CLINIQUE
L’invagination par diverticule de Meckel, tout comme l’invagination aiguë du nourrisson, frappe des sujets présentant un excellent état général.
Beaucoup d'observations relatent cependant des troubles digestifs antérieurs ; ce sont des petites crises abdominales, douloureuses irrégulières, s’accompagnant de sensation de ballonnement, d’état nauséeux et parfois même de vomissements. Ces malaises se terminent habituellement par une débâcle gazeuse, ils n’ont aucun horaire précis et ne présentent aucune relation avec l’absorption d’aliments. Ils précèdent de un à plusieurs mois le début des accidents graves, 18 mois dans l’observation n° 5.
Ils revêtent parfois par leur violence le tableau que nous allons tracer plus bas, s’expliquant par une invagination spontanément réduite et qui fit, pour l’observation n° 3, intervenir le Docteur Nédelec avec le diagnostic d’appendicite.
Enfin plus ou moins rapidement l’invagination s’établit, présentant sauf de rares cas une allure lente.
Les douleurs dominent la scène ; ce sont des coli-
ques violentes, comparées par Harris aux coliques utérines de l’accouchement ; elles sont plus ou moins localisées dans la région ombilicale droite, ou mieux encore la partie basse du creux épigastrique. Le malade offre à l'examen un masque de souffrance et d'angoisse caractéristique; il pâlit, a les traits grimaçants. Il s’agite à la recherche d’une position susceptible de les amoindrir. Son pouls file, le collapsus est parfois si impressionnant que Godard portât le diagnostic d’infarctus mésentérique. Il s’y associe du ténesme avec besoin impérieux d’aller à la selle. Après leur disparition le calme revient ; mais contrairement à l’invagination du nourrisson, il persiste un endolorissement et une gêne abdominale. Espacées de plusieurs heures, les crises se rapprochent progressivement, elles peuvent s'accompagner de syncopes. Les vomissements suivent assez rapidement les douleurs. Ils sont alimentaires, puis bilieux, peu abondants, de fréquence extrêmement variable, accompagnant une crise douloureuse, manquant à une autre. Enfin, l’hémorragie (épistaxis intestinale de Kirmisson) s’installe. Elle est tardive, produite par les ulcérations siègeant sur la tête de l’invagination, Ce sont des glaires sanguinolantes apparaissant lors d’une poussée de ténesme, sur le doigtier au cours de l'examen ou à l’occasion d’une selle. Elle signe une invagination avancée et devient un caractère d’urgence de l’intervention. Il vaut mieux ne pas l’attendre car elle peut manquer.
L’occlusion ne devient que très tardivement absolue.