ES AO
en quelques jours sans médication, puis, un matin, la malade se lève avec une exophtalmie appréciable, accompagnée de quelques petites douleurs insignifiantes. I1 y a un mois, l'œil rougit, devient légèrement douloureux et la vision se trouble.
Elle me consulte et je constate : exophtalmie assez prononcée jusqu’à laisser un petit lagophtalmos ; strabisme inférointerne ; diplopie ; rougeur de la conjonctive oculaire, sécrétion peu abondante ; légère douleur spontanée qui augmente à la pression sur le globe ; tonus normal; fond normal ; vision deux tiers. Pas de ganglion préauriculaire ou cervical. La région de la tempe gauche et la partie supéro-externe de la paupière supérieure présentent une voussure qui, dirait-on, empiète sur le bord libre supéro-externe de l'orbite. Le cul-desac de la conjonctive et la glande lacrymale palpébrale présentent un état normal. L’exploration au doigt montre une tumeur ronde, lisse, qui s'enfonce dans la profondeur de l'orbite sans prendre connexion avec le globe.
Une fluctuation très nette dans la région temporale et palpébrale existe ; pas de rénitence, pas d’élasticité, pas de frémissements, pas de pulsations. Ë
Nous avons prélevé du sang au doigt pour l’examiner et avoir un argument en plus pour le diagnostic. Cet examen décèle une éosinophilie de 13 %. |
L'examen général de la malade nous montre que la région du foie est douloureuse, que cet organe déborde de quatre travers de doigt les fausses côtes ; la malade raconte que depuis dix ans cette région est toujours gênante et douloureuse. L'examen radioscopique ne montre pas les signes d'une tumeur. Une autre particularité à signaler, c’est une chute qu'elle a faite il y a un an, une chute telle qu'elle s’est démise l'épaule gauche. Elle n’est pas en état de préciser s’il y a eu en même temps une contusion dans la région orbitaire.
L'urine ne contient ni albumine, ni sucre. En prenant en considération l’ensemble de la symptomatologie que notre malade présente, à savoir : développement rapide d’une tumeur non réductible, fluctuation, pas de pulsations, exophtalmie, éosinophilie ; en plus, et tout particulièrement, l'œdème fugace qu’elle a eu au début et le lendemain de la manipulation pour l'exploration de la tumeur, nous pouvons affirmer notre diagnostic. |
Nous avons conseillé l'opération immédiate, mais la malade n’y consentait pas ; toute une série de causes extra-médicales lempêchait de suivre notre conseil.
nor
Les douleurs de l'œil augmentant, et la vision se troublant de plus en plus, avec rougeur de la papille, elle nous permit de faire une simple ponction. Nous parvenons à l’amener à la consultation de l'hôpital français, où nous pratiquons une ponction orbitaire, à travers la paupière supérieure et nous aspirons un liquide clair (eau de roche), environ quinze centimètres cubes. Immédiatement l’exophtalmie et le strabisme disparaissent, la voussure de la tempe s’efface et les douleurs se dissipent. Nous insistons sur la nécessité d’une opération séance tenante, et malgré notre déclaration que nous nous chargions d’aplanir toutes les difficultés extra-médicales, et malgré notre affirmation que les symptômes disparus ne tarderont pas à revenir, la malade ne consentit pas.
Elle s’en va contente, mais vers le soir apparaît l’œdème de la région, plus étendu qu'autrefois, plus rouge, avec ecchymoses sous la peau, ecchymose de la conjonctive oculaire, douleur et chaleur locale.
L’exophtalmie s’installe de nouveau et quinze jours après, lorsque tout est rentré dans l’ordre, nous la faisons accepter à l'hôpital pour l’opérer.
Opération. — Anesthésie à la cocaïne, incision suivant le rebord supéro-externe de l'orbite, incision plan par plan jusqu'à l'apparition d’une traînée blanc bleuâtre ; cette traînée existait seulement dans la région supéro-interne de l'inci-
sion ; dans la partie externe ou temporale, on ne voyait rien.
de pareil, même en prolongeant la dissection vers la tempe.
Nous faisons la toilette de l’incision, nous ponctionnons et nous aspirons un liquide aussi clair que la première fois. La voussure temporale disparaît encore.
Nous incisons la traînée colorée et avec une pince hémos-
tatique, nous tirons pour extraire la poche hydatique. La
poche se déchire et nous l’enlevons en morceaux. Puis vien-
nent deux petites vésicules filles. L’exploration minutieuse avec le doigt montre que le kyste s’enfonçait jusqu’au fond de l'orbite, que l’os de la région supéro-externe était rugueux, dénudé et érodé, mais nous n’avons pas la sensation d’un trou de communication avec la région temporale.
Nous avons curetté toute la cavité avec la curette à chala
Zion, nous avons trouvé un petit trou osseux situé à deux centimètres du rebord orbitaire et nous avons nettoyé bien:
à sec toute la cavité. Par l'incision que nous avons faite nous espérions retirer la partie temporale du kyste, lequel, comme nous avons dit, paraissait empiéter sur le rebord ‘orbitaire, mais l’incision et la dissection démontraient que cette partie du kyste était située plus profondément et plus loin. Il fallait donc faire une incision dans la région temporale pour l’extraire. Mais cette opération étant douloureuse chez une vieille femme déjà souffrante, nous avons été obligés, au lieu de faire une dissection lege artis, de faire une ponction avec le couteau en partant de la région disséquée jusque dans la profondeur de la tempe. Après cela, nous avons mis deux sutures dans l’incision et placé un drain élastique trempé dans l’iode, dans l'orbite, et un autre le long du tunnel dans la région temporale. Pansement à sec avec un coussinet de coton dans le canthus interne. Cinq jours après, nous enlevons les sutures ; aucune manifestation locale ; nous continuons à faire Je pansement toujours avec les deux drains. Quinze jours après, le drain orbitaire est enlevé ; il n’y avait plus de communicatoin entre les deux cavités kystiques. Le drain temporal a été enlevé plus tard et tout paraissait rentrer en ordre, il n’y avait pas de trouble dans la vision, pas de strabisme, rien qu'une insignifiante exophtalmie, lorsqu'une fistule s'installa dans la région du drain temporal. En pressant sur la tempe, on faisait sortir, de temps à autre, soit des restes de la membrane kystique, soit un liquide clair ou légèrement louche sans suppuration. Une pression même forte sur le globe n’amenait rien par la fistule. Cet état a persisté pendant trois mois et enfin un petit os spongieux est venu, la fistule se ferma et la malade se dispensa d’une incision temporale lege artis, intervention qui avait été refusée maintes fois. Pourtant, il reste un enfoncement de l’incision sous le rebord orbitaire,dans la direction de l'orbite.
L'examen du liquide de la première ponction après centrifugation prolongée, nous montre quelques globules rouges, des détritus cellulaires méconnaissables, une parcelle d’une membrane finement piquetée, portion de la membrane germinative ; pas de crochets. Le liquide contient quatre grammes
de chlorure de sodium par litre, la chaleur le trouble, l'acide nitrique donne un fort trouble d’albumine et le Tanré, un
trouble plus fort.
Les crochets et les scolex ont été trouvés en examinant le raclage de la poche kystique enlevée pendant l'opération.
Kyste hydatique de l'orbite gauche. — Ponction. — Troubles anaphylactiques. — Extraction.
(GABRIELIDÈS, Annales d'oculistique, juin 1913.)
Jeune fille, âgée de 20 ans, originaire de l’intérieur de l’Asie- Mineure, entre, en 1910, dans le service du docteur Essad- Pacha. Début de la maladie il y a dix ans. Douleurs fortes à cette époque. Actuellement l'œil gauche est en dehors de l'orbite ; il est, dirait-on, pendu au niveau de l'aile du nez et transformé en une boule demi-sèche. Tout cela provient d’une énorme tumeur qui a pris naissance dans la partie supérieure de l'orbite et qui a comblé tout l'orbite. La tumeur fait saillie dans le cul-de-sac de la paupière supérieure. Elle est nettement fluctuante. Nous n'insistons pas sur les détails, qui n'ont aucune particularité intéressante.
L'examen du sang du doigt montre 7? % d’éosinophilie. On pratique une ponction et on récolte une eau de roche, qui contient de l’albumine reconnaissable par l'acide nitrique et le Tanré, mais pas par la chaleur. Pas de crochets. Une demi-heure après la ponction, on remarque déjà un œdème et une rougeur de toute la tumeur et des paupières. Puis frissons, légère élévation de la température, anorexie et un état érysipelatoïde qui persiste pendant quelques jours. Lorsque tout rentre en ordre, le professeur Essad-Pacha pratique l'opération radicale. L'examen des parois de la poche montre des scolex et des crochets.
OBSERVATION VI Kyste hydatique de l'œil droit. — Extirpation partielle.
Suppuration. — Enucléation.
(COSMETrATOS (d'Athènes), Klinische Mont. für Augennh., t. XIV, D. 304)
Irène S..., 30 ans, se présente, le 2 janvier 1909, à la consultation pour une exophtalmie de l'œil droit.
Il y a quatre ans, elle sentit pour la première fois des douleurs violentes dans l'orbite droite qui durèrent quatorze jours, puis disparurent. Elles revenaient deux mois après, puis de nouveau au bout de six mois et ainsi de suite. Cet état durait depuis deux ans, les douleurs faisant leur apparition tous les trois ou six mois. Pendant ce temps, la malade observa que son œil faisait de plus en plus saillie.