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« L'anatomie pathologique démontre à l'évidence que, dans les cas que nous étudions, les kystes se sont formés aux dépens de la conjonctive, origine que Sæmisch avait réservée aux seules vésicules con- Jonctivales adhérentes ». Cette formation, toutefois, ne s'est pas faite par greffe, comme dans les observations publiées par Uhthoff, car, dans plusieurs des cas que nous avons observés, les personnes atteintes ont pu nous affirmer de la manière la plus formelle qu'elles n'avaient jamais subi aucun traumatisme, ni souffert d'aucune affection oculaire antérieure.
Il est permis de croire que certains replis, sinuosités ou cryptes, si nombreux dans la conjonctive, se sont isolés, pédiculisés, plus tard étranglés, et à la fin entièrement séparés de la membrane qui leur a donné naissance pour prendre la forme de kystes et se perdre dans le tissu sous-conjonctival.
OBSERVATION IV
Romgoorri, mars 1895.
C. À... âgé de douze ans, avait déjà été traité pour «blessure pénétrante de l'O D, intéressant la cornée et la sclérotique avec prolapsus de l'iris et du corps ciliaire ». De l'histoire clinique rédigée alors, il résulte que la blessure aurait une direction verticale de haut en bas et qu'elle occupait le tiers interne supérieur du globe oculaire ou bien le segment compris entre le muscle droit supérieur et l’interne. L'enfant quitta alors l'hôpital, après une phase de vive réaction inflammatoire sur la terminaison de laquelle on trouve écrit cette mention : « Bulbe s’acheminant vers la phtisie ». Depuis quatre ans l'œil ne lui causa aucune gêne jusqu'au mois de novembre de l'année 1892, époque à laquelle l'enfant s’apercut qu'au niveau du secteur qui avait été blessé se développait un petit corps transparent semblable à une petite vésicule, qui, en cinq ou six mois, atteignit la grosseur d'un grain de blé. Après une période stationnaire, à partir du mois d'avril 1893 la vésicule grossit lentement en se diposant autour de la cornée. Pendant cet accroissement la tumeur déborda la fente pal-
pébrale. L'enfant affirme que ni au commencement ni pendant le
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développement ultérieur de cette altération il ne souffrait d'aucune douleur ni oculaire ni périorbitaire.
A l'inspection de l'œil, on voit déborder de la fente palpébrale un soulèvement de la conjonctive comme s'il s'agissait d'un énorme chémosis. La paupière inférieure paraît un peu distendue et légèrement renversée en ectropion. Le soulèvement offre une couleur rose pâle presque blanche; son aspectestgélatineux avec un aspect nacré. Sur sa surface cheminent des vaisseaux sanguins gros et tortueux qui tranchent sur le fond pâle et anémique de la muqueuse.
En soulevant les paupières, on remarque que le soulèvement suit exactement le cul-de-sac inférieur. Au grand angle, là où le cul-desac. est presque effacé, le soulèvement commence au dehors de la caroncule, au niveau du replis semi-lunaire dont il n’y a pas de trace. De plus, comme cette ligne de contact du cul-de-sac conjonctival avec la sclérotique est presque parallèle à la circonférence cornéenne et que le soulèvement conjonctival s'étend jusqu'au bord cornéen, on comprend aisément que celui-ci arrive à entourer une partie de la cornée. Le soulèvement s'accomplit presque à pic sur la surface sclérale et atteint un maximum d’élévation au niveau du milieu de l'espace compris entre le cul-de-sac inférieur et le bord cornéen correspondant. La forme d'ensemble du soulèvement est celle d'un eroissant avec la concavité tournée en haut; il entoure les 2/3 inférieurs et internes de Ja cornée.
La cornée, presque en totalité de bas en haut où elle est entourée par le soulèvement conjonctival, est le siège d'une large cicatrice : dans son 1/3 supérieur externe seulement, une petite portion de tissu de la largeur d'à peu près 3 millimètres située le long du bord périphérique conserve encore une cerlaine transparence qui permet d'entrevoir un secteur de l'iris atrophique, lequel adhère à cette cicatrice cornéenne très étendue et tout à fait plane.
A l'éclairage latéral, on n'aperçoit rien autre chose de remarquable, mais Ja transparence du soulèvement conjonctival évoque l'hypothèse d'un épanchement séreux.
Le traitement auquel on donna la préférence fut le suivant : avec une seringue de Pravaz on perfora le soulèvement conjoncetival; nous nous apercümes tout de suite que l'aiguille ne rencontrait plus de
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résistance. En retirant délicatement le piston, nous réussimes à enlever une demi-seringue d'un liquide doué d'une transparence presque parfaite. Après quoi le soulèvement s’affaissa complètement. Avec un couteau de Graefe nous l’incisämes dans toute son épaisseur et sur toute son étendue, suivant une direction parallèle au bord de la paupière inférieure et en faisant tomber la section au niveau du milieu de l'espace compris entre le fornix inférieur et le bord cornéen correspondant: cela fait, nous en incisâämes trois lambeaux, un parallèlement à la portion horizontale de la section, deux autres plus petits, verticalement de chaque côté, qui furent tous immédiatement fixés pour les soumettre à la recherche histologique.
Nous conslalämes aussitôt après l'écartement des lambeaux que le kyste n'avait absolument pas d'adhérences avec le tissu scléral, dont la surface ne présentait rien qui püt expliquer un épanchement séreux se rapportant à une filtration des liquides endoculaires. Nous avions dirigé plus particulièrement notre attention vers le point où existait cet enclavement du corps ciliaire dont j'ai fait mention dans l'examen objectif du patient. Mais, dans ce point également, rien ne semblait anormal.
Nous procédâämes tout de suite à la suture des deux lambeaux conjonctivaux pour recouvrir la surface sclérale dénudée.
Après peu de jours, l'enfant quitta l'hôpital complètement guéri.
Examen microscopique du liquide retiré de la cavité kystique. — Le liquide reliré de la cavité kystique fut versé dans un petit tube où on le laissa déposer pendant vingt-quatre heures, après lesquelles on apercut dans le fond un ténu sédiment grisätre. Le liquide qui, à son extraction, avait une couleur légèrement opaline, avait acquis maintenant une parfaite transparence.
L'examen microscopique du sédiment démontre qu'il était composé de leucocytes de dimensions variées et offrant plusieurs altérations; quelques-uns étaient renflés, hydropiques, presque désorganisés ; quelques autres pigmentés, avec du pigment noir en grains dans le protoplasma; on voyait encore des cellules endothéliales semblables à celles des parois des vaisseaux sanguins et des espaces lymphatiques, quelques-unes aplaties, lamellaires; de plus, des cellulles épithéliales d’une forme arrondie, rectangulaire, avec un