‹ Contribution à l'étude des Kystes acquis de la conjonctiveChapitre 10 sur 30 · III. Observations · texte numérisé non relu

III. Observations

OBSERVATION I

Unruorr, 1879.

Le 9 août 1878 se présenta à la polyclinique F. Th..., 45 ans. Il se plaignait de ressentir depuis quatre jours une compression dans l'angle interne de l'œil droit, après qu'un insecte lui eût volé dans l'œil. A la suite de cet accident, il regarda son œil et découvrit « dansle blanc » une petite vésicule. C'est à ce sujet qu'il vient me consulter.

La conjonctive bulbaire de l'œil droit présente dans l'angle interne une faible injection superficielle avec apparence d’inflammation. A environ 8 millimètres du bord interne du limbe cornéen, on voit une petite vésicule de la grosseur d'un pois, à contenu clair, séreux, de forme un peu allongée, cylindrique. À un examen plus rigoureux, on peut reconnaître que le kyste se réduit brusquement à ses deux extrémités et se termine de chaque côté d’une facon filiforme. Le kyste siège dans les couches superficielles de la conjonctive bulbaire et est mobilisable dans une grande étendue au-dessus de la sclérotique. Le kyste fut excisé. On trouve un épithélium pavimenteux à une couche, délicat comme l'intérieur de la gaine; la gaine elle-même est très mince, d'une struclure conjonctive, sans qu'il soit possible néanmoins de démontrer la structure des parois d’un vaisseau. On doit admettre qu'on a affaire à un vaisseau lymphatique dilaté dont Ja structure est modifiée par l'extension de la paroi.

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OBSERVATION II

Maxrokt, 1883.

La tumeur, translucide, se trouvait dans la région interne de la paupière supérieure, Grande comme une noisette, son existence semblait devoir être rapportée à un traumatisme ancien. Excision de la paroi antérieure du kyste. L'auteur le considère, après examen histologique, comme un vaisseau lymphatique ectasié.

OBSERvVATION III

Dr Rocnox-DuviGneauD, 1892.

Ce kyste a élé excisé chez un homme âgé de 45 ans, ciseleur, domicilié à Paris et qui s'était rendu le 16 août à l'Hôtel-Dieu pour une conjonctivite accompagnée de chalazion.

Cet individu portait sur la conjonctivite bulbaire de l'œil droit deux kystes, dont un était situé sur la conjoncetive, correspondant au côté interne de la cornée et l’autre au côté externe.

Ces petits kystes, transparents, ont été excisés : placés dans l'alcool au tiers pendant vingt-quatre heures, puis durcis dans l'alcool à 90°, ils ont été ensuite inclus dans la cellïdine, afin d'en faire des coupes microscopiques.

KAystle interne. — Il a une forme à peu près sphérique, son diamètre est de 2 millimètres après l'action des réactifs, et n'était guère supérieur sur le vivant.

Examiné sur des coupes, ce kyste est entouré par les éléments de la conjonctive bulbaire dont l'épithélium, qui paraît tout à fait sain, est ainsi constitué : une assise profonde, formée de cellules de formes un peu variables, mais avec ce caractère commun que le noyau, plutôt cylindrique, remplit presque toute la cellule. Dans les couches superposées à celles-ci, les cellules, d’abord polyédriques, vont en s'aplatissant de plus en plus, parallèlement à la surface conjonctivale; les plus superficielles, très aplaties, perdent leur noyau. On ne rencontre pas de cellules caliciformes.

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Au-dessous de l'épithélium, on ne rencontre aucune trace de formation glandulaire, ni de papilles. Le derme, sur lequel repose l'épithélium, est constitué par de fines fibrilles conjonctives, formant un tissu lâche, parsemé d'éléments cellulaires fusiformes et renfermant un certain nombre de petits vaisseaux, presque tous des capillaires.

A la base du kyste, c'est-à-dire au niveau de la surface d'excision, on rencontre des artérioles, des veinules et même de petits vaisseaux nerveux. En somme, la conjonctive nous paraît parfaitement saine.

Sur quelques préparations, la cavité du kyste est unique, sphérique, bien que présentant une crête intérieure, saillante, formée par un repli de la paroi. Ce repli n'est que l'origine d'une cloison complète qui, sur d’autres coupes, divise en deux loges la cavité du kyste, la cloison de séparation étant formée par deux parois accolées.

Paroi du kyste. — Cette paroi est constituée par une membrane conjonctive très mince et résistante à la surface interne de laquelle sont appliqués de petits noyaux aplatis autour desquels on ne voit, sur ces préparations colorées au carmin, aucune espèce de protoplasma et qui appartiennent à des plaques endothéliales et non à un épithélium vrai. Ces noyaux sont toujours assez distants les uns des autres.

Tel que nous le voyons après l'action de l'alcool, le contenu du kyste forme un fin précipité granuleux, homogène, remplissant exactement la cavité kystique et renfermant quelques globules blancs surtout rapprochés de la paroi. Le coagulum, finement granuleux, par place vaguement fibrillaire, ne figure cependant jamais un vrai réseau fibrineux.

Kysle exlerne. — Ce kyste, de forme irrégulière, présentait un aspect circonvolutionné. Rien de particulier à signaler dans l'épithélium. Les coupes de ce kyste sont criblées de cavités kystiques, dont la forme et la disposition varient pour chaque préparation. Au lieu d'un kyste unique, il s’agit donc ici des cavités kystiques juxtaposées et sans doute anastomosées. Ces cavités sont généralement subdivisées d'une facon incomplète par des replis de leur paroi, qui, sur les coupes, proéminent dans l’intérieur des kystes sous forme de caps. Quelquefois ces caps rejoignent la paroi opposée, divisant

ainsi une cavité unique en deux cavités secondaires. Les parois de ces divers kysles ont exactement la structure décrite pour le précédent; leur contenu est également le même pour les grands kystes. Quant aux kystes de moindre volume, ils renferment généralement inclus dans le coagulum précité un certain nombre de leucocytes éparpillés dans sa masse. +

OBSERVATION IV

DeLecæiLLerie (1893).

Le nommé $S... Joseph, âgé de vingt-six ans, horloger, né à Château-Giron, se présente le 9 septembre 1892 à la clinique ophtalmologique de l'Hôtel-Dieu, pour une ecchymose conjonctivale de l'œil droit.

Antécédents.—Ce jeune homme présente les attributs d’une bonne santé; il n'a jamais eu d'affection oculaire et en remontant à ses antécédents, on ne trouve aucun signe qui puisse nous faire soupconner une affection constitutionnelle antérieure. Interrogé sur sa famille, elle ne paraît pas non plus présenter aucune prédisposition, ni aucune maladie qui pourrait avoir été transmise par l'hérédité.

Etat actuel. — Son état général d'ordinaire est bon, mais depuis quelques jours il est atteint d’un embarras gastrique qui lui occasionne assez souvent des nausées et des vomissements; ces nausées, d'après le dire du malade, sont assez violentes et ont probablement été la cause de cette ecchymose.

Examen de l'œil. — 1° OEil droit : On trouve à la région inféroexterne du bulbe oculaire droit une ecchymose ayant la forme d'une bandelette, s'étendant depuis le bord correspondant de la cornée jusqu'à la partie externe du bulbe; cette bandelette a une coloration qui n'est pas homogène et une largeur d'environ 4 centimètre. Au milieu de la région ecchymosée se trouve une petite tumeur cylindrique, à grand axe vertical, longue d'à peu près cinq millimètres et d'environ 1 millimètre de largeur. Ce cylindre se trouve renflé aux deux extrémités en une petite dilatation arrondie simulant une tête d'épingle. Cette tumeur est transparente, de coloration citrine; les

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vaisseaux Conjonclivaux superficiels passent au-dessus d'elle; son volume restreint empêche de constater sa rénitence, mais la pression en un point refoule le contenu à l'extrémité opposée qu'ildilate; la pression sur loute la surface ne fait pas disparaître le liquide; elle est mobile sur le tissu épiscléral.

2° L'œil gauche est parfaitement sain.

Examen microscopique. — La pelite tumeur a été excisée avec la conjonctive qui la recouvre; placée d’abord dans l'alcool au tiers, puis dans l'alcool à 90°. Après durcissement, elle a été incluse dans la celloïdine et des coupes ont été faites colorées les unes par le carmin, les autres par l'hématoxyline.

1° Préparations colorées par le carmin. — Examinées par transparence, les coupes laissent voir un espace vide correspondant à la cavité du kyste, présentant un diamètre longitudinal de un millimètre et demi et un diamètre transversal de un millimètre, La cavité a une forme ovalaire à parois un peu plissées. En allant de l'extérieur vers l'intérieur, nous rencontrons dans cette préparation différentes couches :

1° Un épithélium pavimenteux stratifié, ayant des contours cellulaires assez nets et en tout semblable à celui de la première observation. Il entoure la tumeur, sauf à l'endroit qui correspond au pédicule de la partie excisée.

2° La seconde couche est représentée par le Lissu sous-conjonctival au sein duquel la tumeur estimplantée; ce tissu entoure complètement la tumeur, mais il est peu abondant du côté de la surface externe, et augmente en quantité en se rapprochant du pédicule. Cette couche est formée de tissu conjonctif louche, contenant un certain nombre d'éléments conjonctifs, fusiformes et étoilés.

3° En se rapprochant du pourtour du kyste, ce tissu semble se condenser et former une couche très mince, plus ou moins nette, d’après les préparations, et qui est la membrane limite externe du kyste.

4 Cette membrane est tapissée à l'intérieur d’un endothélium qui n’est pas très caractéristique sur ces préparations et dont on ne peut par places distinguer les noyaux.

5° La cavité renfermant un grand nombre de granulations forte-

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ment colorées par le carmin et répandues dans tout son contenu ; de plus, elle contient sur un des points de la préparation assez rapproché du bord, une partie plus colorée, de forme arrondie et dont le diamètre est environ de un quart du diamètre transversal de la cavité kystique. Celte partie est formée de tissu conjoncelif contenant également des éléments cellulaires ; elle est tapissée sur tout son pourtour par des cellules endothéliales qui ne sont pas très nettes.

Au pourtour du kyste, on trouve dans le tissu sous-conjonctival des vaisseaux sanguins en plus ou moins grande quantité. On y trouve, d'autre part, des cavités Iymphatiques de structure semblable à la grande, mais beaucoup plus petites et qui sont probablement des vaisseaux lymphatiques dilatés, coupés en travers ; dans quelquesunes d'entre elles on rencontre un certain nombre de globules blancs répandus dans le contenu. Ces petites cavités ont des formes variées, quelquefois allongées, quelquefois tout à fait irrégulières et sont surtout visibles vers le pédicule de la tumeur.

Sur d'autres préparations, la grande cavité kystique est beaucoup plus allongée, se terminant en pointe à une de ses extrémités ; dans les préparations on voit deux bourgeons s'avançant l'un vers l’autre, qui semblent se réunir à un cerlain niveau, et diviser la grande cavité en deux parties dont l'une est formée par le corps du kyste et l’autre par la pointe: nous avons pu voir cette disposition sur certaines coupes.

Le petit bourgeon conjonctif que nous avons signalé dans la cavité est formé par la coupe transversale d’une partie de tissu conjonctif ressemblant beaucoup au derme conjonetival et à la paroi conjonctive du kyste.

Ce qui me fait penser qu’elle a des rapports avec la paroi, c'est que sur certaines coupes elle s'en rapproche de plus en plus et finit par faire corps avec elle.

2 Préparalions colorées par l’'hématoxyline. — Sur ces préparations on voit les mêmes détails que sur les précédentes, seulement le tissu conjonctif y est moins coloré et on y distingue plus difficilement la couche fibreuse du kyste. Par contre, les noyaux cellulaires sont plus colorés, ce qui nous permet de mieux distinguer les cellules conjonctives et les cellules endothéliales qui tapissent la couche fibreuse,

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OBSERVATION V

- DELECŒILLERIE.

Le nommé G..., âgé de 22 ans, graveur, domicilié à Paris, se présente le 9 septembre, à la consultation de l'Hôtel-Dieu, pour des chalazions qu'il porte aux paupières inférieures.

Antécédents. — Interrogé sur ses antécédents, ce jeune homme, qui n'est pas d'une constitution bien robuste, déclare avoir eu, étant enfant, des bronchites répétées ; son père serait lui-même mort d'une affection chronique de poitrine. Depuis six ans, ses yeux auraient fréquemment rougi et il aurait été traité pour cette affection par M. le D' Hubert.

Etat actuel. — On trouve à chaque paupière inférieure des chalazions qui auraient débuté, d’après le dire du malade, il y a trois mois; celui de la paupière droite est en voie de suppuration; ces chalazions sont également accompagnés de signes de blépharite ciliaire chronique. Il y a de plus à chaque œil de petites dilatations Ilymphatiques que nous allons décrire.

OEil gauche : La partie de la conjonctive située entre le bord externe de la cornée et l'angle externe de l'œil porte une petite dilatation lymphatique, transparente, se présentant sous forme de vaisseau de la grosseur d’une aiguille, dilatée en grains de chapelet; ce vaisseau se contourne de facon à délimiter une partie de conjonctive saine, ayant une forme ovale.

On ue trouve pas, ailleurs, d’autres dilatations lymphatiques.

L'examen microscopique n'a pu être fait, le kyste s'étant crevé en

voulant l'exciser et ayant été perdu dans la masse conjonctivale.

OEil droit : La partie interne de la conjonctive bulbaire présente des dilatations lymphatiques, transparentes, en forme de réseau dont les branches entrecroisées présentent au niveau de leurs anastomoses des dilatations plus grandes, de la grosseur d’une tête d'épingle. Ce réseau est mobile avec la conjonctive dont les vaisseaux sanguins superficiels passent au-dessus. La compression d'une partie du réseau refoule le liquide dans les autres parties. Ces dilatations ne s'étendent pas sur la caroncule.

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L'examen anatomo-pathologique de la tumeur n'a pu être fait; d'un autre côté, n'ayant plus revu le malade, nous ne connaissons pas les

transformations qu'on subies ces dilatations.

OBSERVATION VI

2 DELECŒILLERIE

La nommée F..., Marie, âgée de 45 ans, domiciliée à Paris, se présente, le 19 septembre, à la consultation de l'Hôtel-Dieu, pour une conjonetivite granuleuse.

Antécédents. — Cette personne présente les signes de Iymphatisme. Elle aurait eu la rougeole il y a cinq ans, et, à la suite de cette maladie, se serait développée une affection chronique des yeux.

Etat actuel. — Les conjonctives sont infiltrées de granulations, pour lesquelles elle aurait déjà été en traitement il y a quatre ans.

OEil gauche : À part un commencement de ptérygion, au côté interne de la cornée, le globe de l'œil est parfaitement intact.

OEïl droit : La partie de la conjonctive située à égale distance du bord interne de la cornée et de l’angle interne de l'œil droit porte une petite dilatation Iymphatique, ayant un diamètre vertical de 3 à 4 millimètres. Cette dilatation subit un étranglement vers le milieu, qui lui donne la forme de deux têtes d'épingles accolées; nulle part ailleurs nous ne rencontrons de dilatation. La conjonctive portant la tumeur a été excisée et durcie pour en faire l'examen microscopique.

Examen microscopique. — Les cavités kystiques de cette préparation étant de petites dimensions, il nous a été impossible de mesurer par transparence leur étendue au microscope, on y voit toutelois une cavité plus grande que les autres; cette cavité, dont les parois ne sont pas plissées, présente ceci de particulier : la couche fibreuse limitant extérieurement le kyste avec l'endothélium qui le tapisse intérieurement s'est séparée sur une certaine étendue du tissu cellulaire sous-conjonctival. Celte séparation est surtout visible sur les préparations colorées par le carmin. A côté de ces cavités,'on en trouve d'autres plus petites, n'ayant rien de spécial. Sur les prépa-

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