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CHAPITRE II

Mécanisme des infections focales

Dans ce chapitre, plusieurs points sont à envisager. Nous les mentionnerons brièvement, car il s’agit là de notions théoriques où le nombre de faits incontestables est minime, presque tout y est hypothétique. Nous exposerons donc rapidement les idées principales sur la constitution d’un foyer septique, sur la dissémination des microbes et des toxines (les voies qu'ils suivent, les facteurs de leur mise en liberté et les facteurs de leur nouvelle localisation), enfin sur la nature des agents pathogènes le plus souvent rencontrés.

Pour qu'un foyer septique puisse se constituer, la principale condition à remplir est d'offrir aux microbes un milieu de culture favorable. Le foyer «est essentiellement un réservoir de microbes où ceux-ci pullulent, se multiplient, trouvent une nourriture qui leur convient, et qui leur permet un séjour durable. On sait que de tels milieux ne sont pas nombreux dans l’organisme. Si dans des conditions pathologiques, une espèce microbienne arrive à se multiplier et à vivre d’une façon favorable ; les conditions de bon ‘ milieu de culture ne, durent jamais. Une des questions les plus vivement discutées de la bactériologie moderne est la bactériolyse spontanée dans les milieux âgés. Nous ne nous engageons pas dans

cette discussion, qui ne touche la question de l'infection focale

Eine

que d'assez loin. Remarquons néanmoins que des conditions tout à fait particulières doivent être remplies pour qu'un foyer microbien puisse se constituer dans notre économie. Tout d’abord, conditions inhérentes à la nature du microbe : celui-ci doit être peu virulant et très résistant ou tout au moins avoir une forme de résistance. Les dents dévitalisées, les muqueuses sans cesse desquamantes, physiologiquement où à la faveur d’une inflammation chronique, étant les foyers d'élection de la plupart de ces microbes.

Au point de vue du mécanisme de constitution d’un foyer, il y a deux cas à envisager : le foyer saprophyte qui devient pathogène dans des conditions que nous tâcherons de préciser plus loin, et le foyer de microbes pathogènes virulents où ce microbe se cantonne régulièrement pour essayer de réenvahir l’organisme en profitant des diminutions de sa résistance. Seuls les premiers sont pour nous des foyers proprement dits ; les seconds méritent plutôt le nom de réservoir de virus. Un exemple de chaque catégorie nous éclairera sur cette distinction : nous appelons infection focale proprement dite, oet abcès du poumon constitué à la faveur d’une virulence particulière des microbes saprophytes de la bouche. Nous ne pouvons appliquer le même nom à une infection éberthienne due à la persistance du microbe au niveau de la vésicule biliaire.

À ce sujet, BARNES établit, tout au moins en ce qui concerne le foyer amygdalien, une classification très nette :

lo Affections provenant un foyer amygdalien provoqué par la Îlore Habituelle de Porgane.

20 Affections provenant d’un foyer amygdalien provoqué par des microbes extérieurs.

Seuls les premiers sont à conserver dans le cadre de la « focal

infection », et encore, parmi celles-ci, sont à rejeter : les affections

Survenant à la suite d'infections amygdaliennes aiguës, qui sont à classer au chapitre des infections amygdaliennes symplômatiques d'infections générales.

I n’admet donc comme «foyer » que le foyer chronique plus ou moins latent.

Le foyer est donc une zone localisée de tissu renfermant des agents pathogènes. I1 doit être alimenté soit par des germes saprophytes qui se réveillent sous des influences diverses, soit par des germes peu virulents ne donnant pas d'épisodes aigus. Ce foyer étant caractérisé par sa latence et sa possibilité de donner des répercussions à distance, tout à fait disproportionnées d’ailleurs, en quantité comme en qualité, à son propre degré de gravité.

Lie mécanisme de la disséminalion a été étudié par les auteurs anglo-saxons. Voici le schéma de WILCOX :

1o Infection de voisinage.

20 Infection par J'intermédiaire du courant sanguin.

Cette schémalisation nous paraît un peu simple et le mécanisme de l'infection focale nous sembie être plus complexe.

THIBAUT ne distingue que trois modes de dissémination :

io La voie digestive.

20 E.a voie trachéo-bronchique.

30 La voie sanguine.

Sans vouloir approfondir la question, nous allons exposer brièvement les différentes façons dont nous pensons que l'infection focale peut se produire :

io £a voie digestive joue certainement un grand rôle dans la dissémination de l'infection à point de départ buecal. On connaît depuis longtemps leS méfaits de la pyophagie à la suite d’une pyorrhée alvéolaire, à la suite de déglutition de crachats, etc,

20 La voie respiratoire intervient dans la production des gan-

grènes pulmonaires d’origine bucco-dentaire.

3o La voie lymphatique est tacitement admise par les auteurs anglo-saxons, puisque BILLINGS considère les ganglions comme des foyers secondaires. Certaines relations pathologiques entre l'intestin et les organes génito-urinaires s'expliquent également par la voie lymphatique.

4o La voie péri-nerveuse qui intervient dans les manifestations tétaniques et diphtériques peut très bien intervenir dans des infections non spécifiques.

5o Enfin la voie sanguine doit conserver la priorité malgré que dans l'infection focale le passage par le torrent circulatoire est, pour ainsi dire, impossible à surprendre.

Voici ce que nous pensons être les modes de dissémination possible à partir du foyer septique. Voyons maintenant les facteurs qui interviennent dans cette dissémination.

Quand il s’agit de microbes saprophytes, et nous avons vu que c’est presque toujours de ceux-là qu'il s’agit, leur mise en liberté n'implique pas forcément des phénomènes pathologiques ; il est simplement nécessaire pour cela d’invoquer une diminution de résistance de l'organisme, une phase d’anergie succédant à une allergie plus ou moins durable. S'il n’y avait pas eu d'allergie, les microbes auraient tout de suite pénétré dans toute l’économie. I1 y a donc eu allergie puis, à la suite de l’intervention de facteurs que nous ignorons, l'organisme est devenu inapte à se défendre contre le microbe en question. Si nous faisons intervenir la notion d'immunité locale, cela nous expliquera en même temps la localisation élective d’un microbe déterminé sur un territoire et pas sur un autre.

La nature du microbe causal intervient, bien entendu, dans toutes ces conditions. Les auteurs américains se sont beaucoup occupés

nel

du côté bactériologique, des infections focales, et ils insistent surtout sur la fréquence du streptococcus viridans et, d’une façon générale, sur les streplocoques à virulence atténuée : streptococcus salivarius, ete. Un autre microbe, qui serait responsable de toutes les infections focales à point de départ intestinal, serait le colibacille.

Les auteurs français (Teissier, Reillv, Rivalier et Layani ; Lemierre, Guy et Rudolf ; de Lavergne, etc) insistent beaucoup sur les microbes anaérobies, hôtes normaux de notre cavité buccale. Malgré que ces auteurs n'aient eu en vue que les septicémies que ces microbes peuvent déterminer en partant d’un foyer buccopharyngé, leur avis n’en est pas moins formel sur la possibilité des disséminations de microbes anaérobies. De Lavergne croit dans tous ces cas à l'existence d’un foyer connu ou latent qui « alimente » la septicémie.

Les notions importantes qui se dégagent de cette rapide étude du mécanisme des infections focales sont :

Le foyer, milieu de cuiture qui, pour pouvoir se conserver, doit déverser ses produits, et mème ses microbes, dans l'organisme. Au point de vue pratique, comme nous le verrons dans le chapitre suivant, la désinfection du foyer doit s'inspirer de cœett2 notion:

Une autre notion importante est l'allergie dans la constitution du foyer de l’anergie dans la dissémination.

Enfin, avec tous les auteurs français, il convient d’insister sur la fréquence des microbes anaérobies au cours des infections

focales.

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