CHAPITRE XIV
DE LA CHRONICITÉ DES INVAGINATIONS
Au cours de nos recherches sur les invaginations intestinales nous avons souvent rencontré le terme « d’invaginations chroniques » établi par Rafinesque et conservé depuis.
On nomme chronique une maladie qui parcourt lentement ses périodes; autrefois, passé le 40° jour, la maladie méritait d’être appelée chronique. Inversement, on nomme aiguë une maladie qui parcourt rapidement ses périodes (Littré : Dictionnaire de Médecine).
Il faut considérer deux phases dans l’invagination : 1° l'invagination se constitue; 2 elle progresse. Chez le nourrisson, où la tumeur apparaît presque aussitôt à l'anus, ces deux phases se confondent. Chez le grand enfant, au contraire, elles doivent être nettement séparées; là seconde ne doit même plus exister aujourd'hui où le diagnostic constitue le premier temps de l'intervention opératoire.
L’invagination se constitue rapidement, et son apparition est marquée par l'entrée en scène de tous les symptômes bruyants et dramatiques que nous avons décrits. La progression discontinue, se traduit par la reprise des mêmes phénomènes cliniques. Tout cela est bien aigu, et rapide. Faut-il compter dans l’évolution les périodes de tolérance et d'accommodation, pour ainsi dire, où l’invagination cesse précisément d'évoluer?
Il nous paraît paradoxal de décrire sous le titre d'invagination chronique, comme le fait Rafinesque, une invagination du grêle qui s’est traduite par des douleurs cruelles, des vomissements fécaloïdes. des selles sanglantes et qui s’est terminée
par l'élimination spontanée de plus de un mètre d’inteslin! Cette évolution, dira-t-on, a duré 4 mois; donc elle a été chronique. Nous répondons seulement que l’invagination constituée, l'intestin a mis quatre mois à se sphacéler et à s’éliminer. Si de nos jours, une observation identique était publiée, on pourrait dire que vraiment l’abstention prolongée du chirurgien a été le seul-facteur de la chronicité. |
Actuellement, le chirurgien ne doit pas se demander si le malade est incapable de résister vingt-quatre heures, ou si des périodes de rémission ne vont pas apparaître, qui permettront d'attendre quelques jours ou quelques semaines, en d’autres termes s’il se trouve en présence d’une forme aiguë ou chronique. La temporisation, dans le premier cas, tue le malade; dansle second elle permet aux adhérences de s'établir, à l'intestin de se sphacéler, au malade de s’affaiblir, et de ne pouvoir supporter une opération autrement délicate que la désinvagination ‘simple par taxis et tractions douces.
Deux raisons ont contribué à entretenir cette erreur d'interprétation. C'est d'abord que l'on connaissait mieux l'invagination du nourrisson qui, pour des raisons d'ordre anatomique est toujours aiguë. On a été surpris de ne pas trouver les mêmes symptômes réunis dans l’invagination du grand enfant, et les observateurs, tenant compte seulement du temps écoulé, ont instinctivement appliqué à cette forme l'étiquette « chronique ».
C'est ensuite que l'on a voulu classer l'invagination dans les formes de l'occlusion intestinale. Il se trouve que l'arrêt des matières et des gaz qui est le signe le plus grossier de ce syndrome clinique, apparaît dans l’invagination lorsque celle-ci est assez serrée pour obturer complètement la lumière du tube intestinal : et celte éventualité est exceptionnelle. On était peutêtre tenté de laisser se compléter le tableau clinique. La chronicité était acquise et si le malade ne succombait pas avant l'opération, il avait peu de chances d'y survivre.
De nos jours, on ne laisse plus à la maladie le temps de devenir chronique. Et le malade, comme le chirurgien, se trouve mieux de cette nouvelle méthode,