‹ Contribution à l'étude des kystes hydatiques de l'orbiteChapitre 15 sur 28 · CHAPITRE IT · texte numérisé non relu

CHAPITRE IT

Anatomie Pathologique

Siège. — Les kystes hydatiques peuvent siéger en un point quelconque de l'orbite, pourtant il est plus fréquent de les voir occuper la paroi supérieure ou inférieure de la loge orbitaire que ses parties latérales. En profondeur, ils peuvent se loger dans le voisinage du trou optique, ou au contraire occuper le segment antérieur du globe oculaire, prendre naissance dans le cône musculaire formé par les droits ou même dans l'épaisseur de ces muscles comme on : l’observe dans le cas de Fuenzal (1879), mais il faut reconnaître que cette localisation est exceptionnelle. Nous allons passer rapidement en revue les opinions des différents auteurs sur la diversité de ce siège.

Demarquay fait de l’angle supéro-interne leur siège de prédilection. Scarpa pensait qu'on les rencontrait beaucoup plus souvent sur le plancher de l'orbite, au-dessous du globe oculaire. Stelwag les localise dans l'angle inférieur de l'œil. Berlin affirme que les kystes hydatiques ne se voient jamais entre le périoste et l’os, mais toujours dans les parties molles. Maréchal à décrit un kyste (1855) qui s'était formé aux dépens de la glande lacrymale et, dans ses

parois, on trouva les éléments constituants de cette glande;

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Fromaget (observation IX) relate le même fait. Dans quelques cas, on les observe sous la conjonctive et dans la partie tout antérieure du globe. On remarque en parcourant les observations anciennes et récentes que le siège latéral du kyste n’est presque jamais rencontré. Galliot a vu cependant opérer par le D' Jonassen un kyste siégeant sur la paroi externe de l'orbite. Le kyste est parfois aberrant, tel le cas de Keate où la tumeur occupait le frontal, juste audessus du rebord orbitaire gauche et dont les dimensions égalaient les 2/3 d’une grosse orange.

On peut constater certains cas où le kyste n’a fait que secondairement son apparition dans la loge orbitaire, ayant d'abord pris naissance dans une cavité voisine et ayant pénétré dans l'orbite par usure des parois osseuses. (Petit, Westphal, Verdalles.)

Des localisations que l’on doit considérer comme des raretés sont celles observées dans les cas de Sgrosso et de Meyer où le kyste occupait l'épaisseur de la capsule de Tenon et dans celui de Bailly, rapporté par Mandour, où le: kyste du volume d’une grosse noix prenait son origine dans le muscle droit supérieur. Une observation due à Terson assigne comme siège au kyste le droit interne, mais le fait était douteux, car la ponction ne fut suivie d'aucun strabisme démontrant l’altération et l'insuffisance du muscle.

Il semble établi que l'orbite le plus fréquenté par l’échinocoque est l'orbite gauche, bien que dans la statistique de Mandour on trouve 18 kystes à droite et 16 à gauche. Sur 56 observations, Frugenele constate que dans les 2/3 des cas la tumeur siégeait à gauche et il donne de la fréquence de cette localisation une explication assez rationnelle. Pour

lui, l'embryon, une fois dans le cœur gauche, doit être assi-

milé à un embole ordinaire et comme lui, il est entraîné de préférence dans l'artère carotide gauche qui, anatomiquement, semble presque prolonger l'aorte ascendante.

Denobili, sur huit observations, remarque cinq kystes à gauche. Nous-mêmes trouvons dans nos observations une prédominance nette de la tumeur de ce côté.

Volume. — En général, on n’observe pas de kyste hydatique plus petit qu’un pois et plus grand qu'une grosse noix, ses propensions à se développer étant limitées par les parois osseuses de l'orbite. Cependant, il arrive qu'il augmente son volume en comprimant les organes contenus dans la loge, en usant les parois et en se frayant une issue dans les parties avoisinantes, crâne ou sinus.

Westphal extirpa ainsi un kyste de la grosseur du poing. Celui de de la Pêna (1879) mesurait 7 centimètres de dia-

mètre transversal sur huit de diamètre vertical.

Le plus souvent, le kyste est unique, mais il arrive que l'intervention décèle parfois une seconde poche (cas de Fromaget, obs. IX).

Sa forme lui est donnée par le liquide qui distend la poche et qui la rend généralement ronde ou ovalaire, pourtant il peut se produire, par un processus inflammatoire, des adhérences entre la paroi kystique et le tissu environnant qui lui impriment une forme spéciale. Valude (1889) a trouvé des adhérences avec le périoste ; Schmid, avec le segment postéro-externe du bulbe, Maréchal avec la glande lacrymale. Ces adhérences amènent souvent la dégénérescence des organes : les muscles sont atteints de myosite in-

terstitielle et le nerf optique est atrophié.

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Déformalions orbitaires. — En se développant, les kystes hydatiques comme les autres tumeurs de l'orbite, arrivant au contact des parois osseuses et ne pouvant les refouler, les érodent et arrivent, si leur évolution est lente, à les perforer. Westphal, dans un cas, a observé deux perforations, l’une sur la face antérieure de l'os frontal et l’autre sur la portion temporale du même os. On conçoit la gravité des troubles que peut amener un tel envahissement de la

tumeur dans la cavité crânienne.

Structure.

Les kystes à échinocoques, ici comme dans tous les organes où ils peuvent se fixer, s’entourent aux dépens des tissus voisins, d'une membrane adventice, encore appelée cuticule externe qui est due à la réaction irritative de l’organe parasité. C’est une membrane scléreuse d’une épaisseur de x à 2 millimètres qui fait corps avec les parties adjacentes sans ligne de démarcation nette, par suite sans zone de clivage. Par contre, elle ne présente avec le kyste que des relations de simple contact.

Parvenue dans l'orbite après la migration décrite plus haut, la larve du tœnia échinocoque perd ses crochets et sécrète autour d’elle une enveloppe dans laquelle elle s’en-

kyste.

Cette enveloppe ou membrane cuticulaire possède à l’état frais une couleur laiteuse, parfois légèrement jaunâtre, qui ressemble à du blanc d'œuf frais. Elle est formée de lamelles concentriques qui s’enroulent en cornet quand on sectionne un fragment d’hydatide. Elle paraît constituée chimiquement par une substance voisine de la chitine. Quand elle est intacte, cette cuticule est un filtre parfait pour les

éléments figurés, mais elle se prête aux phénomènes osmo-

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tiques et laisse passer dans les deux sens les cristalloïdes et les colloïdes.

En dedans de cette cuticule externe se trouve la membrane germinative ou proligère, masse granuleuse, peu résistante, de 10 à 15 millimètres d'épaisseur. Enfin, contenu dans cette capsule se trouve un liquide transparent dont nous décrirons plus bas les caractères.

L’hydatide augmente progressivement de volume, probablement par suite de l'absorption, par dialyse, du sérum

du sang, qui lui fournit ainsi son albumine ; sa paroi

aussi, peu à peu, augmente d'épaisseur par dépôt successif de couches d’albumine. a

Tel est le mode de développement de la larve de l’échinocoque.

Nous n'avons pas à parler ici de son mode de multiplication qui est très complexe. Rappelons seulement que c'est à la face interne de la membrane germinative qu'apparaîtront les vésicules proligères contenant de 5 à 30 têtes ou scolex à double couronne de crochets et les vésicules-filles qui chacune pour leur compte bourgeonmeront des vésicules proligères portant des scolex. Ces vésicules-filles pourront avoir à leur tour des vésicules petites-filles bourgeonnant aussi des capsules proligères.

munies de scolex.

Liquide. — Le liquide du kyste est selon l'expression consacrée limpide comme de l’eau de roche. Quand un vaisseau s’est rompu dans l’intérieur de la poche ou que le contenu tend vers la suppuration, la coloration n’est plus la même. Dans ce liquide peut flotter un plus ou moins grand nombre de vésicules-filles détachées de la paroi ger-

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minative. Westphal en a trouvé quatre-vingt-six dans un cas opéré par lui.

La quantité du liquide est très variable : Terson (1892) en recueillit 20 grammes ; de la Pêna (1873) 100 grammes. Sa densité varie entre 1.007 et 1.015. Contrairement à l'opinion classique, il contient de l’albumine non coagulable par la chaleur, mais décelable par les acides et le Tanré, sans qu'il y ait pour cela des vésicules mortes. On y | trouve en petite quantité une substance voisine de la caséine (Jacobson). Il contient surtout du chlorure de sodium, un peu de sucre et de l’inosite. Il renferme encore des substances toxiques mal connues, appartenant au groupe des toxalbumines qui seraient la cause de l’intoxication hydatique dont nous verrons les manifestations au chapitre suivant.

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