‹ Contribution À L'Étude Des Invaginations Intestinales De La Seconde EnfanceChapitre 11 sur 41 · ANATOMIE PATHOLOGIQUE · texte numérisé non relu

ANATOMIE PATHOLOGIQUE

Si les anciens chirurgiens n'étaient pas toujours heureux dans leurs interventions, ils étaient au moins d'excellents observateurs. Ils ont laissé des descriptions minutieuses de maladies qu'ils ne connaissaient point. Et longtemps avant l'époque relativement récente où l’on commença à guérir les invaginations intestinales, leur étude anatomo-pathologique, aidée par de fréquents et minutieux examens de laboratoire, ne laissait rien à désirer.

Dans les cas -opérés dès les premières heures, on ne trouve que peu de lésions, sauf dans les invaginations du grêle où la gangrène suit de près le retournement de l'intestin. Le segment interne est œdémateux, ecchymotique, mais l'application de compresses imbibées de sérum chaud ou un attouchement à l'éther suffit en général pour qu'il retrouve son aspect normal. La portion enveloppante ne paraît pas non plus profondément lésée. Dans quelques cas, on a signalé le plissement en accordéon de l'anse invaginée. Ce sont en somme les lésions que l’on rencontre habituellement au cours d'un étranglement herniaire.

La réaction du péritoine est intéressante à connaître. Elle peut ètre générale ou locale, ou les deux à la fois. Dans le premier cas, on observera à l'ouverture du péritoine un écoulement de liquide séro-sanglant, plus ou moins fétide, contenant de fausses membranes. Cette ascite est plutôt exceptionnelle dans les invaginations iléo-cæcales. Nous la trouvons seulement dans

le cas de Martin, que nous étudierons plus loin, et que nous croyons être un cas d’invagination survenue au cours d'un pur-

pura de Hénoch. En revanche, elle est de règle dans les invagi-

nations siégeant sur l'intestin grêle. Elle est alors séreuse,

louche, sanglante, et presque toujours fétide. Ce dernier carac-

tère doit avertir l'opérateur qu'il va tomber sur un intestin

gangrené. À

Les adhérences constituent un procédé de réaction locale. Elles apparaissent sur l'intestin grêle de façon précoce, et sont assez serrées pour gêner considérablement les manœuvres de réduction. Elles constituent un moyen de défense contre la perforation menaçante des plaques de gangrène; un véritable colmatage des points faibles. Ainsi, dans le cas de Mauclaire, le boudin est collé contre le rachis et il est impossible de l’attirer hors du ventre; dans l'observation de Broca et Moizard, on doit réséquer dix centimètres d’intestin grêle et la moitié du côlon ascendant, engainés dans un fourreau de. vieilles adhérences dures et scléreuses.

Elles tardent à s'établir dans les formes iléo-cæcales. On ne les trouve solidement établies que dans les vieilles invaginations. Dans ces cas, le danger de perforation est moins imminent, l'intestin invaginé n’est pas étroitement appliqué, muqueuse contre muqueuse et séreuse contre séreuse, au cylindre externe : le collier, moins serré, n’étrangle pas le mésentère et, de ce fait, ne prive pas de toute circulation le cylindre interne. De plus, pour que des adhérences s’établissent, une immobilité relative de l'intestin est nécessaire. On peut admettre que dans les invaginations du grêle, l'intestin invaginé cesse bien vite de progresser. Il est retenu par le mésentère, et, privé de circulation, n’a plus la force de lutter pour pousser plus avant. Le gros Intestin, est le siège des invaginations lentement progressives. Son apex est mobile : et peut-être sous l’action frénatrice du mésentère, le cylindre interne peut exécuter dans sa gaîne des mouvements de piston amenant une diminution de sa longueur et uné sédation des symptômes aigus; et, dans la ‘majorité des cas non opérés, aboutir à l'anus.

Re

L'action du mésentère est donc importante, et s'exerce différemment sur les deux segments du tubeintestinal. La longueur totale de la portion d'intestin qui peut être engaînée, est fonction de la longueur du mésentère qu’elle peut utiliser. Si le mésentère est court, l’invagination ne pourra progresser. Elle pourra mesurer plus d’un mètre si le mésentère est flottant et n’est pas étranglé. :

À mesure que l’invagination progresse, l'action frénatrice du mésentère se fait sentir, en contrariant la progression du boudin, qui prend une forme incurvée, en fer à cheval, dont la concavité regarde l'invertion du mésentère. Cette forme en fer à cheval est plus particulière aux invagination du grêle. Dans la variété iléocæcale où la gaîne est plus volumineuse, le cylindre interne peut demeurer dans l’externe sans modifications de son aspect, et le boudin auraune forme rectiligne, ou ovoiïde, ou sphérique.

L'apparition de la tumeur au rectum n'implique pas la nécessité d’un mésentère très flottant (Fitz Williams), car l'intestin décrit un arc de cercle dont le centre est représenté par l’insertion pariétale du mésentère. Cette disposition est plus marquée chez le nourrisson où la tumeur apparaît à l'anus dès les premières heures. Cela peut supposer un emprunt au péritoine pariétal, qui se laisserait décoller plus ou moins facilement.

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