DANS LA FIÈVRE TYPHOIDE
Après cet examen des théories qui font jouer à l’élévation thermique un rôle primordial, nous ne verrons donc pas dans la fièvre, considérée à un point de vue plus particulier, l’élément chaleur, une indication à l'emploi des moyens antipyrétiques. Si la fièvre est dangereuse pour le malade, ce n’est pas parce qu’elle l’échauffe, mais bien, nous l'avons vu, parce qu’elle use les forces de l’organisme et épuise la vitalité des éléments anatomiques. On pouvait penser a priori, et l'observation clinique le prouve d’une façon incontestable, que la durée de la fièvre agit dans ces procès
7, Ci
oo
destructits, bien plus que son intensité. Ceux-ci seront plus intenses si ces deux facteurs, durée et intensité, sont réunis. Aussi, la médication antipyrétique doit-elle occuper, dans le traitement de la fièvre typhoïde, un rang plus important que dans celui de toute autre maladie, en raison de la longue durée de la fièvre.
L’intensité de la fièvre ne devient en elle-même une indication, que quand l’élévation thermique atteint un degré exagéré. Encore voyons-nous bien souvent le thermomètre s’élever au-dessus des limites ordinaires, sans qu’on puisse voir dans ce fait rien de bien inquiétant pour le malade ; la fatigue occasionnée par le transport à l'hôpital, une émotion, l’alimentation produisent souvent ces exacerbations thermiques ; puis, si la cause cesse, cette hyperthermie disparaît. Il n’y avait pas là de danger.
Dans d’autres cas, la température s'élève rapidement dans les premiers jours à un degré très élevé. En trois ou quatre jours, elle s'élève à 40° et au delà. Cette ascension rapide, ce degré élevé indiquent-ils l'emploi des antipyrétiques? Non, croyons-nous. Car Liebermeister a montré que ce passage rapide, en trois ou quatre jours, de l’apyrexie à une fièvre intense, caractérisait les formes légères et bénignes de la dothiénentérie (1). Si on continue à observer le malade, on voit, et cela en dehors de toute intervention thérapeutique, s’établir de grandes oscillations thermiques, de grandes rémissions matinales qui annoncent la guérison prochaine. Murchison fait remarquer que souvent on voit la fièvre typhoïde
(1) Liebermeister, Compend. de Ziemssen.
(2) Murchison. La fièvre typhoïde. 1878,