ANATOMIE PATHOLOGIQUE
Nous occupant des kystes séreux congénitaux de la face et du cou, nous ne nous étendrons pas longuement sur leur description topographique dans les autres régions.
Le cou est leur véritable lieu d'élection, cependant ils peuvent être rencontrés sur toutes les parties du corps. Comme le font remarquer MM. Larnelongue et Achard, leur distribution ne présente rien de régulier et n’est soumise à aucune loi déterminée. Tandis que les kystes dermoïdes et mucoïdes, avec lesquels ils ont été confondus, sous le nom de kystes branchiaux, ont un siège bien défini, correspondant à la disposition anatomique des fentes branchiales, les kystes séreux, au contraire, se rencontrent, tantôt sur le cou, tantôt à la nuque, tantôt sur les membres supérieurs, lantôt sur le dos, sans aucune régularité, ni de forme, ni de volume, ni de position.
On a soutenu que les kystes à plusieurs loges jouissaient particulièrément de cetle indépendance de sièze, tandis que les kystes uniloculaires sc développeraient exclusivement à la région antéro-latérale gauche du cou. Cette assertion est infirmée, entre autres, par l’observation de Fifield.
Sur la disposition topographique des kystes séreux congénilaux on peut faire les remarques suivantes :
1° Les kystes de la région postérieure sont beaucoup plus rares que ceux des autres régions ;
2° Le volume des kystes unilatéraux est le plus souvent moindre que celui des kystes médians ;
3° Les kystes volumineux du cou sont généralement limités en-haut, par la courbe du maxillaire inférieur et latéralement par les sterno-mastoïdiens.
Cependant, quelquefois ils dépassent le bord inférieur du maxillaire et s’étalent sur la joue entraînant diverses déformations de la face, mais rarement ils s'’avancent au-delà d’une ligne étendue de l'oreille à la commissure labiale (MM. Lannelongue et Achard).
Fréquemment ces tumeurs font saillie dans le plancher buccal sous forme d'une masse bleuâtre rénitente.
L’envahissement du médiastin antérieur par la masse kystique est rare. Mentionnons à ce sujet l'observation si intéressante de MM. Lannelongue et Achard, où la tumeur, très volumineuse, occupait toute la région latérale du cou, plongeait inférieurement dans l’intérieur de la poitrine et reparaissait à la superficie, du côté opposé, sous forme d’une saillie marronnée située au niveau de la partie externe de la clavicule (Obs. LXII). Cette volumineuse tumeur présentait des mouvements alternatifs d'expansion et d’affaissement, à l'expiration et à l’inspiration.
Ajoutons pour lerminer ce court aperçu, qu'on a ren-
contré les kystes séreux dans la cavilé abdominale. Selon
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MM. Lannelongue et Achard, on peut ranger dans ce
groupe, les tumeurs qui ont été décrites sous le nom de chylangiomes. | |
Bien que, dès 1854, Lorain ait publié une observation
de kyste séreux congénital, avec un examen histologique
par Robin, on peut pourtant dire que l’anatomie patho-
logique de ces kystes est tout à fait récente.
C’est surtout aux travaux de Middeldorpf, de Wégner, de Virchow et plus récemment à ceux de MM. Lannelongue et Achard, qu’on doit les connaissances actuelles sur leur stracture. |
Nous faisons dans ce résumé les plus larges emprunts à l'ouvrage de MM. Lannelongue et Achard.
Le volume et la forme de ces kystes sont des plus variables. Ils se développent, le plus habituellement dans le tissu cellulaire sous-cutané. Ce fait a son importance, surtout pour la pathogénie de ces tumeurs, car il infirme l'opinion des auteurs qui croyaient à une transformation kystique des nœvi et angiomes dont le sièg> est d’ordinaire dans le derme.
Prenant leur origine dans le tissu cellulaire souscutané, les kystes congénitaux envoyent des prolongemenis le long des gaînes des vaisseaux, et, disséquant pour ainsi dire les muscles environnants, ils vont adhérer dans la profondeur à des organes variés.
Cette tendance manifeste aux adhérences et à l’envahissement a été déjà signalée par César Hawkins en 1839. Il redoute pour l'opérateur ces adhérences, souvent dissimulées par une mobilité apparente de la tumeur
kystique.
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L’enveloppe est formée par une trame de tissu conjônctif plus ou. moins lâche qui adhère souvent aux organes voisins « sans que la dissection puisse isoler aucune couche celluleuse entre elle et ces organes » (Lannelongue et Achard).
Les kystes séreux multiloculaires se présentent comme une masse unique dont la division en lobules est plus ou moins manifeste et qui a été comparée à une grappe de raisin. En quelques points on peut voir une agglomération de petits kystes blancs, qui ont été comparés par Deguise à des œufs de poisson. Autour de la masse principale on peut rencontrer de petits kystes isolés.
Les vésicules, de dimensions très différentes, peuvent être en nombre considérable (plusieurs centaines, Wernher), ou peu nombreuses comme dans le cas de J. Gilles, où il existait deux cavités communiquant par un canal étroit.
La paroi interne des cavités, comparée par MM. Lannelongue et Achard, à la face interne des cavités cardiaques, apparaît avec les caractères d’une membrane séreuse de couleur blanchâtre, lisse et humide : par-ci par-là on y voit des bandelettes variées et des trabécules diversement croisées, des cloisons incomplètes des brides.
La cavité principale communique, par des orifices, limités par les reliefs que nous venons de décrire, avec des cavités secondaires, de forme variable. Celles-ci, à leur tour, peuvent communiquer avec d'autres vésicules, donnant à la masse un aspect caverneux (Lannelongue et Achard).
Des vaisseaux assez abondants rampen dans les
Et cloisons complètes ou incomplètes et dans les trabécules. Ils sont situés immédiatement au-dessous de l’épithélium qui tapisse les cavités, ce qui expliquerait la fréquence de la présence de sang dans le contenu des kystes
congénilaux.
Au milieu des cloisons et dans le tissu conjonctif, on rencontre du tissu adipeux, quelquefois en telle quantité que la tumeur mérite le nom de kysto-lipome.
On peut trouver, en outre, dans ces tumeurs, des . nodules cartilagineux, des fragments osseux, des faisceaux musculaires, des lobules de glande salivaire, comme englobés dans la marche envahissante de la masse kystique.
Le contenu peut être une sérosité kystique, jaune ambre ou légèrement verdâtre; quelquefois il est parfaitement clair et transparent. La coloration est, du reste, très variable. Elle dépend de la quantité et de l’âge du sang épanché. Dans une même tumeur on peut rencontrer des loges dont les teintes sont différentes. Ce fait est important pour MM. Lannelongue et Achard car « il donne la preuve de l'indépendance des loges et il montre encore l'impossibilité d’une classification de ces tumeurs, fondée sur les caractères Lirés des parlies qu’elles renferment. »
Ce liquide, habituellement alcalin, est formé d’eau et d'albumine, avec des sels: Comme éléments figurés on y rencontre des hématies, des leucocytes, des plaques épithéliales, des cristaux d’hémaloïdine et de cholestérine.
Dans une analyse chimique que nous devons à la complaisance de M. Favière, pharmacien de l'hôpital de Saint- Denis, on a trouvé que le liquide était neutre et qu'il
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LOS contenait des leucocyles ; il n’y avait pas de cristaux de cholestérine, la quantité de chlorure de sodium était de 6 gr. 20 par litre.
Le revêlement des cavités kystiques a la plus grande importance dans l’étude des kystes séreux congénitaux. L'imprégnation par le nitrate d'argent a permis de meltre en évidence l’endothélium qui les recouvre, c'est l’endothélium des séreuses. Ses cellules, à contours irréguliers, sont dépourvues de dentelures et n’ont pas la disposition caractéristique de l’endothélium Jymphatique, cependant Waldeyer a observé cette disposition dans le cas de Reichel.
Les cellules endothéliales recouvrent la surface de ‘ toutes les cloisons, même les plus minces. « Quelquefois, « dit M. Walther, dans les anfractuosités des loges, elles « sont plus épaisses au point de simuler un épithélium « cubique. »
Les parois des loges sont formées de tissu conjonetif, qui peut, dans une même tumeur, présenter des caractères différents.
On a signalé des fibres musculaires lisses dans les parois kysliques, disposées d'une façon tout-à-fail irrégulière.
On y rencontre, en outre, des bourgeons papillaires qui dépendent de la couche interne de la paroi. Dans leur épaisseur rampent de nombreux vaisseaux, aussi bien que dans les parois des loges et, comme dans celles-ci, ils sont silués immédiatement au-dessous de l’épithélium.
MM. Lannelongue et Achard, décrivent des lymphatiques et des nerfs en petit nombre.
Les caractères histologiques de ces tumeurs, disent
MM. Lannelongue et Achard « sont, on le voit, assez va-
riables, et nous retrouvons, dans ces kystes, la même diversité que nous rencontrons, d’une manière si habituelle et si remarquable, dans un grand nombre de tumeurs congénitales.
« Là aussi, cette variabilité de caractères s’observe, non seulement d’une tumeur à l’autre, mais encore entre les différentes parties de la même tumeur. Aussi n'est-il pas possible d'établir, parmi ces kystes, des variétés anatomiques correspondant à des formes spéciales de tumeurs ou à des stades d’une même production. En général, l’état jeune du stroma conjonctif, l'existence de nombreux diverticules des cavités kystiques, qui s’enfoncent profondément dans la paroi, et déterminent, au milieu du stroma, une sorte de clivage, la présence de végétations très découpées et formées d’un tissu conjonctifembryonnaire, indiquent une tumeur en voie d’accroissement. Au contraire, l'abondance du tissu fibreux, la forme aplatie des cavités, réduites à l’état de fentes étoilées, l'existence de gros bourgeons de tissu conjonctif adulte, qui tendent à combler ces cavités, seront des indices de l’état station-
naire et même de la régression de la tumeur ».
Nous avons insisté, à plusieurs reprises, sur la tendance
qu'ont ces tumeurs à envahir les parties voisines.
Quelquefois cet envahissement se fait progressivement,
lentement, d’autres fois sous l'influence de causes jusqu'ici
indéterminées, il prend des allures très rapides et alors on
voit la tumeur prendre un accroissement considérable en
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quelques jours. Cependant leur développement reste localisé et la généralisation n’a pas été observée.
L'augmentation de volume se fait pour une faible part par la distension des poches, mais principalement par la formation successive de nouvelles cavités, qui pénètrent dans le tissu conjonctif séparant les organes voisins ; le stroma conjonctif lui aussi cependant y contribue. . Le développement progressif de ces kystes, dont les causes nous échappent, à moins d’invoquer un traumatisme quelconque, est quelquefois la cause dè leur guérison, les loges, après avoir envahi la peau, pouvant alors se vider à l’extérieur.
De même la transformation des kystes, en une masse lipomateuse, au moyen du tissu adipeux des parois, peut conduire à la guérison.
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