XV. — OBSERVATIONS PUISÉES DANS LES DIVERSES PUBLICATIONS
Dans un cas de furoncle commencant, j'introduisis l'aiguille de la seringue
de Pravaz pleine d’une solution phéniquée à 2 °/,, un peu à droite du centre de l'inflammation, obliquement dans la profondeur du tissu, de manière à ce que l'aiguille atteignit le centre de l’inflammation, là où le ramollissement du tissu était sur le point de commencer. Après avoir fait sortir de la seringue quelques gouttes de la solution phéniquée, je pratiquai une deuxième injection, à gauche du centre de l’inflammation, de quelques gouttes également. Je vis alors sortir, du point piqué le premier, quelques gouttes d'un liquide trouble purulent. Au bout de peu de jours le furoncle avait disparu. ;
Depuis cette époque, j'ai constaté un succès constant en traitant tous les
furoncles que j'ai eu à soigner (environ une centaine) par le même procédé.
(A. Biper. Société de Medecine Berlinoise 1887).
Trois malades, entre autres, dont la guérison s'est effectuée avec une
rapidité surprenante.
Oss. I. — Homme de 60 ans, diabétique, issu de diabétiques (30 à 70 gr.
de sucre par litre d'urine). Volumineux anthrax au cou. Os. II. — Vieille dame; anthrax fessier de 10 à 12 cent. de base.
O8s. III. — Femme convalescente de fièvre typhoïde. 4 anthrax du dos au sommet sphacélé. Eruption de deux nouveaux anthrax que je réussis a
faire avorter. Guérison en peu de jours.
(D' L. ARNAUDET. Union méd., 2 février 1888).
OBSERVATION XVI (inédite).
Anthrax du dos chez un diabétique.— Injections hypodermiques
phéniquées. — Mort.
G... (Marie), 52 ans, entre à la salle 9 Le 16 janvier 1884. IL y a une quinzaine de jours, elle fut prise de vives démangeaisons siégeant dans le milieu du dos. Elle sentit bientôt à ce niveau une petite tumeur dure, acuminée, très douloureuse au toucher. Cette sorte de gros furoncle augmenta progressivement de volume pendant les cinq ou six jours suivants pour atteindre la grosseur d'un œuf de poule. Frissons répétés. Insomnie. Inappétence.
Le jour de son entrée à l'hôpital, la malade peut à peine marcher. La. langue est sèche et recouverte d’un épais enduit saburral. Le centre de l’anthrax a une coloration noirâtre, Une incision cruciale est aussitôt pratiquée et donne issue à une quantité de pus fétide charriant des lambeaux de tissu cellulaire sphacélé. Il reste une vaste cavité de 3 centimètres de profondeur, qui pourrait loger le poing et que l’on bourre de gaze phéniquée. Pansement de Lister.
17 janvier : Même état général. L’urine contient une forte proportion de sucre; pas d’albumine. La température n’est, avant le pansement, qu'à 37,6; le soir, à 4 heures, elle monte à 37,9.
Dans la soirée, on injecte sur plusieurs points espacés tout autour de
l’anthrax, 3 grammes d’une solution renfermant 0 gr. 02 par gramme
d'acide phénique. Un quart d'heure après l'injection, le thermomètre qui marquait auparavant 380 ne marque plus que 37,6.
18 janvier : Même état; même pansement. Température le soir, 380. Injection de 2 grammes de solution. Un quart d’heure après, 37,8.
19 janvier : Le fond de la plaie bourgeonne, tandis que la zone d'inflammation diminue d'étendue; mais les phénomènes généraux persistent avec température de 38,8 le matin. On injecte 3 grammes de solution. Température demi-heure après, 38,3; le soir, 37,9.
20 janvier : La malade a plusieurs frissons dans l'après-midi. À 4 heures, le thermomètre marque 38,3. On cesse les injections.
Les jours suivants, la température ne s'élève guère puisqu'elle oscille entre 37,6 le matin et 38° Le soir; cependant l’état général s'aggrave ; le
délire est constant ; la mort arrive le 25 janvier, dans le coma.
Autopsie : La zone inflammatoire ne s'étend pas au delà de 2 centimètres. Les tisus sont durs et comme lardacés à ce niveau. La lésion s'arrête à l’aponévrose de la masse sacro-lombaire.
Les poumons sont congestionnés aux deux bases. Cœur graisseux. Foie
graisseux. Reins normaux.
Il est à remarquer que, dans ce cas, les injections sous-cutanées d'acide phénique ont constamment donné lieu à un abaissement de température. Quant à leur action locale, elle semble ne pas avoir été nulle. Malheureusement la présence d’une grande quantité de sucre dans les urines imposait à la maladie un cachet de gravité exceptionnelle, en face de laquelle l'agent antiseptique a été impuissant.
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OBSERVATION XVII (personnelle).
Anthrax de la joue. — Guérison.
D... (Alfred), 49 ans, ferrailleur, se présente à la consultation gratuite de l'Hôpital Saint-André, le 20 mars 1888, avec un anthrax de la joue gauche. Cet homme qui, jusqu'à l’âge de vingt-cinq ans, était sujet à des poussées
de furoncles siégeant sur différents points du corps, a été pris, il y a cinq
jours, de violents frissons ; en même temps s’est produit un gonflement
notable de la paupière inférieure et de la joue. Aujourd'hui nous nous trouvons en présence d’un anthrax occupant par sa base loute la joue gauche, anthrax entouré d’une large auréole inflammatoire et dont le sommet acuminé.est farci de bourbillons.
Le pouls ne dénote aucun mouvement fébrile notable. Engorgement des ganglions sous-maxillaires du côté correspondant. Impossibilité d'ouvrir l’œil. Mastication très difficile.
21 mars : Sur notre conseil, le malade vient à la salle 10, au moment de
la visite du matin. Nous injectons, ne quatre fois, au pourtour de l'anthrax
un gramme de solution phéniquée au 1/20°.
22 mars : Douleurs lancinantes pendant la nuit. Ouverture de l'œil possible, diminution sensible de la zone inflammatoire. Seconde injection avec la même quantité d'acide phénique. |
24 mars : Lettre du malade annonçant qu'il n’a pas cru devoir revenir à l'hôpital la veille, son anthrax ayant « abouti » dans la nuit. Soulagement immédiat.
Nous regrettons de n’avoir pu suivre le malade de plus près, surtout au point de vue de la température; mais nous n’en constatons pas moins les effets heureux, sinon curaüfs, des injections hypodermiques phéniquées contre un anthrax dont le siège était redoutable à tous les points de vue.
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OBSERVATION XVIII (personnelle).
Anthrax de la nuque. — Guérison.
P..., Jean, 41 ans, entré le 13 septembre 1888 est couché, au n° 31 de la salle 40.
Aucun antécédent morbide, si ce n’est une fièvre typhoïde il ÿ a neufans. Vient à l'hôpital pour un anthrax de la nuque datant de quatre jours. Incision cruciale le 43 au soir. L’anthrax mesure 11 cent. de large sur 8 cent. de haut.
44 septembre : Tm. 38,2. À 5 h. 20 du soir, la température étant à 39,4 et le pouls à 410, j’injecte, à droite de la tumeur, sur le bord du trapèze et à . la base du cou, la moitié d'une seringue de Pravaz remplie de solution phéniquée. La même quantité est injectée à gauche et à la même hauteur.
À 7 h. 95, c’est à dire deux heures après, T. 39,2, pouls 108.
15 septembre : À 8 h. et demie du matin, T. 38,5, pouls 80.
À 10 h. et demie, injection intra-musculaire de la même solution phéniquée à la même dose et à peu près au même niveau que la veille. L'induration semble moindre qu'hier soir, mais la suppuration est très abondante. Pansement de Lister. À midi 45, T. 38,2, pouls 94. La douleur est moins vive ; l’état général est meilleur.
À 6h. soir, T. 39,1, pouls 92.
Nouvelle injection d'acide phénique ; mais alors nous faisons pénétrer l'aiguille jusque. dans les parties indurées de l’anthrax. Toujours beaucoup de pus, mais douleur considérablement diminuée. À 8 h., la température est descendue à 38,6, le pouls est à 100.
16 septembre : Tm. 37,8, pouls 82. À 11 h. nous pratiquons une 4 injection avec la même quantité de solution sur les bords de l’anthrax. Deux heures après, T. 37,4, pouls 80.
À 4h. et demie du soir, T. 37,8. 5° injection. Les piqüres faites dans la zone indurée sont très douloureuses. A 8 h. T. 37,8, pouls 78.
17 septembre : L'état général est bien meilleur, Les dimensions de la tumeur sont réduites à 8 centimètres de long sur 8 de large, Tm. 37,1. Pouls : 74. Il existe une acné phéniquée très intense,
18 septembre : A 5 heures soir, injection à la limite de l'induration en bas et à droite. La température (37,8) et le pouls (78) n’ont pas varié dans les deux heures qui ont suivi l'injection, Pas de douleur notable.
19 septembre : Nous nous servons d’une aiguille plus fine ; il en résulte un amoindrissement très notable de la douleur produite au moment des piqûres. J'injecte deux seringues entières, l'une à la base, l’autre au centre même de la tumeur. Acné phéniquée stationnaire. Ts. 37,6 ; deux heures après, 37,4. |
20 septembre : Tm. 37,6. On cesse les injections.
8 octobre : Exeat. Guérison complète.
Remarques. — Nous ne présentons pas cette observation au point de vue de l’action indéniable de l’acide phénique sur la marche de l’anthrax. Nous voulons faire remarquer seulement l’abaissement constant de la température à la suite des injections en même temps que la chute quotidienne de la courbe thermométrique. |
Dans une quatrième observation, nous avons eu les mêmes résultats, mais le malade à quitté l'hôpital trop tôt pour que nous puissions juger de l’effet définitif.
Il n’en est pas moins vrai que les injections hypodermiques phéniquées dans l’anthrax sont à l'abri du reproche qu’adressait M. Labbé aux pulvérisations, lorsqu'il disait tout récemment (1) :
(1) Académie de Médecine, 7 février 1888.
« S'agit-il des anthrax mous, alors que la peau est friable et » cède tout facilement, alors que le bourbillon sort sans diffi- » culté, je comprends qu’on se contente de la pulvérisation! » Mais en présence de ces anthrax que j'appellerai ligneux, qui » siègent habituellement à la nuque, 1l doit en être autrement. » Quand on y porte le bistouri, c’est à peine si la tranche des » tissus coupés laisse écouler quelques gouttes de pus. Or, com- » ment veut-on, étant donnée surtout l’origine microbienne de » l’anthrax, que les pulvérisations phéniquées aillent attemdre » la cause du mal au milieu de tissus aussi compacts » ?
E. Pustule maligne.
OBSERVATION XIX (inédite).
Pustule maligne. — Guérison.
S... (Paul), âgé de 30 ans, employé photographe, entre à l'Hôpital Saint. André (salle 48, lit 38), le... 1886, pour une lésion de l’avant-bras gauche.
Cet individu n’a jamais été malade et ce n’est que depuis ce matin qu'il a vu survenir le mal pour lequel il vient demander des soins. On constate, sur la face antérieure de l’avant-bras gauche, une surface grande comme une pièce de vingt centimes, noire, humide, entourée de petites vésicules -
rompues et d’une auréole rouge œdématiée.
S.. ne se souvient nullement avoir été piqué par un animal quelconque ; mais, dans la traversée de Bordeaux à Nantes qu'il vient d'effectuer, il était sur un navire chargé de peaux de bœuf « vertes » et voyageait dans l’entrepont.
Le diagnostic de pustule maligne s'impose, étant donnés une surface de
— OI — peau gangrénée entourée de vésicules déchirées, l'engorgement douloureux des ganglions de l'aisselle et la fièvre intense que présente le malade.
M. le D' Chevalier, alors chef de clinique de M. le professeur Denucé, à l’amabilité duquel je dois celte observation, enleva avec le thermocautère la surface noirâtre tout autour des vésicules et fit cinq injections de solution phéniquée à 1 gr. pour 10 d’eau autour de la nouvelle plaie,
Le lendemain, les phénomènes généraux avaient cédé ; la fièvre était nulle, comme la soif; les ganglions de l’aisselle étaient moins douloureux. On refit cinq injections avec la même solution, et, comme la veille, on appliqua un pansement antiseptique.
Depuis lors, aucun accident nouveau ne se produisit ; la plaie faite avec le thermo-cautère guérit rapidement et le malade qui n'avait aucune res-
source resta longtemps garcon à l'hôpital Saint-André.
Remarques. — On voit que ce malade absorba un gramme d'acide phénique en deux jours.
OBSERVATION XX (inédite).
Pustule maligne.
H... (Martin), 32 ans, portefaix, entré le 3 décembre à la salle 18 (service de M. le professeur Demons) n’a jamais été malade que ces jours-ci. miliye hi quinzaine de jours, il se souvient avoir porté des peaux de veau sèches venant du Portugal. La semaine se passa sans encombre, lorsque cinq jours avant son entrée à l'hôpital, il fut pris, dans la nuit, de frissons répétés suivis de sueurs abondantes. Il ne put travailler le lendemain et s’aperçut qu’il était porteur, sous le menton, d'une petite tumeur ayant la grosseur d’une noix. Malgré les cataplasmes, le volume de cette tuméfaction augmentait à vue d'œil; c'est dans ces circonstances que H... s’est décidé à venir à l'hôpital.
A son arrivée, M. le D' Princeteau, chef de clinique, nous dit avoir cons-
taté à la face antérieure du cou une surface enflammée mesurant environ 1 cent. et demi de diamètre présentant, en son centre, une plaque noire sphacélée de 6 à 7 millimètres. Toute la région cervicale et la partie supérieure du thorax sont le siège d'un œdème considérable; les ganglions sousthyroïdiens et sous-mastoïdiens sont très gros et douloureux. La respiration est pénible; il y a du cornage. M. Princeteau fait alors une cautérisation énergique au thermo-cautère suivie d'une incision cruciale, après quoi il injecte suivant les rayons du cercle inflammatoire cinq injections d'un gramme chacune avec une solution phéniquée à 5°/,. La température était à ce moment de 39,8, le pouls à 100°. Le malade accusait une très vive douleur.
Le lendemain matin, la situation avait absolument changé, le malade dit avoir passé une nuit excellente; la douleur est presque nulle, la respiration beaucoup plus facile. T. 38,2. P. 78. On pratique cependant cinq nouvelles injections. Le soir, le thermomètre monte à 38,8; mais l'état général est tellement amélioré que M. Princeteau croit ne pas devoir faire d'injections.
Mais le lendemain matin, à décembre, la respiration était redevenue embarrassée; le malade se plaignait de céphalalgie, bien que la température fût tombée à 37,8. Cinq injections furent faites mais un peu disséminées dans toute l'étendue du cou. Le soir, T. 38,4. Cinq injections. Pansement phéniqué. Ce matin, 6 décembre, le thermomètre marque 38°, L'œdème a presque entièrement disparu ; le malade respire sans difficullé et répond parfaitement aux questions qui lui sont posées.
9 décembre : Le malade va bien.
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