EFFETS LOCAUX ET GÉNÉRAUX DES INJECTIONS
Doit-on, à l’exemple de Danion, réserver les injections hypodermiques phéniquées pour des cas spéciaux, sous le prétexte qu’une solution à 3 *, est déjà caustique et ne peut être employée qu’à dose trop faible? Nous.ne le pensons pas, puisque la dose extrême de 1 gr. 60 à été donnée par M. Raimbert sans provoquer aucun accident. Les observations qui suivent montrent la rareté de l’intoxication phéniquée; cependant, M. Stukowenkoff aurait constaté un léger empoisonnement dans des cas d’érysipèle; M. Desplats aurait eu, avec O0 gr. 40, une sécrétion sudorale exagérée; Van Oye, une émission constante d’urines brunes. Danion regarde comme une contre-indication l'existence d'une affection pulmonaire.
Dans certains cas, en dehors des accidents généraux, il peut y avoir quelques accidents locaux. Dans toutes les observations que nous avons lues, les injections ont été parfaitement supportées, sauf dans le cas de M. Méplain qui, sur les 63 piqûres faites à sa petite malade, à vu sept fois se former de légères eschares de 2 à 4 millimètres de diamètre. Dans les
—"iR = deux cas semblables que nous avons à enregistrer, notre aiguille laissait certainement beaucoup à désirer au point de vue de l’asepsie. Quant aux abcès, toutes les injections souscutanées peuvent en produire, si l’on ne prend les plus grandes précautions pour la propreté de la solution. D'ailleurs, il faut tenir grand compte de la susceptibilité des téguments variable avec l’âge, le sexe, la maladie, la région du corps. C’est ainsi qu’en dehors de l’idiosyncrasie, les enfants, les femmes grasses, en raison de leur peau fine, sont plus prédisposés aux accidents locaux. Chez un de nos malades atteint d’anthrax, nous avons eu rapidement de l’acné phéniquée, mais jamais d’érythème ni d’eczéma. Le scrotum est la région la plus sensible de toutes.
Blusson qui compare, au point de vue des accidents, les différents modes d'administration de l'acide phénique, considère comme inoffensives les injections sous-cutanées.
Quoi qu'il en soit, en dehors des accidents et lorsque tout se passe dans les meilleures conditions, le seul inconvénient local de l'injection est une douleur cuisante, une sensation de brûlure d'intensité variable, dont la durée ne dépasse généralement pas une minute avec les solutions glycérinées. Cette sensation est suivie d’une action calmante, topique, très manifeste dans les cas d'accidents locaux douloureux quels qu'ils soient, très nette dans notre observation de phlegmon iliaque, par exemple (obs. 11). Le malade de Méplain ne pouvait dormir qu'après l’injection. Lesrhumatisants de Sénator bénéficiaient d’une anesthésie presque absolue pendant 5 à 6 heures. Mais ce sont surtout les effets généraux qui sont remarquables. Pour ce qui est de la fièvre typhoïde, M. Desplats a toujours obtenu un amendementnotable dans les symptômes ataxo-adynamiques. Hueter ét Aufrecht signalent cette amélioration rapide de l'état général ; les malades atteints d’érysipèle n’ont plus ce facies anxieux et peuvent se livrer au sommeil; leur bouche devient humide.
L'action antipyrétique n’est pas admise sans conteste. Elle est surtout niée par les médecins qui ont traité les affections articulaires (1). On signale au contraire un abaissement thermique parfois considérable dans les cas de maladies infectieuses ou virulentes. Témoins l'observation de Mosetig où la température tombe en un seul jour de 40° à 3% pour se maintenir ainsi pendant huit jours et le cas de notre maître, M. Boursier, qui a vu se produire en deux jours un abaissement de 3° (41°-38°).
Nous pourrions également citer plusieurs de nos observations.
Pensant que l’on pouvait attribuer l’hypothermie à l’'évaporation rapide des grandes quantités de sueurs signalées par M. Desplatz, M. Raymond eut l’idée de supprimer la transpiration cutanée en donnant à ses malades une dose suffisante de duboisine avant l'injection ; l’athermie persistant, il en conclut à l’action antipyrétique des injections hypodermiques phéniquées. Pour Desplats, le minimum de température est atteint après une heure et demie environ; mais elle se relève rapidement. La température mazima peut être abaissée d’une façon temporaire, par l'administration de nouvelles doses d'acide phénique augmentées proportionnellement en raison de l’'accoutumance. En somme, dans toutes les affections à température fébrile très élevée, cet agent produirait toujours une action antipyrétique de courte durée, il est vrai, mais prompte et sûre. Hueter à toujours constaté ce fait dans les cas de phlegmon; il a vu également diminuer les exacerbations vespérales dans les cas de tumeur blanche qu’il a traités par les injections phéniquées; mais 1l ne note pas la marche générale de la température dans l’érysipèle. Seuls, les auteurs qui ont employé l’acide phénique en lavements ou en potion, au cours,
(1) Mader-Sénator-Citran.
| AU de la dothiénenterie, signalent des irrégularités ou des excès d'hypothermie suivis de coma, sueurs profuses, etc. D’autres, comme Miquel, lui refusent toute action antithermique. D’après les observations de Danion, le pouls marcherait en sens inverse de la température. Il s'élève, dans la fièvre typhoïde, par exemple, sous l'influence de l'acide phénique et finit par devenir d’une rapidité excessive. 11 en est de même de la respiration qui serait, pour Menou, à peine ralentie. Au contraire, dans l'observation de Van Oye, le pouls et la respiration ont suivi les variations thermiques. Quoi qu’il en soit, on peut adopter pour la température les conclusions de Desplats : « Si l’on administre à un fébricitant une dose suffisante » d'acide phénique (peu importe le mode d'administration, peu » importe la nature de la maladie), on observe presque immé- » diatement des effets constants d’antithermie ».
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