Lyonsiélla
Pour la conformation extérieure, je renvoie à la description zoologique de Sars (^), et surtout à celle que j'ai déjà donnée moi-même (^).
a. Pied. — Il présente le même appareil byssogène que celui de Lyonsia (fig. 74, vu et ix).
j3. Tube dig^e-^tif. — On peut y noter la grandeur des palpes, dont la striation est peu sensible. L'estomac (fig. 75, ix) est volumineux et à nombreux replis ; le revêtement cuticulaire en est bien développé (fig. 75, xii). L'intestin (fig. 74, xin ; 75, x) présente un certain nombre de circonvolutions.
y. Branchies. — * Elles possèdent deux lames (fig. 74, v et vi), comme chez tous les Anatinacea (^) ; comme chez tous, aussi, la lame externe est formée d'un seul feuillet (direct évidemment), et, comme chez certain d'entre eux (Pandora, etc.), cette lame est très réduite (fig. 74, v ; 75, v; 76, w).
La lame externe est attachée, latéralement, au manteau, plus ventralement que dans aucun autre Lamellibranche : de sorte que les deux branchies (réunies, en arrière du pied, par les feuillets réfléchis de leur lame interne) forment, ensemble, une cloison presque perpendiculaire au plan sagittal médian du Mollusque (fig. 76, iv et vi) (^).
** La structure de la branchie est la même que chez Lyonsia,
(') L'espèce élnàiécesl L.{Peccbiolia)abii.iiiicola, Sars; provenance : Atlantique septentrional.
(^) Sars. On some remarkable Forms of animal life, i, p. 27 ; pi. III, fig. Sl-iS.
(') l'ELSENEER. Rcport On the Anatomy of the deep Sea Mollusca, loc. cit., p. 19, pi. II, fi^'. 10; pi. III, fig. 2.
(') J'ai antérieurement (« Sur la classification phylogénétique des Pdlécypodes », /oc.c((.,p. 48 et « Les Limellibranches sans branchies «, Bull. Soc. Znnl. I'"ra»ce,\.\i\, p. 113) indiqué, par erreur, l'absence de la lame externe, qui n'est en réalité que très réduite.
(s) Dans mon « Report » sur l'Analomie des Mollusques abyssaux (Inc. cit. p. 17 et Ut, pi. II, fig. 7), j'ai indiqué un spécimen de L. aôi/.M/co/a et un autre de L. jeffreijsi, comme ayant les branchies non soudées au manteau et à la suture palléalc
216 PAUL PELSENEER. 72
mais les brides vasculaires, unissant les filaments, y sont excessivement développées en étendue et en volume, au point de former, dorsalement aux feuillets branchiaux, de vastes espaces sanguins (fig. 74: et 76).
d. Appareil circulatoire. — Le cœur est placé fort en avant ; les oreillettes, allongées dans le sens dorso-ventral, sont situées dans un péricarde très étendu (fig. 75, n).
e. Reins — Ces organes sont remarquables par leur extension partielle en avant, jusque vers les ganglions cérébraux (fig. 75, iv), où ils baignent librement dans les lacunes branchiales afférentes.
Ils présentent, pour le reste, une disposition analogue à celle observée chez Lijonsia : ils communiquent aussi largement entre eux (fig. 74, xn ; 76, i) et ont les mêmes orifices intérieurs et extérieurs que dans ce dernier genre.
Les concrétions rénales sont excessivement développées, pas seulement par rapport à la taille de l'animal, mais comparativement à celle des mêmes concrétions chez presque tous les Lamellibranches de taille moyenne (fig. 74, xii et 73, i, n, m). Ces concrétions offrent des couches alternantes de réfrangibilité différente (fig. 73, n, etc), parfois deux points centraux (fig. 73, m); parfois aussi plusieurs concrétions ont subi la concrescence dans la même cellule et ont formé une masse mamelonnée (fig. 73, i).
'C. Organes génitau : . — Lyonsiella est hermaphrodite comme les 3 genres précédents ; c'est même le premier Anatinacé chez lequel j'ai reconnu cette conformation (^). Les ovaires s'étendent jusque tout en avant de la masse viscérale, dorso-latéralement, de chaque côté de l'estomac (fig. 75, i) ; les testicules s'avancent moins loin en avant etsontlatéro-ventraux(fig.75,ui).
postérieure ; en rôalild il y avait là séparation accidentelle entce les branchies et le manteau séparés par déchirure de leurs rapporis nalurels, comme j'ai pu m'en assurer sur les sections faites du spécimen en question de L. abyssicola. Les sections de l'autre exemplaire de la même espèce, figurées dans le présent travail, montrent assez clairement les rapports de la cloison branchiale avec le manteau et le septum siphonal (fig. 74-77).
(') Pelseneer. Deux nouveaux l'('lécy|)odes hermaphrodites. Comptes rendun, t. ex, p. 108^2
Les orifices de l'ovaire et du testicule d'un même côté se trouvent voisins, sur une papille commune située à la base du pied (fig. 74, i et ii): le sperraiducte et son orifice étant plus ventraux que les parties femelles correspondantes.
Dans les spécimens étudiés, les ovaires étaient prescpie vides et ne montraient pas encore de nouveaux œufs en formation sur la paroi; les testicules étaient, au contj-aire, en pleine activité et bourrés de spermatozoïdes (fig. 75, m). Il y a donc, chez ce genre, fonctionnement alternatif des deux sexes.
yj. Système nerveux. — * Les ganglions cérébraux sont séparés ; le nerf cérébral qui se rend aux palpes présente un ganglion à son extrémité.
Les ganglions pédieux sont accolés l'un à l'autre (fig. 75, vn). Avant d'entrer dans les ganglions, les connectifs pédieux donnent chacun naissance à un nerf otocystique (fig. 72, iv).
Les ganglions viscéraux sont également accolés. Chaque nerf branchial qui en sort s'éloigne fort en avant, puis entre seulement dans l'axe branchial et retourne en arrière ; de sorte que dans de nombreuses sections postérieures à celle qui passe par la courbure (fig. 74, m), on voit les deux branches du nerf branchial (fig. 76, v et ix).
Le nerf palléal postérieur (fig. 77, vu) innerve, entre autres, le septum siphonal qui continue le septum branchial en arrière (fig. 77, m et v).
** Les otocystes sont situés contre les ganglions pédieux (fig. 75, viii), mais leurs nerfs sortent des connectifs pédieux (fig. 72, iv), preuve de l'innervation cérébrale et non pédieuse de ces organes.
Chaque otocyste, comme chez Lyonsia, renferme un gros otolithe et de nombreuses petites otoconies (fig. 75, vni).
XVni. — SEPTIBRANCHIA.
Nous aiTivons maintenant à un certain nombre de genres connus seulement au point de vue conchyliologique, et dont j'ai, dans ces dernières années, exposé les caractères anatomiques
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extérieurs les plus importants {^) : ce sont les genres Poromya, Silenia et Cuspidaria (= Neœra).
1" Poromya (^).
a. Manteau. — H est largement ouvert ventralement (fig. 81, xiv); les deux orifices palléaux postérieurs (branchial, fig. 81, XV et anal, xvn) sont entourés d'une couronne commune de longs tentacules en nombre impair (l'un d'eux est dorsal à l'orifice anal).
L'ouverture anale est pourvue d'un siphon (fig. 81, xvii); l'ouverture branchiale est sessile, mais possède une grande valvule intérieure (fig. 81, xiv') qui l'entoure, et dont le maximum de développement est dorsal, alors qu'elle est nulle ventralement.
(3. Pied. — Long (fig. 81, ix ; fig. 79, vn), à sillon byssal.
y. Tube digestif et annexes. — Les palpes sont encore fort grands, surtout les antérieurs; ils forment ensemble, autour de la bouche, un véritable voile. L'œsophage est large (fig. 81, xxvn) et à parois très musculeuses, ainsi que l'estomac (fig. 79, vm).
Pour la conformation et la structure de l'estomac, foie, caecum et intestin, elles sont identiques à ce qui existe chez Cuspidaria ci-après; je renvoie donc à ce genre, dont je possé-
(') Pelseneer. Les Pélécypodes (ou Lamellibranches) sans branchies, Comptes ruidus, t. CVI, p. -1099. — Id. Report on the Anatomy of Ihe deep Sea Mollusca, loc.cit., p. 20-27, pi. m, IV, — 1(1. Les Lamellibranches sans branchies, Ch//. Soc. Zool. France, t. XIV, p. H3.
Un conchyliologiste américain possède sur o les parties molles » des Septibranchiés, des idées tout à fait spéciales, qu'il a fait connaître récemment. Je considère qu'il sérail sans intérêt pour- personne, d'en tenir a'rcun compte et je ne veux ni perdre mon temps, ni abuser de l'espace dont je puis disposer, à les discuter : je renvoie donc ceux de mes lecteurs qui auraient quelque curiosité, au travail suivant: Daix. Report on the Mollusca, part I. Bull. Max. Comp. Zool., t. XII, p. 280-310, passim; part II, ibid. t. XVIII, p. 4ii-iot.
{*) L'espèce étudiée est P. gmmdaïa.^ Nyst ; provenance: Méditerranée (un spécimen). Une autre espèce, P. lomaia, Jeffreys, appartenant au Rritish Muséum, a pu être examinée comparativement, mais non disséquée. — Pour ce qui se rapporte à la conformation extérieure de ces deux espèces, je renvoie aux figures de mon « Report » déjà cité, pi. lil, fig. 3-7.
dais du matériel mieux conservé. Poromya est Carnivore ; la longueur de l'ouverture palléale antérieure, la largeur de la bouche (fig. 85, m) et de l'œsophage, et la brièveté de l'intestin (fig. 81, vu) s'accordent avec ce régime.
(5. Branchies. — Il n'y a pas trace de ces organes, dans le sens habituel du mot. A leur place, depuis les palpes jusqu'à la séparation des deux orifices palléaux postérieurs, et entourant le pied, s'étend une cloison musculaire (fig. 81, vi; 79, v; 82, n; 83, v; 85, iv) portant deux paires de groupes de saillies lamelleuses : sur les côtés du pied et en arrière (^).
Ces saillies paraissent correspondre aux filaments branchiaux des autres Lamellibranches ; dans chacune d'elles se trouvent deux épaississements conjonctifs, en forme de bâtonnet (fig. Si, n); entre elles, il y a passage (fig. 84, iv et v) (de la chambre palléale supra-septale à l'infra-septale), et (au moins dans l'une des deux espèces étudiées) il y a aussi des unions transversales entre les saillies successives (^).
Le septum ou cloison musculaire est surtout formé de fibres longitudinales. Il est attaché au manteau sur toute sa longueur (voir fig. 79, 82, 83 et 86); des faisceaux musculaires (rétracteurs) l'attachent aussi à la coquille en quelques points : vers les deux adducteurs (exemple, fig. 85, ii) et en arrière du cœur, et peuvent le rétracter dorsalement.
Cette cloison s'étendant jusqu'à la séparation des deux orifices palléaux postérieurs, elle divise la cavité palléale en deux chambres supra (fig. 79, m) et infra-sep taie (fig. 82, iv (la première peu développée en avant, fig. 85, i), correspondant absolument aux deux chambres des Lamellibranches à brancliies fixées, postérieurement, à la suture palléale.
Le septum musculaire est innervé par le nerf qui sort de l'angle latéro-antérieur du ganglion viscéral, et qui correspond donc au branchial des autres Lamellibranches (fig. 82, iv'). Les espaces sanguins du septum sont continus avec les vastes
(') Pelseneer. Report onthe Anatomy of the deep Sea Mollusca, l.oc. cii , pi. III, fig. 3, 4, 7, a, g'.
(*) Ibid., fig. 5, c.
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lacunes palléales latéro-dorsales, qui elles-mêmes sont continuées par les oreillettes et représentent, par conséquent, les vaisseaux branchiaux efférents.
£. Appareil circulatoire. — * Le cœur est situé fort en arrière, non loin de l'adducteur postérieur (fig. 81, xxm), logé dans mi vaste péricarde (fig. 82, vu) qui s'étend assez en avant (fig. 86, vm). Le ventricule, musculaire (fig. 82, x), est séparé des oreillettes (ix) par les valvules habituelles.
Les oreillettes s'étendent surtout en avant (i, dans les fig. 78, 80 et 83; ix, fig. 82), et forment, de chaque côté, un seul espace, sans Limite séparative, avec les lacunes palléales dorsales au septum,
** Le sang veineux du sinus principal (fig. 78, vn) se rend dans ces lacunes palléales, tout en arrière du corps, et retourne par là au cœur. C'est donc la mince paroi intérieure du manteau dans la chambre supra-septale (m, fig. 79), ou en d'autres termes, la face interne de la lacune palléale dans cette chambre, qui joue le rôle de surface respiratoire.
Un courant d'eau actif est entretenu sur cette surface par les contractions et dilatations alternatives du septum musculaire, combinées avec le jeu de la valvule de l'orifice branchial (fig. 81, xjv'): le septum, en se contractant, chasse l'eau de la chambre supérieure par l'orifice anal, et produit en même temps un appel d'eau dans la chambre ventrale ; en se dilatant en même temps que le siphon anal se contracte et que la valvule ferme l'orifice branchial, l'eau de la chambre ventrale passe par les orifices du septum (fig. 84, iv), dans la chambre dorsale et ainsi de suite. Ainsi s'explique la structure musculaire de la cloison branchiale.
Ç. Reins. — Ils sont également placés très en arrière, ventralement et postérieurement au péricarde, et s'étendent jusqu'à l'adducteur postérieur. Ils communiquent largement entre eux, antérieurement, au côté ventral (fig. 78, iv).
Chaque orifice intérieur s'ouvre ectaxialement, dans la paroi ventrale du péricarde (fig. 78, vin), dans le plan où se trouve les orifices extérieurs. L'entonnoir cilié, qui naît ainsi du
péricarde, se dirige directement en arrière et se continue avec une lumière très étroite (formant " cliambre intérieure „) pour s'ouvrir postérieurement dans la masse principale du rein (" chambre périphérique „), ramifiée en arrière et occupant la face ventrale, depuis le cœur jusque vers l'adducteur postérieur.
De chaque côté, un lobe de rein s'étend latéralement au péricarde, d'avant en arrière, depuis le cœur, et s'enfonce un peu dans l'espace sanguin formé par l'oreillette et la lacune palléale. Ce lobe joint la masse principale du rein au point où se trouve l'orifice extérieur (fig. 81, xxn et fig. 78, m). Ce dernier est situé, comme c'est la règle, en dehors et dorsalement à la commissure viscérale (fig. 78, vi).
Les reins de Poromya ne sont nullement compacts; ils sont seulement un peu ramifiés en arrière. Les concrétions y sont bien plus petites que chez Lyonsia et Lyonsiélla.
y]. Organes génitaux. — Poromya est hermaphrodite, à glandes mâle et femelle séparées, comme les Anatinacea dont il a été question plus haut.
* Les deux ovaires, symétriques, se touchant. sur le plan médian (fig. 86, vn), occupent de chaque côté presque toute la partie postérieure de la masse viscérale (fig. 81, xxv), la partie antérieure étant formée par le foie et l'estomac (fig. 79, i et vni).
Chaque ovaire forme un grand sac sans ramification (fig. 86, vu) dont presque toute la paroi, sur l'individu étudié, était en pleine activité sexuelle. Les cellules ovulaires restent attachées, par un pédoncule, à la paroi ovarienne, jusqu'à ce qu'elles atteignent une grande taille; devenues libres dans l'intérieur de l'ovaire, elles montrent une membrane vitelline très épaisse, interrompue seulement au point de rupture du pédoncule.
L'ovaire se rétrécit peu à peu en arrière, formant une sorte d'oviducte dirigé dans ce sens (fig. 80, ii) (^); cet oviducte
(') Von Maktens (Einige weilere Beispiele von markirten linien an der innenseite gewisser Muscheln, Siiz. Ces. ^aiurf. F;-. Berlin, 1880, p 62) observant une empreinte linéaire, sur l'intérieur de la moitié dorsale de la coquille de Poromya (jranuluta, la considère comme produite par un conduit oviducal situé daiix le manteau. On voit par là quelles indications la coquille peut fournir sur l'organisation des mollusques.
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s'unit au conduit excréteur du testicule correspondant, donnant ainsi naissance à un très court canal hermaphrodite (fig\ 81, XXIV ; fig. 80, m). Ce canal débouche aussitôt au dehors, dorsalement à la commissure viscérale (fig. 83, m).
** Les testicules sont situés ventralement aux ovaires et à la commissure viscérale (fig. 81, x; fig. 86, i), dorsalement aux rétracteurs postérieurs du pied, à droite et à gauche de l'intestin. Ds sont peu volumineux et continués chacun, postérieurement, par un conduit déférent, qui croise intérieurement la commissure viscérale, pour passer à son côté dorsal; là, ce conduit mâle s'unit à l'oviducte et ils forment ensemble le canal commun très court dont il a été question plus haut et qui débouche de chaque côté de l'intestin à un niveau antérieur au cœui- (fig. 83, m).
*** La chambre supra-septale ne constitue nullement une cavité incubatrice, car je n'y ai trouvé ni œufs segmentés, ni jeunes, comme dans les lames branchiales des Cyclas et autres Lamellibranches incubateurs.
0. Système nerveux. — * Les ganglions cérébraux sont séparés et situés sur l'adducteur antérieur (fig. 81, ii) ; ventralement et tout en avant, chacun donne naissance à un fort nerf palléal ; tout en arrière naissent ensemble , dorsalement la commissure viscérale et le connectif pédieux (fig. 81 ; fig. 85, vni et ix), ventralement, le nerf des palpes ; celui-ci se termine à la jonction des deux palpes, par un ganglion allongé s'éteudant à la base de ceux-ci (fig. 81, v ; fig. 85, vn), seul exemple (avec Lyonsiella) de ganglion palpaire chez les Lamellibranches.
** Les ganglions pédieux sont accolés l'un à l'autre, à la base du pied (fig. 81j vm) ; les otocystes sont dorsaux à ces ganglions et renferment deux ou trois otolithes de même taille.
*** Les ganglions viscéraux, accolés se trouvent un peu en avant de l'adducteui' postérieur.
2o Cuspidana (= Necera) (}).
(') L'espèce principale étudiée est C. rostraui , Spcngler ; provenance Méditerranée.
L'animal de ce genre n'a encore été vu que par des conchyliologistes, à part von Jhering, ([ui n'en a étudié que l'otocyste (^). J'en ai moi-même fait connaître la conformation extérieure, dans un travail (^) auquel je renvoie pour ce qui est relatif à ce sujet.
«. Manteau. — Les deux lobes sont soudés seulement sur leur moitié postérieure (fig. 96, iv-xi) ; le manteau est continué en arrière par deux longs siphons (xviii, xix) accolés sur presque toute leur étendue, libres à leur extrémité distale où ils sont entourés d'une gaine commune : chacun portant des tentacules dits " oculifères, „ mais sans yeux. Le siphon branchial communique avec la chambre palléale par une fente étroite (dorso-ventrale) (fig. 96, xv), percée dans une sorte de cloison.
(3. Pied. — Très extensible, byssifère (fig. 87, ix).
7. Tube digestif et ses annexes. — * Les palpes sont peu développées (fig. 96, v) ; parfois la paire postérieure manque (c'est le cas chez C. curta et C. fragïlissima).
** L'œsophage, large et très musculaire, conduit dans un estomac à revêtement cuticulaire ( " flèche tricuspide „ ) (fig. 87, xvi) qui se continue quelque peu dans le commencement de l'intestin (fig. 87, x).
A ce dernier est accolé un caecum (fig. 87, xi). Ils naissent ensemble, à la partie antérieure de l'estomac, communiquant entre eux par une étroite fente longitudinale et différant par le revêtement épithélial, qui est plus épais et cilié dans le caecum. Ce dernier renferme un stylet cristallin (fig. 87, xui), court et gros, relié à la flèche tricuspide. La même disposition existe dans Poromya.
L'intestin (fig. 96, ix) est fort court, comme dans ce dernier genre (fig. 81, vu), allant directement de l'estomac au ventricule du cœur, sans aucune circonvolution.
*** Le foie forme la partie antérieure de la masse viscérale, mais est entièrement recouvert pai- le testicule (fig. 87, n et m),
(*) VON Jhering. Die Cehôrwerkzeuge der MoIIusken, p. 22.
(*) Pelsenekr. Report on Ihe Anatomy of the deep Sea Mollusca, loc. cii.^ pi. IV.
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sauf au côté dorsal (fig. 96, xxxiii). Il débouche dans la partie antérieure de l'estomac, par un très petit nombre de conduits, ventralement, au voisinage de l'orifice du caecum.
**** Ciispidaria est francliement Carnivore. Dans l'estomac de C. rostrata, j'ai trouvé seulement un animal d'aspect déjà un peu défiguré, mais oculé et à revêtement de spicules. C'est là, avec Poromya, une exception parmi les Lamellibranches; ce régime s'explique par l'habitat de ces deux genres dans des eaux profondes où ne s'étend pas la vie végétale. Les mouvements du septum musculaire aident probablement à attirer la proie morte dans le manteau (qui est assez ouvert), et la largeur de l'œsophage en facilite l'ingestion.
0. Branchies. — Comme chez Poromya, elles forment une cloison musculaire, divisant la cavité palléale en deux chambres entièrement séparées, continuées chacune postérieurement par la cavité d'un des siphons, le septum siphonal continuant le septum musculaire (fig. 96, xii, xvii; fig. 91, m, iv).
Mais ici, la cloison musculaire est encore bien plus épaisse que dans Poromya (fig. 87, vi; fig. 88, v; fig. 89, viii). Elle est attachée au manteau sur toute sa longueur et tout autour du pied (fig. 87). En outre elle est insérée directement à la coquille par plusieurs faisceaux musculaires rétracteurs : antérieurs (fig. 96, xxxiv), postérieurs (fig. 96, xxiii; fig. 91, n), et latéraux (fig. 96, XXVI et XXXI ; fig. 89, v).
Dans toutes les espèces examinées (C. cUrta, Jeïïrey s; C. fragilissima, Smith ; C. platensis, Smith ; C. rostrata, Spengler), la cloison est perforée de huit orifices pairs (fig. 96, x; fig. 87, XII ; fig. 88, vn), tous complètement percés (la première paire pénétrant tout en avant de la chambre dorsale).
Chacun de ces orifices est entouré d'une lèvre ou valvule dirigée intérieurement (ou dorsalement) (fig. 92, ii), s' ouvrant donc de dehors en dedans (ou ventro-dorsalement) (^), de telle sorte que l'eau peut entrer de la chambre ventrale dans la
('j Ce sont là les orifices « dont l'aiguille ;i dissection est responsable », d'après Dall, Lamellibranches sans branchies, Bull. Soc. Zool. France, t. XIII, p. "209.
81 CONTEIBUTION A l'éTUDE DES LAMELLIBRANCHES. 225
dorsale, mais non en sens contraire : elle ne peut donc sortir de cette dernière que par le siphon anal.
Cette cloison, avec ses orifices, entretient assurément une active circulation d'eau sur la paroi intérieure du manteau (dorsalement au septum, comme chez Poromya) : la cloison, en se contractant, ferme ses orifices et chasse l'eau par le siphon anal; lorsqu'elle se relâche, le siplion anal étant fermé, les orifices du septum s'ouvrent et l'eau entre dans la chambre supraseptale, la valvule du siphon branchial pouvant empêcher qu'elle sorte par ce dernier.
£. Appareil circulatoire. — Le cœur est situé vers le milieu de la longueur du corps (fig. 90, xxviii), dans un péricarde assez étendu longitudinalement et transversalement (fig. 88, xTv; fig. 90, xiii). Le ventricule, à parois modérément épaisses, comme chez Poromya, est aplati bilatéralement (fig. 88, xv) et traversé par le rectum (fig. 93, x); une valvule le sépare des oreillettes. Ces dernières sont très développées, sans limite de séparation avec les lacunes palléales (branchiales efierentes) situées entre elles et le septum (fig. 88, i et m; fig. 90, x et vm), sauf en arrière (fig. 89, i et iv).
Le sang qui vient du sinus principal du corps (fig. 89, x; fig. 90, ni) arrive postéiieurement (fig. 91, x) dans ces lacunes palléales qui le ramènent au cœur. C'est donc la portion du manteau limitant ces lacunes qui sert, par sa face intérieure, à la respiration.
'Ç. Reins. — Ils sont très développés (fig. 96, xxix) et situés en très grande partie dans la lacune palléale respiratoire (fig. 88, IV ; fig. 89, m; fig. 90, i; fig. 91, vm), baignant ainsi dans le sang venu du sinus principal du corps.
Chaque rein s'étend depuis l'estomac jusqu'au rétracteur postérieur du septum ; il est formé de deux branches adaxiale et ectaxiale (fig. 94; fig. 90, u et i).
La branche ectaxiale (fig. 94, i) s'étend très en avant (jusqu'au plan transversal où le pied perce la cloison branchiale musculaire), et s'y termine en pointe. Depuis cet endroit, la
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lumière s'accroît en arrière, jusqu'à l'orilice externe (fig. 9-1, iv), puis diminue, jusqu'à l'extrémité postérieure.
Au niveau de l'orifice externe, la branche ectaxiale se joint à l'adaxiale (fig. 90, n), à lumière étroite, qui s'étend dans la partie ventrale de la masse viscérale, jusqu'à un niveau antérieur au ventricule. Là, cette branche communique avec la correspondante du rein opposé (fig. 94, m).
L'orifice extérieur se trouve dans la " chambre commune „ formée par la réunion des deux branches (fig. 89, xn ; fig. 96, xxv).
L'orifice interne (péricardique) est également dans cette chambre : un entonnoir cilié, plus adaxial que l'orifice rénal externe, naît de la paroi centrale du péricarde (fig. 90, vn); il se dirige ventralement et postérieurement pour déboucher dans la chambre commune, au voisinage de l'orifice extérieur, mais plus en avant et adaxialement (fig. 89, xvn; fig. 94, n).
Y}. Organes génitaux. — Cuspidaria est hermaphrodite au même degré que Poromya (^).
* Les testicules multilobés occupent toute la surface de la masse viscérale (fig. 96, xxxii; fig. 87, ii), sauf dorsalement, à la, partie antérieure, où le foie (fig. 96, xxxm) est visible du dehors; en arrière de l'estomac, les glandes mâles constituent même toute la partie ventrale du corps.
Les différents lobes testiculaires se dirigent en arrière, s'unissant peu à peu, de façon à former de chaque côté un conduit unique, naissant dans la partie postérieure du pied. Ce conduit se dirige d'abord dorsalement, puis d'avant en arrière, lorsqu'il est passé dans l'espace exclusivement occupé par les ovaires (fig. 95, II). 11 débouche au dehors, latéralement, à côté de la commissure viscérale ^dorsalement à celle-ci) (fig. 93, vm; fig. 96, xxvii). La partie terminale de ce conduit peut être considérée comme un très court canal hermaphrodite, car l'ovi-
(') "J'avais indiqué primitivemenl (Pelseneer. Deux nouveaux Pélécypodes heriiiaphrodiles, Comptes rendus, l. CX, p. 1082), chez ce genre, la présence' d'un seul sexe à la fois : sur les deux spécimens dont j'ai fait des sections, les glandes d'un seul sexe (mâle) sont très développées ; les ovaires, n'étant pas a maturité sexuelle et n'occupant qu'une petite étendue, n'avaient pas été reconnus d'abord.
flucte s'y ouvre aussi, au cMé iutérieur (fig. 93, yj), tout près de l'oritice extérieur.
** Les ovaires se trouvent placés en arrière de l'estomac et dorsalement aux testicules. Ils constituent des glandes très ramifiées (ûg. 88, xii; tîg. 93, m; fig. 95, iv). Dans les deux spécimens que j'ai débités en sections, ils n'étaient pas encore à maturité sexuelle, c'est-à-dire que les cellules épitliéliales ovariques n'étaient encore modifiées qu'en un très petit nomlire de points, et qu'il n'y avait encore aucun œuf bien développé. On peut donc présumer que le sexe mâle est mûr avant l'autre et qu'il y a hermapliroditisme protandrique.
Les différents lobes ovariens s'unissent pour former finalement un conduit unique, oviducte très court, débouchant dans le petit conduit hermaphrodite, comme il a été dit ci-dessus. Il suit de là qu'au point de vue des organes génitaux, Cuspidaria est conformé tout comme Poromya.
Q. Système nerveux. - * Les ganglions cérébraux (fig. 96, II) sont séparés et situés sur l'adducteur antérieur.
** Les ganglions pédieux sont accolés et se trouvent assez en arrière, dans la base du pied (fig. 96, vm).
*** Les ganglions viscéraux, juxtaposés, sont placés sur le bord postérieur de l'adducteur postérieur, contre l'anus ;(fîg. 96, xxi). Il naît de chacun ;
Postérieurement, le nerf palléal postérieur, qui innerve les siphons et le septum siphonal (fig. 96, xvii), comme chez les autres Lamellibranches (^) ;
Et antérieurement :
a. Le nerf branchial, qui sort de l'angle latéro-antérieur du ganglion et se rend à la cloison musculaire (fig. 96, xvi), où il se prolonge nettement jusqu'aux rétracteurs antérieurs, courant
(') Lcda, Pholas et Lyonsiella ci-dessus ; 6V()</(«/// (Duvernoy. Mémoires sur le système nerveux des Mollusques Acéphales. ]\léin. Acad. se:. Paris., t. xxv ASo3) |il. XI-XII, fig. i, ;), 0, n,) ; Lutraria (Desha\es. Histoire naturelle des Mollusques' pi. XXXIV, fig. 4, ;• et pi. XXXVII, fig. 4, c).
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à la surface dorsale du septum (flg. 91, i ; fig. 89, vi ; %. 88, vi) et y pénétrant un peu dans la pai'tie antérieure seulement (fig. 87, v) ;
h. Entre ce dernier nerf et la commissure viscérale (fig. 96, xiv), un second nerf (fig. 96, xxiv) qui se dirige en avant, parallèlement à la commissure susdite, passe en dehors de l'orifice du rein (fig. 89, n) et se prolonge dans l'espace sanguin formé par l'oreillette et la lacune palléale jusque vers l'extrémité antérieure (fig. 90, ix, fig. 88, n ; fig. 87, i).
Ce nerf paraît à première vue, par son grand développement difficile à assimiler à ce qu'on connaît chez les autres Lamellibranches. Cependant on constate que l'existence d'un nerf ayant le même parcours, en dehors de la papille urogénitale, et s'étendant jusque vers les palpes, a été signalée dans des formes de grande taille (^) et dans d'autres dont le système nerveux a été étudié d'une façon très minutieuse (^).
**** Les otocystes sont situés bien en arrière des ganglions pédieux (fig. 96, vm), le nerf otocystique quittant le connectif pédieux en avant du ganglion pédieux et passant latéralement à celui-ci. Chaque otocyste renferme un gros otolithe sphérique ainsi que l'a déjà constaté von Jhering (^), qui n'a examiné que ce seul point de l'organisation de Cuspidaria.