LARGE
1+ octobre : La rougeur a fait place à un œdème pâle; les phénomènes généraux sont considérablement amendés. Ts. 37,6. 2 octobre : Le malade revient à la salle commune T. 37.
Exeat 8 octobre.
OBSERVATION XIII (personnelle)
Erysipèle de la face au début. — Injection de 2 centigrammes d'acide
phénique. — Guérison.
M... (Jean), 30 ans, peintre, admis le 14 novembre 1888 dans le service de M. le D' Gervais (salle 10), a été trouvé avec une plaie du cuir chevelu, étendu dans la vase au bord de la Garonne. L’interne de garde a constaté à son entrée une plaie mesurant 11 centimètres environ, mettant à nu l'os frontal. Après un grand lavage antiseptique, les lambeaux qui étaient couverts de lerre sont rapprochés au moyen de 9 points de suture au crin. Pas de ligatures.
Le lendemain matin, le malade se réveille avec la paupière inférieure gauche enflée et rouge. On croit à une légère ecchymose. Cette nuit il a eu des frissons suivis d’une transpiration abondante ; la joue gauche s'est tuméfiée et le dos du nez s'est couvert d’une plaque rougeâtre. On isole le malade.
En enlevant le pansement, nous voyons que la plaie est entourée par une rougeur diffuse dans la portion qui n’est pas recouverte par les cheveux, tandis que le cuir chevelu présente un œdème blanc assez intense. Douleur très vive à la pression ; légère suppuration au niveau des points de suture avec réunion presque complète. Paupière inférieure gauche très œdématiée ; langue blanchâtre; constipation; céphalalgie. T. 38,2. Pansement de Lister. Le soir à 5 heures, T. 38,4. Dans la région sous-maxillaire, un ganglion gros comme un noyau de cerise, indolore, roule sous le doigt. L'œil gauche est totalement fermé. J'injecte 2 centigrammes d'acide phénique de la solution camphrée, soit un centigramme au niveau de la paupière inférieure
et un centigramme sous la peau de la région temporale.
ol —
17 novembre : Température descendue à 37,4. Le malade a bien dormi. La rougeur est moins vive, la douleur nulle, L’æœdème du cuir chevelu a disparu; l'œil est ouvert, Un peu de pus dans le pansement qui est renouvelé. n
19 novembre : Tout est rentré dans l'ordre; la plaie est en bonne voie.
Cette observation se passe de commentaires et prouve bien que le siège de l’érysipèle à la face ne constitue pas la difficulté que craint Lücke.
OBSERVATION XIV (personnelle).
Phlegmon du coude. — Erysipèle des membres supérieurs et du tronc.
Erysipèle gangréneux du scrotum. — Mort par septicémie.
(Voir planche 7).
C..., Jean, 61 ans, manœuvre, entrait le 25 octobre dernier dans le service de M. le professeur Lanelongue, pour un vaste phlegmon du coude droit.
Incision et drainage le 28 octobre. Deux jours après, érysipèle de l'épaule du même côté, s'étendant le lendemain à tout le tronc. La température oscille entre 40,6 Le soir et 39° le matin.
Nous examinons le malade le 6 novembre, à la salle d'isolement. La peau du coude est absolument décollée sur une étendue de douze centimètres. Le thorax et le tronc sont couverts de larges plaques érysipélateuses. La rougeur est limitée au niveau de la base du triangle de Scarpa par un relief très net des deux côtés.
Le malade est secoué par de violents frissons, la diarrhée est très abondante. Langue rôlie avec enduit noirâtre. La température qui était de 37,8 ce matin, est montée ce soir à 39,6.
‘7 novembre : À 41 heures 30° du matin, le thermomètre était à 3%;
j'injecte dix divisions de solution phéniquée sous la peau de la face antéro- ; UF
——Qoi—
externe de la cuisse gauche et dix autres divisions sur le côté droit du cou. Le soir, à cinq heures, la température est la même que la veille.
8 novembre: La rougeur vive de la veille a fait place à une sorte d'œdème pâle qui va jusqu'à l’union du tiers supérieur avec le tiers moyen des deux cuisses. Langue toujours rôtie, Le soir, à cinq heures, T. 39°, injection de la même quantité d'acide phénique à la limite inférieure de l’ædème sur les deux cuisses.
9 novembre : L’æœdème est resté pâle et n’a pas gagné un millimètre sur la face antérieure des cuisses. Il ne reste plus sur le thorax que quelques plaques érysipélateuses; la douleur est beaucoup moindre. La diarrhée a cédé également, mais l'état de la langue est stationnaire.
Tm. 38,2. Ts. 39,3. Injection de À gramme de solution sous la peau des cuisses. Pas de coloration noire des urines, l'acide azotique y décèle l’acide phénique.
10 novembre : L'érysipèle semble arrêté dans sa marche envahissante, au point où nous l'avons laissé hier. Decubilus dorsal non douloureux. Injection de 0 gr. 03 d'acide phénique sous la peau de chaque fesse. Plus de diarrhée. Potion au quinquina. Ts. 30.
12 novembre : Nous n'avons pu voir le malade depuis deux jours. Le thermomètre monte ce soir à 41°. La peau des cuisses a repris son aspect normal; mais par contre, le scrotum est envahi par un érysipèle phlegmoneux avec œdème considérable. De plus, à la partie postérieure du raphé, plaque noirâtre laissant écouler quelques gouttes d’un liquide sanieux. Pansement de Lister complet avec suspensoir. Injection sous la peau du scrotum de 1 gr. 20 de solution camphro-phéniquée. Pas de fluctuation, d'ailleurs le malade urine comme à l'ordinaire. |
13 novembre : Chute très marquée de la température. (37,2).
La gaze phéniquée est souillée par une grande quantité de sérosité noirâtre. La plaque de sphacèle s'est étendue, mais la tuméfaction des bourses a considérablement diminué. Diarrhée incessante cédant au laudanum. Le soir, T. 39,5; injection de 0 gr. 03 sous la peau de la région inguinale.
44 novembre : Tm. 37,4. Collection purulente du coude gauche. Incision,
== 83 drainage et pansement phéniqué. La mortification du tissu cellulaire scrotal s'étend de plus en plus.
Borborygmes continuels. Ts, 39,5.
15 novembre : Peau rugueuse, teinte subiclérique, nez pincé.
Amaigrissement très notable. Sur les bourses, vaste perte de substance à bords décollés, à fond blanchâtre. Ts. 39,6 ; collapsus. Langue absolument rôtie. Pouls filiforme, incontinence d'urine, respiration stertoreuse. Douleur le long de la cuisse expliquée par l'existence d’un cordon induré à la place de la veine fémorale.
16 novembre : Les urines, brunes, laissent déposer au fond du vase une sorte d'anneau noirâtre. Pas d'albumine ni de sucre.
Tm. 38. Trainée noirâtre suivant le drain placé l'avant-veille au niveau du coude. Langue grillée, muqueuse buccale fuligineuse. Le sphacèle envahit de plus en plus le scrotum.
Le soir, température, 39°5, rétention d'urine. L’urine recueillie par la sonde est rouge sans reflet noirâtre, Coma; respiration stertoreuse avec la bouche. ouverte. Mort à minuit. Nous regrettons de n'avoir pu faire l’autop-
sie de ce malade.
Remarques. — Cette observation indique clairement que les injections hypodermiques phéniquées sont impuissantes à enrayer la marche de la septicémie que prouvent bien ici ces ascensions énormes et brusques de la température suivies de descentes immédiates jusqu’à l’apyrexie complète. Il est vrai de dire que l'infection était déjà bien établie lorsque nous avons institué le traitement. De même, au point de vue local, la gangrène du scrotum n’a été nullement influencée; mais par contre, nous constatons que la marche envahissante de l’érysipèle à cédé presque immédiatement aux injections.
Pourra-t-on nous reprocher un collapsus par intoxication phéniquée ? Nous ne le croyons pas; car nous avons toujours examiné soigneusement les urines au cours de notre médica-
tion. La courbe thermométrique ci-jointe dénote une certaine action sur la température tant que la gangrène du serotum n’est pas venue compliquer l’érysipèle; inutile d'ajouter, vu le titre de notre solution, que cette gangrène n'était pas d’origine phéniquée.
Enfin cette observation vient à l'encontre de cette opinion de Lücke que les injections phéniquées ne sont applicables qu'autant que le foyer érysipélateux n’occupe pas une grande étendue.
D. Furonculose.