II. — L'irréductibilité de la luxation est indéniable
Faut-il faire une butée en laissant la tête fémorale dans sa situation haute ou faut-il tenter de l’abaisser au maximum ?
C'est là une question riche en controverses. L'antéposition a été défendue, surtout par Lance. Récemment l’abaissement de la tête fut recherchée par quelques chirurgiens par le moyen d'une traction continue sur broche de Kirschner. Pour Boppe, Tavernier, Sorrel, cette méthode serait particulièrement intéressante. Nous n'en n'avons pas l'expérience, car nous n'avons employé qu'une fois cette technique. Nous signalerons cependant, que nous avons eu avec la broche un acecident qui aurait pu être grave. Malgré la pose de la broche, très au-dessus des condyles, malgré l’augmentation progressive et modérée des poids, nous avons observé un déplacement sérieux de la broche qui scia
la partie antérieure du fémur et menaça l'articulation
du genou. Nous ne voulons tirer aucune conclusion de ce cas malheureux, cependant notre insuccès témoigne de la friabilité que peut présenter l’épiphyse fémorale d’un enfant,
Sans avoir l'expérience de la traction par fil métallique, nous pouvons cependant, nous appuyant sur les conclusions de Boppe (Bulletin de l’Académie de chirurgie, 25 novembre 1936), faire quelques remarques :
19 La traction par broche qui doit être faite en abduction et rotation interne du membre inférieur et dont l’action est avantageusement complétée par une pression directe du grand trochanter pour enfoncer la tête fémorale dans l’ancien cotyle, ne s'avère vraiment efficace que chez les jeunes enfants de 3 à 5 ans, pour les luxations où la tête est plus ou moins haute mais antérieure ou intermédiaire.
Pour ces cas, un traitement orthopédique simple donne un résultat au moins égal et l’avantage de la broche ne paraît pas indiscutable.
20 Chez les enfants de 6 à 7 ans (pour des luxations déjà postérieures la traction continue, même directement exercée sur le fémur ne semble pas obtenir une reposition vraie, voire un abaissement important.
La traction même prolongée est bloquée dans son effet d’abaissement de la tête par des obstacles infranchissables dont surtout l’isthme du sablier capsulaire.
Le résultat est assez mince. Certes un tel abaissement
peut avoir de l'intérêt pour les orthopédistes partisans d'une reposition sanglante car il minimise certainement la part des manœuvres de force, réductrices, au cours de l'intervention, mais il en offre peu pour nous qui préférons, plutôt que de courir les risques d'une intervention grave, et dont la mortalité est loin d'être nulle, nous contenter d’une réduction approximative.
Pour justifier notre abstention quant à la traction préalable (par broche ou par adhésifs) nous rappellerons encore le travail de Tavernier et Trillat qui insiste sur la fréquence des arthrites post-opératoires (après butées ostéoplastiques lorsque celles-ci furent précédées d'extension continue prolongée).
— Pour les luxations irréductibles nous proposons donc la butée dès que la contrition tissulaire inévitablement engendrée par l'essai de réduction est complètement réparée, c'est-à-dire un mois et demi à trois, mois suivant l'importance des manœuvres externes qui furent exécutées. Pour les luxations hautes, nous nous contentons de l’abaissement qui nous permet d'obtenir au début de l’anesthésie, la traction puissante mais contrôlable exercée par la vis podalique de la table orthopédique.
— Cet abaissement d’ailleurs, ne présente un avantage réel que pour les luxations intermédiaires, car
l’abaissement dans ce cas équivaut à une anté-