CHAPITRE VI
L'INVAGINATION ILÉO"-COLIQUE TRANSVALVULAIRE
Symptômes.
Le D' Ombrédanne définit l'invagination iléo-colique : télescopage de l'iléon à travers la valvule de Bauhin restée fixe. L'apex est constitué par la muqueuse de liléon qui s’évagine de la valvule dans un mouvement de déroulement qui rappelle assez bien celui de l’escargot sortant de sa coquille. Pour éviter toute confusion, nous appellerons cette variété : iléo-colique transvalvulaire.
Les douze observations que nous avons réunies montrent la plus grande fréquence chez les garçons (neuf observations). Dans près de la moitié des cas, il s’agit d'enfants ayant plus de onze ans. Il s’agit d'une variété qui est loin d'être rare. Rappelons que nous avons trouvé quinze observations d’invagination iléocæcale.
La tuberculose est quelquefois indiquée comme cause prédisposante. On a noté la présence des ascaris, la fièvre typhoïde, une disposition anatomique particulière.
La douleur est le signe le plus constant. Elle survient.brusquement sous forme de coliques siégeant principalement à la fosse iliaque droite. Sans être de durée égale à la période de repos, elles se reproduisent assez régulièrement. Dans un casà évolution traînante, elles se répétaient toutes les heures, et l'emploi « de plus en plus abusif » des piqûres de morphine n’apportait qu’une amélioration passagère.
SFHGES
Elles sont paroxystiques, s’accompagnent d'une gesticulation désordonnée. Et ce caractère, très spécial à l’invaginauon, a mis Triboulet sur la voie du diagnostic (Obs. 1).
La tumeur est constante et siège sur le trajet des côlons. On peut la rencontrer dans la fosse iliaque droite, au côlon transverse ‘ou dans la fosse iliaque gauche. Mais, quel que soit son siège,
le signe de Dance fait ici défaut.
Les vomissements sont exceptionnels. Enfin, ses selles ne sont pas sanglantes. Nous savons qu'il en est tout autrement chez le nourrisson. Grisel a fait remarquer que, dans ces cas, Jl'écoulement sanguin est presque constant, abondant, et parfois conslilué par du sang pur.
Dans les cas très anciens, où la maladie a évolué longtemps,
où le traitement par lavements a été institué, les selles ont été dysentériformes.
ù Physiologie pathologique.
Au point de vue structural, dit Testut, la valvule de Bauhin est constituée par l’invagination de l'iléon, — à l'exception de ses fibres musculaires longitudinales, — dans le cæcum. Chez le grand enfant, le cæcum est moins mobile, se défend contreles tentatives de télescopage de l’iléon, qui pour s’invaginer, utilise l'amorce d’invagination physiologique constituée par la valvule de Baubhin.
Cette valvule joue d'ailleurs le rôle d’un sphincter, se resserrant et se relâchant tour à tour pour laisser s’invaginer une nouvelle portion d’intestin grêle.
Chaque progression est marquée par des douleurs indescrip-
bles, qui ne cèdent pas toujours à la morphine. Le boudin s'accroil continuellement, et l'apex ayant parcouru l'étendue du gros intestin pourra même faire un énorme prolapsus.
Dans cetle variété, le mésentère ne nous paraît pas exercer une action frénatrice. L'invagination constituée ne connaît qu'une évolution progressive et fatale.
Obs. 1. — (Docteurs Triboulet et Savariaud. Société de Pédiatrie, 12 Mars 1912).
Nüssbaum G...,5 ans et demi, est un enfant bien portant. Il y a
deux ans et demi, il fit une broncho-pneumonie. Sa mèreest bien portante, mais son père est un bacillaire. Il a un frère bien portant. - La maladie a débuté le 2? Février dernier. L'enfant éprouva une crise très douloureuse au niveau de l'épigastre et de l'hypocondre droits. La palpation profonde réveillait la douleur. Il fut reçu dans le service du Docteur Triboulet qui frappé par la physionomie de l'enfant au moment des crises, et par l'existence d'une tuméfaction animée de mouvements péristalliques au niveau du côlon transverse, fit sans hésiter le diagnostic d’invagination inteslinale et fit appeler son collègue le Docteur Savariaud qui confirma le diagnostic.
Le passage de l'enfant en chirurgie eut lieu le samedi, mais comme il n y avait aucun phénomène indiquant l'urgence et que l'enfant présentait des garde-robes naturelles, on ajourna l'opéralion au lundi. Dans la journée du dimanche il eut une petite crise ; maïs en revanche il eut une garde robe, de sorte qu'on ne changea rien à la décision.
Le lundi, l'enfant fut endormi au chloroforme. À ce moment, la
tumeur avait disparu. Néanmoins la paroi fut incisée à l'endroit où nous l’avions sentie si facilement, c'est-à-dire sur la ligne blanche susombilicale. Le péritoine est normal, l'estomac et le côlon lransverse sont normaux, et on n’aperçoil pas de tumeur. Remarquant alors que le côlon ascendant est congestionné, on cherche du côté de la fosse iliaque et l’invagination est alors facilement trouvée. . Elle est peu volumineuse, environ le volume d’un œuf de poule, il n'est donc pas étonnant qu'elle ait échappé à la palpation de l'épigastre. La réduction est des plus faciles. L'invagination était formée par les dix derniers centimètres de l'iléon invaginé dans la valvule (invagination iléo-colique, forme rare). L'iléon invaginé est œdématié. L'appendice, très long, est réséqué.
Le mésentère est blanchâtre et paraît chroniquement enflammé. Il existe dans ce mésentère et surtout le long du côlon ascendant, derrière le péritoine pariétal, de nombreux ganglions ou paquets ganglionnaires, dont quelques-uns ont le volume d’une noix (père Luberculeux).
Pour éviter la reproduction de l'invagination, on détermine la formation d’un pli longitudinal dans la portion du grêle qui était invaginée et on la fixe par des points au fil de lin. Dans le mésentère, on détermine pareillement un pli parallèle à l'intestin.
Suture à trois plans. Guérison rapide et relèvement de l'état général. :