‹ Contribution à l'étude des injections hypodermiques et parenchymateuses d'acide phénique: Expérimentation et CliniqueChapitre 21 sur 31 · MODE D'ACTION DES INJECTIONS. — THÉORIES · texte numérisé non relu

MODE D'ACTION DES INJECTIONS. — THÉORIES

S I. Action antithermique.

Si maintenant que nous connaissons les effets des injections hypodermiques phéniquées, nous voulons étudier le mécanisme de leur action, tant au point de vue antithermique qu’au point de vue antiputride, les notions deviennent moins précises.

Une première interprétation qui se présente à l'esprit est que l’acide phénique agit par ses propriétés antiseptiques en attelonant le «poison pyrétogène» ou en suspendant momentanément ses effets. C’est ainsi que Richter explique les résultats obtenus dans le cas de fièvre puerpérale. Mais il faudrait démontrer pour cela d’une façon sûre, di, Van Oye, que la fièvre est immédiatement, et d’instant en instant, engendrée par un agent septique contenu dans l’économie. « Du reste, ajoute le » même auteur, l'acide phénique, même à hautes doses, dans » les fièvres infectieuses, est sans influence sur le développe- » ment et la marche naturelle de la maladie; il ne prévient ni » ne guérit lés complications qui dépendent de l'infection » seule. La raison de son heureuse influence, sur les typhoï- » sants, par exemple, doit être cherchée dans son action, nous » n'osons dire sur la fièvre, mais sur la température, de sorte » que la qualification d’antifébrile doit faire place à celle » d’antithermique. »

Mais, dira-t-on, cette action déprimante de l’acide phénique

ro

sur la température est un effet toxique. C’est en le soumettant à une véritable intoxication qu'on arrive à refroidir le malade, et ce refroidissement n’est que le prélude des phénomènes graves qu’on produit avec des doses plus élevées et qui vont jusqu'au collapsus. Van Oye répond que cette manière de voir n'a rien qui doive effrayer ni détourner de l'emploi de l'acide phénique ; car « où est donc la limite, la distinction tranchée » entre les effets toxiques d’un médicament et ses effets théra- » peutiques? Comment agissent la digitale, la quinine, les » alcaloides, sinon comme par une ébauche de leurs effets toxi- » ques? Tout le critérium est donc dansle préjudice ou le béné- » fice que retire finalement le malade de cette action. »

— « Or, si on à vu plusieurs fois des doses modérées produire, chez des sujets d’une sensibilité extrême, des abaisse-

» ments thermiques exagérés, ces phénomènes de collapsus se » sont dissipés dans tous les cas non seulement sans laisser de » traces, mais même en marquant le début d’une amélioration, » comme si cette crise eût imprimé à la maladie une marche > favorable tendant à la guérison ».

Nous pourrions répondre plus simplement par le résultat de nos observations. Nous avons obtenu le plus souvent des chutes de température appréciables, avec des doses d'acide phénique incapables de produire le moindre effet toxique.

Comment donc expliquer l’abaissement de température? Il ne peut être attribué à un ralentissement de la circulation

puisque les battements du cœur sont plus fréquents. Pour Danion, il peut s’expliquer de deux manières : ou bien en empêchant les échanges chimiques qui se font entre le globule sanguin et les tissus, ou bien en empêchant le globule de se pourvoir, à son passage dans le poumon, d’une quantité suffisante d'oxygène. Quoi qu’il en soit de ces deux hypothèses, le résultat définitif est le même, à savoir que le défaut de com-

bustion suffisante conduit à l’abaissement de température. Dès lors, si l’on songe que des doses assez faibles d'acide phénique suffisent à abaisser la température fébrile d’une façon manifeste, que cette réfrigération se produit aussi bien dans les fièvres purement inflammatoires que dans les pyréxies infectieuses ; si l’on considère la rapidité de cette action, on est porté à croire qu’elleest sous l'influence directe de l'élément régulateur de la calorification. Bref, c’est en agissant directement sur le système nerveux qui tarit les sources de calorique et augmente surtout la déperdition de chaleur produite, que l’acide phénique est apte à produire des effets que nous appellerons non pas antipyrétiques, mais bien plutôt anticalorifiques, hypothermisants. On pourrait peut-être expliquer, d'après Van Ovye, la légère élévation initiale de température signalée par Menville et que nous avons souvent constatée dans nos observations, par l'accroissement anormal et subit du rayonnement du calorique à la surface du corps.

Enfin, en admettant l'influence nerveuse, on comprend, avec Gubler (1), comment l'acide phénique n’agit pas chez l’homme, sur la température physiologique comme sur la température fébrile. Il y à en effet, dans le dernier cas une sensibilité morbide du système nerveux calorifique, si bien que les régulateurs qui président à la chaleur sont comme en équilibre instable et sont impressionnés d'une façon exagérée par les agents qui tendent à modifier celle-ci dans un sens ou dans l’autre. Or il n'existe rien de semblable à l’état normal. ;

En résumé, nous concluons avec M. Dujardin-Beaumetz (2) : « L’acide phénique constitue un groupe intermédiaire entre les » agents qui agissent directement sur le sang et ceux qui, au

(1) Gubler : Commentaires thérapeut. du Code (1874, p. 448). (2) Leçons de Clinique thérapeutique, t. III, p. 642.

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