‹ Contribution à l'étude des injections hypodermiques et parenchymateuses d'acide phénique: Expérimentation et CliniqueChapitre 5 sur 31 · TECHNIQUE DES INJECTIONS · texte numérisé non relu

TECHNIQUE DES INJECTIONS

De l'acide phénique. — On trouvait jadis dans le commerce et même dans les pharmacies, sous le nom de créosote ou acide phénique, un liquide brunâtre qui contenait une foule d'impu-

retés. Il n’en faut pas davantage pour comprendre les résultats

absolument contradictoires d'Hoffmann, par exemple, en ce qui concerne l’action de cet agent sur la température, le pouls, la respiration. |

- Danion s’est servi de'l’acide de Grâce Calvert (de Manchester). L'eau en dissout, dit-il, 1 part. sur 20, Le point de fusion est de 141°; le point d’ébullition est de + 182°. D’après ces données, cet acide peut être considéré comme étant à peu près chimiquement pur. Il a été employé en solution titrée au 1/25»; nous ne partageons pas l’opinion de Danion qui prétend que la faible dose d'alcool ajoutée pour obtenir cette solubilité à 5°/, ne saurait entrer en ligne de compte dans les effets produits. Rosenbach et Tédenat sont muets sur les qualités de l’acide phénique qu'ils ont eu à leur disposition. Menville a fait des solutions à divers degrés avec de l’acide phénique qu'il dit être pur, mais sans donner aucune indication sur ses propriétés physico-chimiques. Lorsque le liquide de la solution était trop peu abondant, dit1l, pour dissoudre l'acide phénique, nous avons ajouté une quantité d'alcool suffisante. Nous pouvons lui objecter qu'il n’est nullement besoin d'alcool pour faire des solutions saturées d'acide phénique.

et

Si les solutions aqueuses d’acide phénique ont été le plus souvent préférées, 1l faut dire aussi que certains praticiens se sont servis de solutions à base phéniquée seulement : telles les solutions toutes faites du docteur Déclat, le phénate de soude employé par M. Bacchi (1879) pour entraver la bactériémie chez les grenouilles avant d'en faire l’application en thérapeutique, enfin le phénate d’ammoniaque préconisé par M. Roy de Clotte.

Lemaire fut frappé de l’innocuité de l'acide phénique associé à l'albumine; il l'explique par la combinaison insoluble que forment ces deux corps.

Pour notre part, nous n'avons pas contrôlé l’assertion de Lemaire; mais nous nous sommes très bien trouvé de la glycérine incorporée dans nos solutions. Il est de fait que la douleur produite au moment de l'injection est considérablement amoimdrie. Comment expliquer cette action ? La glycérine que nous employons est absolument pure et neutre; mais il est évident qu'elle doit perdre cette dernière qualité dans un milieu acide. Quoi qu’il en soit, Neumann signale le même effet sédatif de la glycérine, au sujet des injections sous-cutanées de sublimé dans la syphilis.

Nous n’aurons pas à défendre la pureté de notre acide, lorsque nous aurons dit que nous avons usé du phénol Adrian. Comme on le sait, c’est là un phénol absolu, en petits cristaux détachés blancs. Fusible à 40°, soluble entièrement et immédiatement dans 10 parties d’eau, 1l se conserve à l’abri de la lumière sans aucune altération.

Préparation et titre des solutions. — Pour nos expériences, nous nous sommes servi d’une solution aqueuse saturée au 20°. Suivant en cela l'exemple de nos maitres, MM. Arnozan et Boursier, nous avons proscrit l'alcool qui, nous l'avons dit plus haut, n’est pas nécessaire, et dont l’innocuité n’est pas

absolument prouvée dans les injections hypodermiques, surtout quand la dose est relativement assez forte, comme dans les solutions de Menville, par exemple. Le titre de notre solution thérapeutique a été le même qu’au laboratoire, 5}; seulement nous avons fait un mélange à parties égales de solution phéniquée et d’une solution à 10 */ de glycérine absolument neutre et chimiquement pure, à 30° (1). |

Enfin, dans les cas d’érysipèle de la face, d’anthrax du cou, les injections même glycérinées étant loin d'être indolores, nous avons eu recours à la solution camphro-phéniquée que le D' Schneider (de Bâle) recommande dans la Correspondenz blatt für Schweïzer Aerzte (2). Nous avons mis en contact une partie d'acide phénique avec trois parties de camphre. En chauffant légèrement, nous avons obtenu un liquide huileux, dégageant des vapeurs blanches dès qu’on élève la température, et insoluble dans l’eau. En agitant fortement avec une orande quantité d’eau distillée, le liquide se dissout et le camphre surnage. Chose curieuse, cette mixture ne possède nullement l'odeur caractéristique de l’acide phénique qui est absolument masquée par celle du camphre, pas plus que ses propriétés rubéfiantes et caustiques, tandis que son pouvoir antiseptique est absolument conservé. La douleur qu’elle provoque, en injection hypodermique, est négligeable, eu égard surtout à la cuisson intense produite par la solution aqueuse. Cette dernière ne mérite pas toutefois un jugement aussi sévère que celui de Nussbaum : « Il est presque cruel d'employer les injections phéniquées dans l’érysipèle; c’est un véritable supplice. »

(1) « Les solutions phéniquées préparées à l'alcool sont beaucoup plus irritantes que celles dans lesquelles la dissolution de l'acide est favorisée par la glycérine. » Dr Barette : Concours méd., 1er décembre 1888.

(2) Journal de méd. de Lille, 1888. — Union médicale, octobre 1888, p. 498.

Le titre des solutions usitées à varié entre 1 et 5 grammes d'acide pour 100 grammes d’eau. Ainsi tandis qu'Hue‘er met 3° d'acide avec 3°, d'alcool contre l’érysipèle, M. Bœckel emploie un liquide à 1,5 *.; MM. Méplain et Fleischman 2°/ ; M. Raimbert à 2 et 4 °/.; enfin M. Mosetig, M. le professeur

. Denucé et M. Boursier ont employé une solution à 5°. Comme

nos maîtrés de Bordeaux, nous nous en sommes tenu, et dans

nos expériences et dans nos applications cliniques, à la solution au vingtième.

Nombre des injections. — Mais tandis que nous ne pratiquions, en moyenne, qu'une seule injection par jour, faisant absorber seulement à notre malade 5 centigrammes d'acide phénique, M. Hueter à pu atteindre la dose de 36 centigrammes par jour, etenfin M. Moseüg celle de 1 gramme. Cette dose n’a été dépassée, à notre connaissance, que par M. Raimbert, qui, dans la seconde observation de son mémoire, dit avoir pratiqué sur tout le bras malade une quarantaine d'injections sous-cutanées avec une solution à 2 pour 50 et avoir vidé à chaque injection le contenu de la seringue. Le malade aurait donc absorbé dans ce jour 1 gr. 60 d’acide phénique. Dans une de nos observations de pustule maligne que nous rapportons plus loin, la dose fut de 1 gramme en 24 heures.

Siège des injections. — Lorsque les injections sous-cutanées d'acide phénique sont destinées à combattre une affection localisée, on injecte ordinairement le liquide au voisinage de la lésion; c’est ainsi que si l’on a en vue le seul effet antiphlogistique, on fait les piqûres dans les points douloureux eux-mêmes, sous la peau des articulations malades, par exemple, dans le cas derhumatisme (voir à ce sujet nos observations d’hématome de la fesse et de phlegmon iliaque). Nous décrivons à part les procédés spéciaux de l’érysipèle. Dans les cas de phlegmons on

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agit à la limite de la zone inflammatoire comme dans la pustule maligne.

Il n’en est plus de même lorsqu'il s’agit d’une maladie générale; on peut alors faire les injections sur n'importe quel point du corps. Il est bon cependant de ne pas choisir des régions trop vasculaires afin d'éviter l'issue du sang après la piqûre. Pour la même raison, nous avons évité l'injection directe dans les veines en enfoncant davantage l'aiguille, comme le recommande Hueter, à la moindre goutte de sang, et cela bien que nous ayons connaissance des injections d'acide phénique pratiquées par Stevenson (1) dans les veines vari- . queuses.

Ces réserves étant faites, l’on n’aura plus qu’à se conformer aux règles indiquées dans la pratique ordinaire des injections hypodermiques avec les modifications qui sont indiquées plus loin pour l’anthrax et l’éléphantiasis où ces injections deviennent, en raison de la tension et de l’induration des tissus, parenchymateuses.

Nous avons adopté, même pour nos expériences, la seringue de Pravaz et nous comptons le plus souvent, pour éviter les erreurs, par divisions, en admettant 10 divisions pour 1 gr. de solution. Enfin, nous avons eu soin de ne pas puiser le liquide à même dans le flacon d’origine, de peur de salir la solution, et nous avons veillé scrupuleusement à la propreté des aiguilles flambées avant et après l'injection, surtout dans les cas d'érysipèle que nous allons maintenant envisager.

Procédés spéciaux pour l'érysipèle. — Contre l’érysipèle, Hueter préfère aux injections hypodermiques les infusions parenchymateuses. A cet effet, il se sert d’une longue aiguille tubulée percée latéralement d’un grand nombre de trous; cette

(1) ‘On the threatement of varicose veins by the inject of carbolic acid (Lancet, 1887).

aiguille communique par un tube en caoutchouc avec un tube en verre gradué contenant la solution d'acide phénique. La piqûre faite, il suffit d'élever le tube de verre pour faire pénétrer le liquide dans les tissus, sous la seule action de la pesanteur. Ce procédé a, d’après l’auteur, cet avantage sur la seringue de Pravaz, qu'il permet à la substance médicamenteuse de pénétrer plus avant dans les lacunes du tissu conjoncüf, de les remplir, de les laver sans déchirer ni comprimer ce tissu et sans produire, en un point, un extravasat limité ne se résorbant qu'avec une certaine lenteur.

Anfrecht se contente de pratiquer les injections avec une seringue au pourtour des plaques surtout du côté où elles tendent à se montrer envahissantes. Lücke espace les piqûres à des intervalles de 6 centimêtres et injecte en chaque point 1 gramme de solution.

Au lieu de disséminer ainsi le liquide à la limite de la lésion et dans le but d'éviter les inconvénients qu’entraîne pour le malade la multiplicité des piqûres, nous n’enfonçons l'aiguille que deux fois pour une injection de 1 gramme de solution. Nous nous sommes bien trouvé de ffaire parfois une deuxième injection au niveau des ganglions engorgés et douloureux correspondant à la région malade, quand cela nous à été possible.

Injections parenchymateuses dans la furonculose. — D'après Bidder, si le furoncle est petit, une seule injection de quelques gouttes suffit. S'il est plus volumineux, on fait deux injections d’une demi-seringue ou d’une seringue entière chacune. Enfin, pour les plus gros, on fait quatre injections autour du point central de l’inflammation. L’injection est faite lentement et n’est pas renouvelée. On recouvre ensuite l’anthrax avec une compresse phéniquée.

M. Arnaudet fait des injections quotidiennes ou même

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