IX.— LE TRAITEMENT DES KYSTES HYDATIQUES DU POUMON
Nous avons déjà signalé combien la question du traitement de l’échinecoccose pulmonaire a été controversée ces dernières années.
C’est une question d'intérêt capital et qu’il importe
de bien préciser.
Historique
Nous distinguerons quatre périodes:
La première période est celle postérieure à 1875: c'est la période d'abstention absolue; l'affection est abandonnée à elle-même. Les anciens auteurs considèrent son pronostie comme très grave et, d’après eux, cotte évolution est fatale dans 75 % des cas.
Hearn, en 1875, préconise la ponction éväcuatrice simple ou suivie de linjection intrakystique d’un liquide caustique (solution de nitrate d’argent ou de formol), Mais cette méthode n’a donné que de mauvais résultats: ponctionner un kyste, c’est en effet risquer de l’infecter et d’infecter la plèvre avec lui, l’aiguille traversant une zone de périkystite que l’on rencontre fréquemment dans l’échinococcose pulmonaire. Parfois aussi, et à cause de la modification de tension intrakystique, la ponction a pu déterminer une rupture dans les bronches, rupture souvent accompagnée d’accidents dramatiques. Le malade peut mourir dans des
accès de suffocation, D’autres fois, c’est un tableau de
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shock anaphylactique que produit cette rupture. Enfin, celle-ci a pu s'accompagner d’hémorragies très abondantes, voire foudroyantes: ce fait est expliqué par l’anatomie pathologique qui montre la paroi du kyste sillonnée de gros vaisseaux. Enfin, la ponction, à côté de ces accidents précoces, a pu produire l’échinocccose secondaire, métastatique dont nous aussi avons. déjà parlé en étudiant les complications de l’évolution spontanée.
C’est à cause de tous ces dangers que, dans une troisième période, un traitement uniquement chirurgical va être substitué à la méthode préconisée par Hearn.
Tuffier déclare, au Congrès de Moscou, en 1897, que
« la thérapeutique du kyste hydatique du poumon est d’ordre exclusivement chirurgical ». Le kyste ne doit pas être abandonné à lui-même, puisque, d’après les anciens auteurs, sa mortalité est, dans ce cas, élevée, mais, « qu’il soit ouvert et suppuré ou qu’il soit intact, l’opération est toujours indiquée » (Guyot, 1910). « I] n’y a pas de traitement médical des kystes hydatiques du poumon » (Soulignoux, 1911). Et, dit Dévé: « Rendu à l’unanimité des chirurgiens, cet arrêt a paru accepté des médecins eux-mêmes. Le traitement médical n’existe pas, déclaraient Méry et Babonneïix en 1910. L’expectation, conseillée par Trousseau, donne des résultats déplorables. Il faut recourir à l’intervention chirurgicale dès que le diagnostic est fait. » Aussi, tous ces auteurs conseillent-ils la pneumotomie précoce. Leurs statistiques sont nettement en sa faveur, puisque, d’après elles, la mortalité tombe autour de 15 %.
Mais, en 1911, Dévé, dans un article publié par la
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Normandie médicale, préconise l’abstention, au moins provisoire, dans certaines variétés de kystes: il insiste sur la valeur curative de la vomitique hydatique. Le Docteur Lepicard, son élève, développe, dans sa thèse, cette opinion. Il oppose deux variétés de kystes hydatiques: Les kystes centraux, profonds, sont peu accessibles chirurgicalement. Mais situés à proximité des grosses bronches, une vomique hydatique, survenue précocement, est très souvent curative. Le drainage est satisfaisant, puisque les bronches sont ici de gros calibre, et il est d’autant meilleur que le parasite est situé plus haut, l’orifice siégeant au point déclive de la poche.
La rupture spontanée du kyste central profond est souvent précoce, alors qu'il n’est pas encore infecté et qu'il est encore de petit volume, conditions qui permet-
tent d'envisager un pronostic favorable.
Au contraire, les kystes corticaux sont beaucoup plus accessibles chirurgicalement. De plus, ils contractent souvent des adhérences pleurales, ce qui favorise la pneumotomie. La rupture spontanée survient pour eux tardivement dans des bronches de petit calibre: le drainage se fait mal, un pyopneumokyste se forme. La mortalité élevée est environ de 60 %. Ces formes périphériques sont donc celles qui doivent être traitées chirurgicalement, alors que dans les précédentes, il vaut mieux temporiser. Dévé cite de nombreux cas où la guérison a été observée après une vomique qui a amené l'évacuation complète du parasite. Enfin, d’après Cassoute et Poinso, chez l’enfant, l'ouverture par vomique
est le moyen de guérison le plus rapide et le plus efficace.