de la chute thermométrique varie suivant les cas et suivant la dose de médicament. Dans les fièvres typhoïdes graves l'effet est peu prononcé ou même nul. Cependant il ne faut pas porter, d’après cette résistance de la fièvre à l’action du médicament, un pronostic absolument mauvais, car dans ces cas la guérison peut survenir (Rabeau). Le plus souvent l’abaissement est de 1° à 2°; si l’acide salicylique est donné par prises de 0,50 centigr. d'heure en heure dès le matin, la température du soir est moindre que celle du matin, et le lendemain matin moin-
dre que celle de la veille au soir.
Gissler et Wenzel, dans les cas de fièvre typhoïde, ont donné 143 fois l’acide salicylique et 116 fois le salicylate de
soude U) : 8 fois il n'ya pas eu d'influence sur la température, s
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Pour Baels (), la chute est en moyenne de 3°, elle peut al-
ler dans quelques cas à 6° et même à 6,5 sans. qu ’on observe aucun phénomène dangereux.
La durée de la période de rémission varie de 24 à 48 heures
(Rabeau, Riess, Goltdammer, Baels) ; elle est de 12 heures
dans les cas graves, mais le plus souvent de 24 heures; une rémission de deux jours est un fait exceptionnel.
L’acide salicylique paraît n’avoir que fort peu d’action sur le pouls ; dans quelques cas celui-ci se ralentit un peu; mais cette diminution de fréquence n’est pas en rapport avec l’abaissement thermique. Rabeau a observé 420 pulsations avec une température de 38,5; 104'pulsations avec 37,7, 138 re sations avec 37°.
Quel est le mécanisme de cet effet antipyrétique? Ilest difficile d'y répondre. La chute dé la température est-elle due à la production des sueurs? Non, car la diaphorèse n’est pas
constante; et qu'en empêchant cette action sudorifique du
médicament par une injection de duboisine, on n'empêche pas l'effet antipyrétique (Raymond, cité par Rabeau). L’appareil circulatoire n’est pas en cause, nous venons de voir que l'acide salicylique était sans action sur la fréquence des bat-
(1) Gessler et Wenzel. Annales de Schmidt, 1876. (2) Baels. Arch. fur Heilk, 1871.
tements du cœur. Il est permis, avec M. Rabeau, de faire jouer un rôle dans la production du phénomène aux propriétés antiseptiques de l'acide salicylique; cependant, s’il en était ainsi, l’acide salicylique devrait avoir une action sur l'évolution de la fièvre typhoïde. et il n’en est rien. Il est probable que ce médicament exerce sur les éléments anatomiques une action analogue à celle de la quinine, qu'il ralentit les processus d’oxydation (Vulpian).
Mais là re se bornent pas les effets de l’acide salicylique : en même temps que la température s’abaisse, les phénomènes généraux s’amendent. Il y a une atténuation remarquable des symptômes qui constituent l’état typhoïde ; le malade est plus éveillé, le sommeil est calme, la langue s’humecte, l’appétit revient ; le délire, la stupeur disparaissent lorsqu'ils ne sont pas très intenses. Mais dans les cas très graves, ataxoadynamiques, l’acide salicylique reste impuissant: malgré l’abaissement de la température, les accidents sérieux persistent, nouvelle preuve que la température ne constitue pas à elle seule le danger et qu'il ne suffit pas de l’abaisser pour éloigner le péril (Riess (1), Merklen (2), Stricker (3). Malgré ces insuccès, on peut dire avec M. Vulpian que, sans constituer un agent véritablement curatif, l'acide salicylique, prescrit à doses suffisantes, peut être considéré comme exerçant une action modératrice sur la fièvre tyhoïde et que, à ce titre, il paraît devoir prendre place dans le traitement habituel de cette maladie.
{1) Riess. Berlin. Klin. Wochers, 1875.
(2) Merklen. Gazette heb. de méd., 1883, (8) Stricker. Revue de Homolle.
Rousseau. .£
On a accusé l’acide salicylique de produire des accidents,
il ne paraît pas qu'ils aient l'importance qu’on a voulu leur : donner.
C’est ainsi qu’on a pensé qu’il uit sur les muqueuses une action corrosive. Buss, Riess, Riegel (de Cologne), Rabeau n’ont jamais trouvé de lésions des muqueuses, bien que les malades aient pris des doses considérables du médicament ; quelquefois 12 grammes en deux fois (Riegel)..Si on a trouvé dans certains cas des érosions des muqueuses du tube digestif, cela est dû à ce que le médicament employé contenait des impuretés, de l’acide phénique notamment (Ewald, John, Goltdammer). L'acide salicylique pur ne produit pas d'accidents, mais il faut avoir soin, comme le fait M. le pro-. fesseur Vulpian, de faire boire au malade, après chaque dose, une certaine quantité de liquide.
Les seuls troubles que l’on observe du côté du tube digestif sont des nausées et des vomissements (Rabeau, Buss, Riess, Riegel), mais la tolérance s'établit le plus souvent. La diarrhée semble peu influencée, elle paraît cependant diminuer sous, l'influence de l'acide salicylique, et augmenter quand on donne du salicylate de soude (Rabeau).
Les accidents nerveuxsontrares. M. G.Sée a décrit un délire spécial produit par l'acide salicylique, délire tranquille, gai qui cesse dès qu’on suspend le médicament. Le même phénomène a été noté par Liebermeister. Riess, Buss n'ont jamais vu l’acide salicylique produire ces troubles nerveux. Les malades de M. Vulpian n’ont jamais présenté d'accidents cérébraux graves; il y a eu quelquefois un peu d’agitation et de délire au moment où l’hypothermie était à son maximum, mais sans caractère inquiétant (Rabeau). Il se produit chez