ANATOMIE PATHOLOGIQUE
Nous rappellerons d’abord brièvement la structure des kystes dermoïdes simples du cou et nous nous arrêterons ensuite sur les particularités qu'a présentées le kyste qui fait le sujet de notre observation.
Le volume de ces tumeurs est très variable, il peut atteindre le volume du poing et même plus.
Le siège de ces kystes latéraux du cou est, dans la région sterns-mastoïdienne, à différentes hauteurs, soit au milieu, soit à la partie inférieure au-dessus de la clavicule, également la région sous-maxillaire (Quaim, Esmarch).
Mais les kystes dans le genre de celui de notre observation, c'est-à-dire qui présentent du tissu lymphoïde sousjacent à l'épithélium siègent habituellement dans la région sous-maxillaire ou la région carotidienne. Ils s'étendent profondément dans la région latérale du cou, et le plus souvent ils contractent des adhérences intimes avec la gaine du paquet vasculo-nerveux, adhérences telles qu'on doit réséquer la jugulaire ; parfois il y a d’autres adhérences, soit à los hyoïde, soit à la paroi latérale du pharynx.
La forme de ces kystes peut être variable, le plus souvent ils sont uniloculaires.
La paroi est fibreuse, dure, en général résistante. On a même vu des kystes dermoïdes du cou dont Ia paroi était calcifiée.
Si nous passons à l'examen de cetie paroi kysiique, nous y retrouvons l'aspect et la structure du tégument externe, l'épiderme, le derme et les annexes, glandes sudoripares, papilles, poils et glandes sébacées. | |
La surface interne est tantôl lisse, unie, à rellets nacrés, tantôt blanchâtre ou blanc jJaunâtre. Parfois elle est irrégulière, tomenteuse et rappelle la muqueuse de l'estomac ou même une vessie à colonnes, suivant la comparaison de Mahot. D'autres fois encore elle a une apparence plissée due à des éievures, des saillies linéaires comparables à celles qu'on observe sur une peau macérée.
On peut trouver, sur certains points de la paroi, des poils implantés, des glandes sudoripares, des papilles, tandis que, en d’autres points, la. structure sera beaucoup plus rudimenlaire, la paroi conjonctive n’est plus revêtue que par un épi-. thélium aplati et parlois même il n'y a plus trace d’épithélium. +
Le dérme a sa structure habituelle ; on y voit des fibres musculaires lisses qui se rattachent aux follicules pileux. Quelquelois on ne retrouve pas de papilles. -Cerlains auteurs ont voulu considérer cette particularité comme un caractère fœætal du derme.
L'épiderme se présente aussi avec la couche .de Malpighi, formée de.cellules polygonales et au-dessus de cellules épithéliales formant un épithélium pavimenteux stratifié absolument analogue à celui de la peau. |
Le plus souvent on ne trouve pas les glandes sudoripares, mais on rencontre plus habituellement des poils et des glandes sébacées qu'on à vu même donner de petits kystes sébacés.
Ces poils peuvent être très courts et très grêles, mais aussi d'autres fois ils sont anaiogues aux poils ordinaires et aux
cheveux. Mais ils sont parfois de couleur différente, ainsi on
É — 91 — pourra trouver des poils blonds quoique le sujet porteur du kyste ait des cheveux châtains ou noirs el récipréquement.
Il est (rès rare de trouver des ongles implantés sur la parot, plus fréquemment on peut y trouver des dents, quoique ce ne soil pas habituel dans les kystes dermoïdes du cou, dont la constitution est habituellement beaucoup plus simple.
Quant au contenu de la poche du kyste, il est surtout formé par de la matière sébacée qui apparaît sous une forme de magma blanchâtre ou Jaunâtre ayant la consistance d’une bouillie, ce qui a fait dénommer ces kystes dermoïdes kystes athéromateux par les Allemands. Ce contenu du kyste prend parfois l'aspect de grumeaux de riz cuit, de matière caséeuse. Nous savons que Celse la comparait à du miel, on l’a aussi comparée à du beurre, à du mortier de plâtre, à des châtaignesscuites, elc., etc. 5
Naturellement, au sein de cette matière, nous pourrons retrouver, comme sur la paroi, des poils libres, des dents ct aussi des fragments osseux ou cartilagineux des débris de la paroi.
D'autres fois le contenu de ces kystes es! simplement liquide. C'est le cas en particulier des kystes qu'on à appelés kystes huileux. Parfois même on à vu un liquide aussi limpide que l’eau de roche, et certains auteurs ai voulu y re-. chercher des hydatides.
Très souvent on voit briller au sein de celte masse liquile où semi-liquide des cristaux de cholestérine.
Mais à la vérité le kyste congénital du cou qui fait le sujet de ce travail était loin de répondre comme structure à ce fableau classique.
La tumeur, une fois ouverte, présentait bien un contenu crémeux blanchâtre, analogue au contenu habituel des kystes dermoïdes du cou. Mais d’abord on ne trouve aucune con-
crélion, aucun corps étranger, ni poils, ni dents, ni glandes sudoripares. |
Quant à la paroi, elle était d'épaisseur très inégale, tandis qu'en ceriains points la surface interne présente de véritables bourgeonnements, en d’autres elle est très mince. En aucune région de cette paroi n'existent ni poils, n1 formation osseuse ou cartilagineuse visible macroscopiquement.
Mais ce qu'il y a de très intéressant, c'est qu'en examinant des coupes de la paroi au microscope on voit très nettement une couche de tissu lymphoïde sous-jacente à l’épithélium.
La présence de ce tissu lymphoïde, absolument analogue à celui des ganglions au sein de ces masses ectodermiques, est difficilement explicable par la théorie de l'enclavement telle qu'on l’expose dans les ouvrages classiques, et c'est ce qui fait l'intérêt de la question. |
Du reste les observations de ce genre’sont encore peu nombreuses en France surtout, puisque: l'ouvrage classique de Lannelongue et Achard, si complet sur la question des kystes congénitaux, ne parle pas du tout de faits de ce genre.
Cependant, en Allemagne, dès 1861, nous voyons Lücke relater la présence de tssu Iymphoïde dans un kyste der- moïde du cou
En étudiant-histologiquement la paroi d’un kyste profond du cou opéré par Langenbeck, Lücke trouva une telle, quantité de tissu lymphoïde qu'il crut à la présence d'un ganglion lymphatique accolé au kyste athéromateux. Comme dans notre observation, la paroi kystique était formée par un épithélum pavimenteux stratifié reposant sur une couche du tissu réticulé infiltré de lymphocytes rappelant tout à fait la structure du issu lymphoïde normal. Lücke ne l'explique pas autrement qu'en admettant que le kyste s'est développé à l’intérieur d’un ganglion.
Schede, en 1872, publie une observation en tous points comparable à la précédente, en même temps que deux autres observations de kystes profonds du cou, où il n’a trouvé que de l'épithélium pavimenteux sans rien autre.
Neumann et Baumgarten, en 1877, relatent deux observalions de kystes du cou où ils ont trouvé du tissu lymphoïde ; el qui plus est, l'épithélium de la paroï, au lieu d'être partout un épithélium pavimenteux stratifié, était en certains points un épithéllum cylindrique cié semblable à celui de la trachée.
En France, Albarran fut le premier, en 1885, à attirer l'attention sur la question. Il présenta à la Société anatomique une pièce enlevée par Campenon. Il y avait dans ce kyste une telle quantité de Üissu lymphoïde que l'auteur, après Lücke et Schede, conclut au développement de la tumeur dans un ganglion Iymphatique.
Dans la thèse de Mlle Sulicka se trouve une observation intéressante citée par Coftelloni dans sa thèse
I s'agit d’une fistule congénitale opérée par A. Broca. L'examen histologique fait par Darier présente :
1° Un épithélium stralifié pavimenteux comprenant en moyenne 10 à 12 rangées de cellules. Les cellules les plus internes sont aplaties parallèlement à la surface, 11 n'y a pas de stratum granulosum et par conséquent n1 d’éleidine, ni de kératinisation. L'épithélium ressemble donc à celui d'une muqueuse dermo-papillaire ;
2° La couche sous-jacente à l'épithélilum est composée de tissu conjonctif très riche en cellules rondes, c'est-à-dire de hissu adénoïde ;
Enfin, au-dessous, la troisième couche est composée de tissu conjonctif dense avec des vaisseaux artlériels et veineux, des nerfs, des fibres musculaires lisses.
Alors M. Darier fait remarquer que la paroi de cette fistule
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présente exactement la même structure que celle du kyste décrit par Albarran et qui serait donc un kyste d'origine branchiale et non un kyste ganglionnaire.
Enfin, plus récemment (1898), en Allemagne, Sultan a rapporté cinq observations de kystes dermoïdes du cou qu'il à examinés personnellement. Sur ces cinq observations, Sultan a trouvé quatre fois sur la paroi du kyste un revêtement d'épithéhum pavimenteux stratifié sans couche cornée ni éleidine et reposant sur une couche plus ou moins épaisse de ussu réticulé. Dans un seul cas sur les cinq le kyste branchial était vraiment dermoïde, c'est-à-dire que sa paroi était tapissée d'un épithélium pavimenfeux stratifié avec couche. cornée et renfermant en outre des poils, des glandes sébacées et sudoripares et des fibres musculaires lisses.
En France, depuis lors, nous trouvons trois observations indiquant la présence de tissu Iymphoïde et que nous citons à la fin de notre thèse.
Une de ces observations fait le sujet de la thèse de Gigante, en 1900, inspirée par M. Jeanbrau, et les deux autres font le sujet de la thèse de Coltelloni, en 1905, inspirée par Lecène.