C. Erysipèles
OBSERVATION XI (personnelle).
Plaie ancienne par arme à feu. — Erysipèle de la face. — Guérison.
(Voir planche 5).
Ch..., Alexandre, 23 ans, fabricant de caisses, est entré le 19 avril 1888 dans le service de M. le professeur Demons pour une vaste plaie par arme à feu, intéressant toute la portion sous-orbitaire droite de la face et s'accompagnant de délabrements considérables.
Six mois après sa tentalive de suicide, nous le trouvons au service des isolés avec un début d'érysipèle. de la face, Lorsque nous examinons ce malade, le 8 octobre, il nous raconte que l’avant-veille au soir il fut pris de frissons répétés et, en même temps, d'une vive douleur au niveau de la région sous-maxillaire du côté gauche. Le lendemain matin, l'aile gauche
du nez était le siège d’une rougeur insolite avec engorgement des ganglions
sous-maxillaires. Sensation de chaleur mordicante. Vomissements répétés. Insomnie. Cauchemars. Violente céphalalgie.
Aujourd’hui, il existe sur la joue gauche une large plaque érysipélateuse, uniformément rouge, s'étendant depuis la paupière inférieure très œdématiée jusqu'au sillon naso-labial et occupant la moitié interne de la joue. Pas de phlyctènes. Les ganglions sous-maxillaires sont peu volumineux, mais très sensibles au toucher.
Le 8 octobre, à une heure de l'après-midi, j'injecte sous la peau de la face un gramme d'une solution aqueuse d'acide phénique à 1/20, soit dix divisions dé la seringue de Pravaz, à la limite supérieure de ia plaque érysipélatéuse et dix autres divisions à la limite inférieure. En haut et en bas, je fais plusieurs piqûres afin de disséminer l'agent microbicide. En somme j'ai injecté cinq centigrammes d'acide phénique pur. Au moment de l'injection, le malade accuse une très vive douleur : « Cela brûle, dit-il, comme si on versait du vinaigre sur une coupure ». Cinq minutes après, la sensalion de brûlure est sensiblement atténuée ; dix minutes après, tout a disparu. À 5 heures, c’est-à-dire quatre heures après l'injection, le thermomètre marque 40° ; le pouls est à 108. Le malade dit avoir souffert davantage de la tête depuis l'injection. Il semble que la rougeur soit plus foncée. Nous pratiquons une seconde injection avec la même quantité de solution êt dans les mêmes conditions que ci-dessus. À 7 heures, c’est-à-dire deux heures après, nous avons une température de 39,8 et 100 pulsations à la minute. Rougeur aussi vive. Céphalalgie moindre.
9 octobre : Nuit calme avec huit heures de sommeil. Douleur localisée à la région occipitale avec irradiations dans les muscles de la nuque. Rougeur moins vive des téguments. Le malade peut ouvrir l'œil.
- Le soir à 4 heures, T. 40,2. Pouls 100, Injection de 0 gr. 03 d'acide phénique. Douleur très vive mais momentanée. À 6 heures, T. 39,8.
10 octobre : Nuit aussi bonne que la dernière. OEil complètement ouvert. L’érysipèle ne gagne pas à la partie inféro-interne, mais il s'étend du côté de la région temporale. Tm. 38,4. À 5 heures du soir, T. 40,3. Le malade
a pris deux potages. J'injecte à la limite d’envahissement 0,03 centigr.
d'acide phénique. Même douleur. À 7 heures, la température n'a baissé que d'un dizième de degré. Névralgie sous-orbitaire. Blépharite érysipélateuse avec œdème.
A1 octobre : Le malade a souffert hier soir jusqu’à dix heures, après quoi la douleur a cessé complètement. Sommeil profond pendant tout le reste de la nuit. Ce matin, amélioration très notable ; la température est tombée à 38,9 le soir. Pas de céphalalgie. L’érysipèle s’est cantonné autour de l'œil.
12 octobre : Tm. 37,6 ; Ts. 37,4. Encore un peu d’œdème de la paupière inférieure. Légère induration des parties avoisinantes.
13 octobre : L'œil est complètement ouvert. Douleur existant toujours, localisée à la région sous-orbitaire.
14 octobre : Tuméfaction rénitente à ce niveau sans élévalion de la température.
45 octobre : Collection manifestement purulente ; cataplasme, ouverture donnant issue à une quantité notable d'un pus de bonne nature, drainage.
16 octobre : T. 37°; état local et général très satisfaisants. Le malade revient à la salle commune. Huit jours après, deuxième abcès sans aucune
réaction fébrile.
Nous attribuons en partie la douleur intense ressentie par le malade au moment de l'injection, dans le cas particulier, à l’absence de glycérine dans la solution. Nous n’en voulons pour preuve que l’indolence absolue qui a accompagné les injections | glycérinées chez notre second malade. Il est à remarquer néanmoins que nous avons probablement contribué par ces injections mêmes aqueuses à procurer un sommeil de huit heures, alors que l’insomnie était complète depuis trois ou quatre nuits. Quant à la lésion elle-même, se serait-elle bornée, comme elle l’a fait, en l'absence de nos injections? Nous ne le croyons pas. Il est regrettable que nous ayons à enregistrer deux abcès probablement consécutifs à nos injections, abcès que nous aurions pu éviter avec la glycérine.
D Pdi
OBSERVATION XII (personnelle),
Ablation d’un petit kyste sébacé de la joue. — Erysipèle de la face enrayé
en 48 heures par les injections hypodermiques phéniquées.
G..., Jean, marin, 52 ans, est opéré le 27 septembre 1888 par M. le professeur agrégé Boursier d'un petit kyste sébacé de la joue droite (récidive). Anesthésie locale à la cocaïne. Malgré une minutieuse dissection, le kyste est ouvert par la pointe du bistouri. Ligature d’une petite artériole au fond de la plaie. Deux poiuts de suture au crin ; pansement à la gaze phéniquée recouverte de gutta-percha fixée elle-même par deux bandeleltes de diachylon. Le malade rentre chez lui après l'opération. Il revient le lendemain avec une rougeur diffuse autour de la plaie opératoire. Douleur toute la nuit : élancements au-dessous de la mâchoire. Céphalalgie.
29 septembre : Erysipèle confirmé occupant la paupière inférieure et la moitié de la joue. Ganglions sous-maxillaires engorgés très douloureux à la pression. Frissons violents, soif très vive, langue saburrale.
Le malade se décidant à rester à l’hôpital est aussitôt isolé. Le thermomètre monte à 39,2. Injection sous-cutanée, au niveau du rebord érysipé-
lateux d’un gramme de solution phéniquée glycérinée en trois fois. Une
heure après l'injection, la température est de 39,1. Le malade dit avoir eu
pendant quelques minutes une sensation de brûlure au niveau des piqüres.
La douleur de tête a bien diminué,
30 septembre : La douleur a persisté très vive au niveau des ganglions pendant toute la nuit. La douleur s'étend jusqu'au niveau de la clavicule, où la pression est douloureuse. Le malade attire l’attention sur sa gorge qui est le siège d'une inflammation simple. A six heures et demie du matin, la température étant à 37,5, j'injecte la même quantité de solution, les deux tiers, en deux fois, au niveau de la clavicule, le reste au niveau des ganglions
tuméfiés. Le soir la température est à 380,