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CHAPITRE Il

Les manifestations de l'infection focale

Nous avons vu que nombre de maladies infectieuses bien caractérisées peuvent être considérées comme des infections focales. Nous avons cité la diphtérie et le télanos, où le microbe reste cantonné dans un point de l'organisme, d'où il diffuse ses toxines dans le reste de l’organisme. Dans le même ordre d'idée on peut citer: la scarlatine, la méningite cérébro-spinale, les colibacilloses et encore bien d’autres infections. Bien qu’au point de vue théorique, il s'agisse là d'infections focales, ce terme est réservé en pratique à des syndrômes infectieux non spécifique dus à Ja dissémination infectieuse ou toxique à partir d’un foyer unique ou multiple.

Quand on recherche, dans la littérature médicale, les manifestations de l'infection focale, on trouve à peu près tout. Le traité de pathologie de TILESTON, classique en Angleterre, donne les maladies suivantes qui sont «les plus communes parmi celles dont on peut désigner l'origine dans un foyer d'infection » :

19 L’arthrite subaiguë et chronique du type infectieux.

20 Névralgies, surlout du bras et de la face.

30 Myalgies, myosites.

4o Néphrites aiguës et subaiguës.

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5o Lésions inflammaloires des veux, telles que : kératites, iritis et irido-choroïdites.

Plus rarement ce peut être : l’érythème noueux, les phlébites, les phlegmons péri-néphrétiques, l’asthénie avec troubles gastrointestinaux, et peut-être les pyélites et le zona.

Il est évident que tout, dans cette liste, n'est pas entièrement compatible avec les idées régnantes actuellement en France. Voici la liste d'un auteur français qui s’est occupé de la question, R.-C. THIBAUT. Elle se rapproche assez de la précédente :

1o Rhumatisme infectieux.

20 Endocardite chronique (maladie d’Osler).

3° Gangrène pulmonaire subaiguë.

do Néphrites.

5o Affections oculaires.

Ce que nous voudrions montrer dans ce chapitre, c’est qu'un certain nombre de ces manifestations sont parfaitement admises en France et que celles qui ne le sont pas doivent être soumises à un travail critique très sérieux. Ce travail critique ne peut être qu'ébauché dans le cadre de cette thèse, destinée au rôle plus modeste de concilier deux opinions opposées.

Pour pouvoir dire que des manifestations morbides quelconques viennent d’un foyer infectieux, il est indispensable de rechercher plusieurs conditions :

io Identité des microbes du foyer et de ceux des manifestations à distance, ou, en cas d'action toxique, démonstration que les manifestations morbides sont bien dues à la toxine du microbe se trouvant au niveau du foyer.

20NLIMEST Di Le de prouver que les manifestations à distance sont alimentées par le foyer microbien et que celui-ci

n’est pas dû à ume cause commune avec ces manifestations.

= one

3o La preuve thérapeutique qui prime, dans les travaux anglais et américains, toutes les autres, a, à notre avis, une valeur contestable.

Quand P.-D. WILKIE dit qu'il a vu cinq cas d'améliorations d'affections mentales, à la suite d’une cholecystectomie, il n'en découle pas forcément que ces affections mentales étaient causées par une infection focale ayant comme origine la vésicule biliaire. Ces affections mentales peuvent avoir été des phénomènes réflexes ou des phénomènes humoraux, ou, ce qui paraît très vraisemblable, c’est que cette amélioration a été due au choc opératoire causé par toute intervention chirurgicale de cette importance.

Il nous semble qu'il faut être beaucoup plus circonspect dans l'interprétation des faits que ne le sont les auteurs anglais et américains. Aussi, dans ce travail, nous n’admetirons comme «infection focale » que les cas qui répondent aux trois conditions que nous venons de poser : identité de l’agent causal, relation nette de cause à effet, enfin l'épreuve thérapeutique.

L’infection focale est admise par de nombreux auteurs dans un grand nombre de cas de gangrènes pulmonaires et d'abcès putrides. Malheureusement, cette notion ne peut comporter que des sanctions prophylactiques, car aussitôt que le processus infectieux se localise au niveau du poumon, il y évolue très vite ou bien s’y crée un foyer secondaire, facteur de chronicité et source d’une nouvelle dissémination. Dans une observation de Ch. RUPPE, il s’agissait d'un abcès du poumon à répétition, lié manifestement à des réveils successifs de l'infection bucco-dentaire.

Il en est de même pour certaines endocardiles infectieuses qui, parties d’un foyer primitif, passent par une phase de sepiicémie. En réalité, elles restent souvent jusqu'au bout des seplicémies,

soit par le fait que les microbes peuvent pulluler dans le sang, soit

to

parce que le foyer met des microbes en liberté d’une façon continue. Cette très importante question a été discutée au Congrès de Médecine de 1927. M. G. ETIENNE a insisté sur le rôle des foyers dans la production et dans l'entretien des septicémies. Pour cet auteur, il y a deux sortes de septicémies : les premières sont liées à des décharges microbiennes à point de départ focal, les secondes sont tout d’abord des septicémies, puis celles-ci se localisent en un point de l'organisme d’où, par une sorte de cercle vicieux, ce foyer continue à entretenir la septicémie. Des observations ont été publiées par TELLIER, BONNAMOUR, DELOR, SCHMUTZ, LESBRE et GRANCLAUDE, où le rôle de la septicité buccodentaire est nettement mis en évidence. Nous reviendrons sur la question des septicémies focales à propos du mécanisme.

La notion des néphriles à point de départ rhino-pharingé est en ce moment tout à fait classique en France. Soupçonnée tout d'abord à propos des néphrites de la scarlatine, l’origine rhinopharyngée de nombreuses néphrites aiguës est reconnue. Un article récent de BERTOIN insiste sur le fait que toutes les variétés de néphrites peuvent succéder à des angines ou à de simples coryzas. Le plus souvent cependant, il s’agit de néphrites albuminuriques simples. Quant aux néphrites chroniques, la question semble beaucoup plus complexe à cause de Pintervention de facteurs prédisposants, tels que la syphilis. Comme conclusion pratique, il semble que dans toute néphrite la destruction des foyers septiques buccaux, pharyngés ou nasaux, soit un temps important du traitement.

L’étiologie focale de certaines anémies, même graves, semble être envisagée de ue en plus. La pullulation extraordinaire des microbes intestinaux dans les anémies a fait penser à de nombreux

auteurs français et étrangers que l’anémie pourrait bien être

ANR —

due à ia mise en liberté de toxines hémolitiques par ces germes. Mais, avec les anémies, nous entrons déjà dans un domaine qui montre combien il convient d’être prudent dans l'interprétation des faits en pathologie. Des auteurs allemands, MEULENGRACHT, K. FABER, etc., frappés par l'importance de l'infection intestinale dans l’anémie pernicieuse, ont eu recours à l'intervention chirurgicale dans des cas où la pullulation intestinale septique était due à un rétrécissement localisé du grêle. L'intervention ayant pour but de drainer la stase et de supprimer ainsi le foyer, a donné, dans un grand nombre de cas, des succès définitifs. Or, à la lumière des travaux modernes, les anémies pernicieuses n'apparaissent nullement comme dues à des toxines émanant d'un foyer microbien. Peut-on considérer ces cas comme des infections focales ? L'exemple de l’anémie pernicieuse prouve encore l'insuffisance de l'épreuve thérapeutique.

Pour A.-F. MAC CALLAN, un très grand nombre d’affections oculaires seraient dues à l'infection focale. Cet auteur y établit trois catégories : dans une première catégorie, l'épreuve thérapeutique démontrerait à coup sûr qu'il s’agit des méfaits d'un foyer septique : ce sont les cas de larmoiïement, de kyste récidivant du tarse, des conjonctivites, des kératites phlycténulaires et des iritis. Dans une deuxième catégorie de faits, on agit sur l'infection focale, mais on n'obtient que des améliorations : ce sont des iridocyclites et des irido-choroïdites, de même que quelques cas de myopie progressive. Dans une troisième catégorie de faits, il n’y aurait comme preuve qu’une simple co-existence entre l'affection oculaire et les foyers septiques éloignés.

Enfin, G. WORMS et BERCHER estiment que la liaison entre les kérato-conjonctivites et les lésions dentaires peuvent très bien s'expliquer par l'intermédiaire du chainon sinusal.

PT

Les auteurs anglo-saxons admettent d’une façon unanime la fréquence du rhumatisme subaigu et chronique relevant d’une infection focale. Il n’est pas possible de nier, là non plus, puisque nous ’ignorons tout en matière de rhumatisme chronique. Il n’est même pas certain qu'il s'agisse là de faits infectieux. Il est très possible, selon certaines interprétations actuelles, que les lésions dentaires relèvent du même trouble du métabolisme calcique que le rhumatisme lui-même.

D'ailleurs, les auteurs français sont assez favorables à ia théorie focale d’origine amygdalienne, entre autres RATHERY, MOULON- GUEIMEIS TM eRPARAE.

En Allemagne, Karl GRAHE, de Frankfort, après enquête faite dans son service sur les malades opérés depuis dix ans, relève soixante-{reize cas de guérison ou amélioration el onze cas sans résultat, après tonsillectomie.

Par contre, il existe des cas où la tonsillectomie n’a rien changé à l’évolution rhumatismale.

C’est pourquoi il faut être très prudent en ce qui concerne les manifestations rhumatismales et ne pas conclure avec trop d’affirmation. Nous nous rallierons pour cela à la prudente opinion du Dr M.-P. WEIL, qui conclut que si l'infection focale est incontestable en matière de rhumatisme chronique, elle n’y tient cependant qu’une place limitée.

Voici deux cas à l'appui de la théorie focale, où le « foyer ». semble jouer un rôle important : THESEE rapporte un cas typique de pseudo-rhumatisme évoluant par poussées successives et coïncidant avec la disparition d’un écoulement génien purulent ; lorsque l'écoulement reprenait, la crise douloureuse cessait.

DUCLOS communique un cas analogue. Un lumbago rebelle à

toute thérapeutique et qui ne céda qu'après le curettage d'un foyer

osseux péri-apical.

Nous n'insistons pas sur d’autres affections que l'on range encore, en Angleterre et en Amérique, parmi les infections focales. Cette étiologie semble beaucoup admise pour les affections mentales, comme en témoignent les observations de COTTON et de GRAVES. Un cas cependant est à citer. Il est rapporté par M. FRIBOURG- BLANC. Etat méningé typique. La P. L. ne donne rien. Maïs un examen minutieux permet de découvrir une carie avancée des deux prémolaires supérieures gauche, accompagnée de sinusite maxillaire gauche. De plus, l'examen du nez révèle une déviation de la cloison nasale. On procède à l’ablation des deux dents cariées, et dès le lendemain, sans autre thérapeutique, {ous les phénomènes méningés disparaissent. En trois jours, le malade est guéri.

Nous ne pouvons, dans ce court travail, faire la critique de toutes ces notions.

Qu'il nous suïflise de montrer que si, théoriquement, la relation entre manifestations diverses et un foyer septique n’est pas toujours aisée à démontrer, ct que si l'épreuve thérapeutique n'est pas toujours suffisante, il n’en est pas moins vrai que la suppression d'un foyer septique peut rendre de grands services

thérapeutiques, quel que soit le mécanisme par lequel on agit.

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