OBSERVATION XI ACKERMANN
Après avoir passé en revue les différentes espèces de kystes que l’on rencontre dans la conjonctive, l'auteur décrit un cas où il y avait toute une série de perles kystiques dans les culs-de-sac inférieurs.
Ces kystes provenaient des glandes de Krause, dont le conduit excréteur se serait oblitéré à la suite d'une inflammation chronique de la muqueuse.
OBSERVATION XII
OATMAN 1904.
Le malade dont il s'agit est un garcon âgé de 17 ans, son peu d'intelligence m'a empêché de bien connaître l'histoire de sa maladie, Il avait remarqué, trois ans auparavant, une petite grosseur à son œil droit. Sur la conjonctive oculaire, à égale distance dela cornée et du grand angle de l'œil, se trouvait une petite tumeur, lisse, à demitransparente, de couleur rouge-jaunâtre. Elle avait une forme ovale; le diamètre vertical mesurait 5 millimètres, le diamètre horizontal 10 millimètres. La tumeurétait incluse dans la conjonctiveet très facilement mobilisable sur laselérotique ; sa présence sur le globe oculaire était indolore et n'était accompagnée d'aucune réaction inflammatoire. Le professeur Peck excisa facilement la tumeur au moyen d'un couteau de Graefe, Au moment del'incision, ils’éeoula un liquide jaunâtre, la tumeur s'affaissa. Les suites opératoires furent bonnes, la plaie cicatrisa rapidement et on n'observa pas de récidives.
Examen microscopique. — Quand on recut la pièce au laboratoire, elle mesurait environ 3 X 5 millimètres. Fixation au formol, inclu-
sion dans la paraffine. Les coupes furent colorées à l'hématoxyline, à l'éosine, au carmin et d'après la méthode van Giesen.
Au miserocope, on voit qu'il s'agit d'un kyste multiloculaire dont les cavités sont de volumes très différents. Le kyste le plus grand occupait le centre, il était affaissé (c'était probablement celui qui contenait le liquide qui s'était écoulé pendant l'opération). La surface externe de la tumeur était recouverte d'un épithélium conjonctival proliférant. Les coupes montrent que la prolifération des cellules se faisait de la périphérie vers le centre sous la forme de tubes épithéliaux pleins. Les cavilés kystiques semblent donc être le résultat de la dégénérescence mucoïde des cellulesépithéliales occupantle centre des tubes épithéliaux invaginés. Les cellules de la périphérie des tubes non dégénérées formaient les parois du kyste. Ces parois n'avaient pas de membrane basale. Ces tubes invaginés et les kystes néoformés étaient entourés de cellules rondes et de fibrilles de nature conjonctive. Le tissu conjonctif avait une tendance à envelopper complètement les tubes invaginés et les kystes pour les isoler de l’assise épithéliale dont ils tiraient leur origine. C'est ainsi que tous les kystes une fois formés étaient séparés les uns des autres par une bande detissu conjonctif. À partir de ce moment l'intervention du tissu conjonctif diminue d'importance, il cesse de proliférer et finit par disparaître complètement. C'est ce qui résulte de l'examen des kystes les plus vieux qui sont séparés seulement par une couche de cellules épithéliales. La disparition précoce du tissu conjonctif peut s’impliquer par l'absence de vaisseaux sanguins dans la tumeur et par la compression que les kystes en se développant exercent les uns sur les autres.
OBSERVATION XIIT
Rig. Posser, 1904.
L'auteur a observé trois cas : |
1° Le premier concerne un kyste de la conjonctive bulbaire, lequel n'était en réalité qu'un repli de la muqueuse avec de nombreuses invaginations rappelant l'aspect de certains kystes de l'ovaire. Ce cas analogue à celui de Rogman peut s'expliquer par l'hypothèse de ce
dernier auteur qui admet un plissement de la conjonctive avec développement ultérieur de la partie repliée ;
2° Le second cas est celui d’un kyste apparu près du limbe cornéen après l'excision d'un staphylome. On peut admettre que la suture en bourse de la conjonctive a été la cause première de la formation de
ce kyste ;
3° Le troisième kyste, qui siégeait au niveau du cul-de-sac supérieur, provenait d'une glande de Krause dont l'orifice s'était oblitéré lors de la cicatrisation d'un petit abcès localisé dans cette glande ou son voisinage.
OBSERVATION XIV (inédite).
Drs CABANNES ET LAFON.
Kyste glandulaire de la conjonctive.
Mie D... H..., âgée de 13 ans, habitant Bordeaux, vient nous consulter en janvier 1907 pour son œil gauche. Il y a à peu près un an, les parents de cette malade s'apercurent que la paupière supérieure gauche était un peu tombante, donnant ainsi à l'œil gauche une apparence plus fermée qu'à l'œil droit.
Ils remarquèrent aussi que lorsque l'œil gauche était fermé, le sillon orbito-palpébral supérieur était comme soulevé, en particulier vers la parlie supéro-interne. La chute de la paupière et la saillie du sillon orbito-palpébral s'accenluèrent lentement.
Il n'était survenu, durant l'évolution de ces divers phénomènes, ni douleur, ni sécrétion conjonctivale, ni photophobie, ni larmoiement. De plus, cette affection s'était montrée sans cause connue.
À l'examen pratiqué en janvier 1907, on est frappé par la chute
-assez marquée de la paupière supérieure gauche, et lorsque la malade
ferme son œil, ou qu'elle regarde en bas, on constate que le repli orbito-palpébral supérieur est comme soulevé et rembourré par une tuméfaction allongée transversalement suivant sa longueur, plus saillante vers l'angle interne que vers la partie externe. Il n'y a pas de modification des téguments de la paupière (pas d'hyperhémie) audessus de cette lésion. C'est surtout en retournant la paupière supé-
ET Er
rieure qu'on s'en rend bien compte. Le cul-de-sac supérieur est occupé dans sa totalité par une tumeur kystique, étendue suivant sa longueur.
Le cul-de-sac est complètement rempli par ce kyste, en tel point qu'il n'existe plus et que l'on ne voit de la partie interne à la partie externe que la saillie kystique. On dirait que l'on a introduit dans le cul-de-sac une vésicule pleine de liquide transparent, ovoïde, du volume d'une amande et qu’on l'y a poussée, suivant la grande longueur du cul-de-sac, comme pour le combler. Cette cavité kystique, dont le liquide est clair, et qui fait saillie du côté de la conjonctive, a comme face profonde la profondeur du cul-de-sac, et superficiellement sa paroi antéro-inférieure vient se fixer sur la conjonctive de la partie supérieure du cartilage tarse et se perd en dedans et en dehors dans les angles interne et externe. Il existe d’ailleurs en dedans un peu de symblépharon qui empêche de bien distinguer les limites de l'extrémité interne. En arrière, la limite de l'insertion de cette paroi se fait dans la partie profonde et postérieure de la conjonctive bulbaire. La hauteur moyenne de cette cavité est environ de 6 millimètres. Cette tuméfaction est nettement fluctuante : pas d'hypertrophie ganglionnaire correspondante.
L'enfant est opérée le 11 janvier par le D' Cabannes, le kyste est ponctionné avec la pipette Pasteur. La quantité totale de ce liquide transparent peut être évaluée à 2 ce. environ. On fait la résection des parois du kyste que l’on trouve cloisonnées avec un diverticule dans la région de l'angle interne, Le cloisonnement est surtout apparent dans la profondeur du cul-de-sac. La face interne de ce kyste est absolument lisse, comme lavée.
Examen analomo-pathologique. — Le liquide obtenu par ponction et les parois du kyste furent portés au laboratoire, où M. le professeur Sabrazès a bien voulu les examiner.
On trouve dans le liquide d'énormes cellules alvéolaires pouvant avoir un noyau vésiculeux ou en karyokinèse; ce sont de véritables macrophages, renfermant des débris nucléaires ou des fragments de globules rouges. On voit aussi des cellules polyédriques soudées, ressemblant à des cellules de séreuse; des leucocytes polynucléés, dont le noyau est souvent picnotique ou ratatiné, des lymphocytes, des noyaux libres, provenant des grandes cellules alvéolaires et enfin
a dos
quelques très rares globules rouges. Voici les rapports de ces cellules entre elles :
Cellules alvéolaires . . . . . . . 30,43 p. 100 * Cellules polyédriques . . .. .. 18,84 »
Leucocyles polynucléés. . . .. 28,98 »
Eymphocyles nee ren 10,14 »
Noyauxalibresr RM: 11,99 »
On ne trouve pas de microbes dans les frottis.
Les parois du kyste ont été fixées au formol à 10 p. 100. Elles ont une épaisseur très variable; extérieurement, elles sont tapissées par l’épithélium conjonctival, qui est devenu pavimenteux stratifié. A la base de la tumeur, on trouve des lobules de la glande acineuse de Krause, qui ont de grandes dimensions; certains mesurent jusqu'à 207 de long sur 1""30 de large; les acini ont conservé leur structure normale, qui est celle des glandes lacrymales. Au centre de la tumeur, on trouve des cavités kystiques de dimensions très variables, avec déchets épithéliaux, et du mucus concrété au centre des cavités. Ces kystes sont très irréguliers, Contournés, anfractueux, rappelant les glandes du col utérin dans l'érosion simple. L'épithélium de revêtement de ces cavités est très polymorphe, cylindrique, cubique, polyédrique; en outre, il est discontinu et, aux points où il manque, le tissu conjonctif ambiant affleure la paroi. Il s’agit là de dilatations kystiques des conduits excréteurs des glandes de Krause.
Les parois, très vasculaires, contiennent de grands capillaires gorgés de sang; en outre, le tissu lymphoïde est très abondant et disposé en îlots. Dans le tissu cellulaire sous-jacent aux cavités kystiques et autour de certains vaisseaux sanguins, on trouve beaucoup de cellules plasmatiques uni ou binucléés et de mastzellen.
Il s'agit, en somme, d'un kyste glandulaire développé aux dépens des canaux excréteurs des glandes acineuses de Krause,