‹ Contribution à l'Étude des Kystes hydatiques calcifiés du foie à propos d'une observationChapitre 14 sur 44 · OBSERVATION V · texte numérisé non relu

OBSERVATION V

(MM. M. Las, R. BouLiN et GILBERT-DREYFUS)

Mme B.., 60 ans, vient consulter au mois d'avril 1933, pour des troubles digestifs apparus il y a deux ans environ et qui se sont considérablement aggravés depuis huit mois.

C'est une pesanteur épigastrique post-prandiale, avec sensation d’étouffement, souvent terminée par un vomissement alimentaire; ce sont plus rarement des douleurs véritables, d’horaire variable, siégeant dans la région ombilicale et l’hypochondre droit, ne s’accompagnant pas d’irradiations. En même temps, l’appêtit a diminué, la malade a perdu ses forces et surtout elle a maigri de 9 kilogs.

Elle est adressée avec le diagnostic de cancer gastropylorique probable, à vérifier radiologiquement.

Les radiographies, outre un allongement vertical et une hypotonie de l’estomac, montrent l'existence d’une ombre ovalaire à grand axe vertical, occupant les quatre derniers espaces intercostaux à droite. Les bords, plus opaques qué sa surface, sont d’un dessin parfaitement régulier; ils affleurent, sur le cliché de face, le bord externe du thorax en dehors, le bord externe de la colonne vertébrale en dedans. A l’intérieur de la pénombre tumorale, on distingue de petites images sombres, d’un contour plus ou moins circulaire.

I n’en faut pas moins pour affirmer l'existence d’un kyste hydatique calcifié du foie. Par le palper abdominal, on perçoit d’ailleurs une masse qui parait faire corps avec le foie; elle dépasse les fausses côtes de deux travers de doigt sur la ligne mamelonnaire et se prolonge dans l’épigastre jusque sur la ligne médiane, La rate est percutable sur deux travers de doigt, le ventre est souple, indolent: il n’existe ni ascite, ni circulation collatérale. L'examen du cœur, des poumons, du système nerveux est normal.

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Chez cette malade, deux points sont particulièrement intéressants:

1° Ce kyste hydatique est vraisemblablement très ancien. La sœur de la malade a été opérée d’un kyste hydatique du foie il y a plus de quatre ans; et toutes deux possédaient un chien qu’elles admettaient à leur table et qui venait souvent « lécher » les assiettes.

Cependant, jusqu’en 1931, l'affection est demeurée absolument latente, puis s’est révélée par des troubles digestifs banaux, à l'exclusion de tout signe d’hydatisme (prurit et urticaire en particulier). Le diagnostic a été, pourrait-on dire, une surprise de radiologie.

2° Du point de vue biologique, la séro-réaction de Weinberg et l’intradermo-réaction de Casoni se sont toutes deux montrées négatives. Aucun signe d'insuffisance hépatique (ni subictère, ni hémorragie, ni troubles de la crasse sanguine, ni urobilinurie), n’a été relevé. Seule la formule leucocytaire, en révélant une éosinophilie de 7 pour cent, pouvait mettre sur la voie du diagnostic.

La malade a accepté l'intervention chirurgicale. L’opération a été confiée à M. Oberlin qui a extirpé un kyste calcifié de la taille d’un gros œuf d’autruche, inclus entre le lobe hépatique et la vésicule biliaire. Le foie, repoussé en masse vers la droite, n’était pas hypertrophié et semblait d’une consistance normale, nullement cirrhotique.

Le kyste affleurait sa corticalité et fut extirpé à la façon d’un corps étranger sans que l’on fut obligé d’inciser le parenchyme.

La pièce opératoire montre un kyste de consistance ferme et de forme régulièrement ovalaire. Son grand diamètre mesure 12 centimètres, et son diamètre horizontal, 8 cm. et demi. :

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