‹ Contribution à l'étude des Kystes acquis de la conjonctiveChapitre 21 sur 30 · LOS · texte numérisé non relu

LOS

et l'on trouve sur la coupe de petits kystes où l'épithélium est nettement cylindrique et stratifié, les cellules les plus superficielles étant plus volumineuses que les profondes, légèrement aplaties. Dans les kystes plus volumineux, l'épithélium constitue une couche moins épaisse qui, en certains points même, devient unicellulaire. Cet épithélium présente, comme d’ailleurs l’épithélium de la conjonctive, de nombreuses cellules en évolution muqueuse (cellules caliciformes). Quelques-uns de ces kystes ne contiennent qu’un liquide dont la contenance en albumine doit être faible ou nulle, a en juger, par l'absence ou la pauvreté du principe intra-kystique, sur les coupes. D'autres kystes présentent, au contraire, dans les parties déclives, des amas cellulaires (cellules épithéliales desquamées) et un précipité granu- Jeux. C’est vraisemblablement à la présence de ce dépôt cellulaire intra-kystique que quelques-uns de ces kystes doivent l'apparence de leurs parties déclives.

Quant à l'origine de ces kystes, nous serions tenté de la rechercher dans une distension des tubes de Henle, c'est-à-dire des dépressions de la muqueuse. Mais cela ne nous dit pas quelle est la cause première de ces lésions. Il ne semble pas exister de processus inflammatoire superficiel de la muqueuse. Il n’en existe, en effet, aucun signe clinique ou histologique. Il n’y a nulle part cette infiltration leucocytaire qui caractérise tout processus inflammatoire aigu. Ce qui nous a frappé, par contre, c'est un épaississement du tissu conjonctif de la muqueuse, un certain degré de sclérose, avec abondance peu considérable de cellules conjonctives. Mais on n’a trouvé du côté des vaisseaux capillaires artériels ou veineux, accessibles à l'investigation histologique, aucune lésion manifeste de leurs parois, aucun rétrécissement de leurs conduits. Nous nous bornons à signaler ce fait et renoncons à ajouter une hypothèse à celles déjà faites pour expliquer cette dégénérescence kystique dont la pathogénie nous échappe complètement.

Ces kystes épithéliaux doivent donc être nettement séparés des kystes séreux attribués à la distension d'un lymphatique.

I1 ne faut pas confondre avec ceux-ci les kystes des glandes de Krause et des glandes lacrymales, qui, eux aussi, sont des kystes épithéliaux, mais dont les dimensions sont toujours plus larges.

HU

OBSERVATION VI

STOEWER.

Stoewer a eu l'occasion d'étudier histologique des productions kystiques du cul-de-sac inférieur.

Il s'agissait d’un enfant de cinq ans atteint de conjonctivite catarrhale bilatérale. À gauche, on constatait en outre, dans la région moyenne du cul-de-sac inférieur, deux petites saillies de 2 à 3 millimètres de diamètre, de coloration légèrement bleuâtre et de consistance élastique.

Après guérison de la conjonctivite, on pratique l’excision des deux kystes. Le contenu du kyste était limpide et sans structure. Les parois étaient constituées par une seule couche de cellules épithéliales aplalies avec noyaux assez volumineux. Au-dessous de cette couche, on ne constatait pas de paroi propre, mais un tissu conjonctif lâche ne différant pas de celui du cul-de-sac normal.

Stoewer ne pense pas que l'inflammation conjonctivale coexistante füt la cause de ces productions kystiques. Il admet qu'il s'agit de kystes par rétention résultant de l'oblitération de l’orifice d'une de ces dépressions épithéliales connues sous le nom de glandes de Henle.

OBSERVATION VII

Feur, 1901.

L'auteur en rapporte trois cas. Le premier fut observé chez un homme de dix-neuf ans: la tumeur siégeait entre l'équateur et le limbe de la cornée qu'elle atteignait; le deuxième concernait une jeune fille de vingt-un ans et était sensiblement identique; la troisième, observée chez un ouvrier de trente-huit ans, était plus éloignée de la cornée et se trouvait à peu près au niveau de l'insertion du droit interne. L'examen anatomique montra que la tumeur était constituée par un kyste multilobulaire situé dans le tissu sous-conjonctival.

L'origine de ces kystes est encore peu connue. Ils résulteraient, d'après Rogman, de plis de la muqueuse et, d'après l’école italienne,

TT Es

devraient être considérés comme des kystes par rétention provenant des glandes de Krause. Il s'agit bien probablement, dans le cas de l'auteur, suivant l'explication donnée par Ginsberg et Vossius et plus lard aussi par Wintersteiner, de kystes provenant de la prolifération dans la profondeur des couches de l'épithélium superficiel et ayant subi une métamorphose régressive avec dégénérescence muqueuse. Jaquet et Schapringer ont décrit un cas semblable sous le nom très explicatif d'épithéliome kystique de la conjonctive bulbaire.

OBSERVATION VIII

RosExBERG, 1901.

Se basant sur l'examen microscopique d'un kyste extirpé par le professeur Belliarminoff chez un homme de trente-trois ans, et dont le début remontait, au dire du malade, à six mois. L'auteur imagine la pathogénèse de ces kystes acquis des glandes de Krause de la manière suivante : À la suite d’une infection quelconque, s'établit un processus inflammatoire déterminant une dégénérescence muqueuse de l’épithélium des glandes et une prolifération très accentuée des cellules épithéliales. L'aecumulation des éléments Iymphoïdes, l'hyperplasie du tissu conjonctif et les capillaires engorgés de sang militent en faveur d'un processus inflammatoire. Dès lors, on peut admettre que la dégénérescence hyaline des cellules, la sécrétion plus accusée des cellules glandulaires, la prolifération accentuée des cellules du canal excréteur de la glande de Krause en provoquent l’oblitération. Le développement ultérieur des kystes s'effectue comme pour les kystes glandulaires en général.

OBSERVATION IX

MM. Carr el VALois.

Le 14 février 1901, A... (de Pouilly-sur-Loire), arrive à la clinique de l'hôpital de Nevers, présentant une petite tumeur sous la conjonctive de l'œil droit.

Il ne peut préciser exactement l'époque à laquelle à débuté son affection. Il n'a commencé à en souffrir qu'il y a peu de temps, se plaignant qu’en travaillant (il est tailleur de pierres), il éprouve du picotement et des démangeaisons insupportables.

La tumeur est située dans l'angle interne de l'œil, dirigée selon le grand diamètre du globe, à égale distance environ de l'angle interne et du limbe scléro-cornéen ; son volume est assez exactement celui d'un gros grain de blé.

Sous l'aspect de sa couleur, elle offre deux aspects différents :

1° Dans la partie la plus périphérique, elle rappelle celle de la conjonctive dont elle a tous les caractères ;

2° Au sommet de la tumeur, la muqueuse à changé d'aspect; elle elle rougeâtre et rappelle l'apparence de la peau. Elle est mobile et n'a contracté aucune adhérence avec le tissu épiscléral sous-jacent, la muqueuse la recouvre tout entière et le changement d'aspect dont nous parlions semble dû à une transformation de la muqueuse et non à la tumeur elle-même.

Cette opinion est confirmée par le fait suivant : Quand nous ordonnons au malade de contracter fortement ses paupières, il n'arrive pas à recouvrir la tumeur avec ses voiles palpébraux. La partie au niveau de laquelle la peau n'a pas l'aspect muqueux reste donc exposée à l'air. Il est à croire, que c’est cette muqueuse qui ne pouvant être lubrifiée par la conjonctive palpébrale, cause la gêne dont parle le malade.

Nous portons le diagnostic de kyste sous-conjonctival dont nous proposons l’ablation. à

L'intervention fut des plus simples. Saisissant la petite tumeur entre les deux mors d'une pince, nous la circonscrivons par une incision périphérique, puis nous la détachons du tissu épiscléral, ce fut très facile. Le reste de l'opération fut des plus simples : la conjonctive fut affrontée par trois points de suture au catgut et le malade fut renvoyé chez lui. Trois jours après, le D' Pytany constatait que les catguts étaient tombés et que la cicatrisation s'était effectuée.

— 53 — Examen anatomo-pathologique par M. P. Carra.

ÆExamen macroscopique. — Petite tumeur ovoïde mesurant 7 millimètres sur à millimètres. Elle était rénitente, remplie de liquide transparent qui s'est épanché en dehors après incision médiane.

Examen microscopique. — Après durcissement dans l'alcool, inclusion à la celloïdine et double coloration (carmin aluné et picrocarmin, hématoxyline et éosine). |

Dans le substratum conjonctival se trouve la cavité kystique, limitée par une atmosphère de tissu conjonctival adulte à fibres parallèles et circulaires, servant de chorion à deux ou plusieurs assises de cellules épithélioïdes.

La première rangée de cellules directement appliquée sur le chorion est formée de petites cellules très nombreuses, cubiques, à gros noyau central sphéroïde; l’autre de cellules plus longues que larges, en forme de bâtonnet ou cylindre, à noyau volumineux et ovoïde, à aspect pâle et prenant mal les couleurs d'aniline. Dans toute la.partie comprise entre le chorion et le revêtement conjonctival, on remarque des vaisseaux (artères et veines) en grand nombre, tous dilatés, gorgés d'hématies. Entre ces vaisseaux, de nombreux éléments lymphatiques et embryoplastiques dénotant par place de l'irritation ou inflammation. À la périphérie et dans divers endroits de la coupe, le revêtement conjonctival est plus épais, plus dense, formant au besoin des sortes de digitations, pénétrant dans le parenchyme conjonctival. Il doit coïncider avec la région la plus externe, c'est-à-dire la plus exposée à l’action irritante des agents extérieurs.

Dans d'autres endroits de la coupe, on voit encore d'autres espaces vacuolaires rappelant la même constilution histologique de la tumeur principale,

OBSERVATION X

Dr Augaregr, juin 1902.

M. Aubaret, au nom du professeur Badal, présente un malade de la clinique ophtalmologique de la Faculté porteur d'une tumeur kystique de l'extrémité externe du cul-de-sac conjonctival supérieur. C'est

Dulourcq 4

AA

un homme âgé de trente-deux ans, qui, il y à sept mois environ, a recu un traumatisme de la région. Depuis trois mois, cette formation kystique s'est lentement développée, alteignant en ce moment le volume d’une fève. L'aspect de ce kyste est régulier, il comble la totalité du cul-de-sac au niveau de sa portion externe et soulève notablement la région correspondante de la paupièresupérieure. Le siègeexact est plutôt dans le tissu même de la paupière, au point où se trouvent situées les glandes palpébrales. C'est au cours de son développement qu'il a fait irruption dans le cul-de-sac. Il ne paraît pas d’ailleurs avoir de connexion avec la glande orbitaire, car on délimite nettement à sa partie supérieure un sillon de séparation en avant du rebord orbitaire.

En soulevant légèrement la paupière, il fait une forte saillie immédiatement en dehors de la commissure externe et soulève la conjonctive angulaire externe, qui est légèrement hyperhémiée à son niveau.

Le palper permet de délimiter les contours de la tumeur, dont la surface est lisse et la mobilité peu accentuée. On sent facilement la fluctuation, car une légère pression sur la paupière la fait saillir dans l'angle externe et augmente la tension du liquide qu'elle contient. La diaphanoscopie dénote une translucidité parfaite. Il n'existe pas de point opacifié, ni d'irrégularité à sa surface. La paroi parait uniforme et lisse.

Une ponction a été pratiquée et a permis de recueillir environ 4 ce. d'un liquide blanchâtre renfermant des grumeaux lactescents. Ce liquide, examiné par M. le D' Sabrazès, a fourni un dépôt jaune clair, abondant, par centrifugation. Le dépôt contient de nombreux

.Corpuscules graisseux, soit libres, soit groupés en amas muriformes, de leucocytes polynucléés grânulo-graisseux, de rares cristaux de cholestérine, des aiguilles d'acides gras, quelques globules rouges. Il ne contient ni crochets d'hydatide, ni de cysticerque, ni des microbes. L'examen des cellules a permis d'établir le rapport suivant :

Polynucléés-neüutrophiles mr 85 p. 100 LYMPHOCNLES MER EE RER o »

Grandes cellules cubiques ou ovalaires. 7,40 »

Beaucoup de cellules sont altérées au point d'être méconnaissa-

bles. Le liquide ne contient pas de mucine. Au point de vue histologique, il s'agit d'un kyste par régression, soit dermoïde, soit séreux, soit glandulaire. Elant donné le siège particulier de ce kyste au milieu d'une zone conjonctivale riche en glandes lacrymales, il y a toute probabilité pour qu'il se soit formé aux dépens de l’une d'elles.

Page 1