CHAPITRE III
Conditions d'apparition des deux pigments étudiés
Leur localisation
Conditions chimiques: Pigment du Cryptococcus corallinus : Au cours de nos expériences ayant pour but de fixer les propriétés morphologiques et biologiques de l’espèce même, nous avons pu nous rendre compte que le milieu de RAUTIN maltosé gélosé était très favorable pour la production du pigment; c’est pour ces raisons que nous avons utilisé tout d’abord ce substrat pour éxaminer les conditions d’apparition de la substance colorante. Puis nous nous sommes demandé si la gélose (étant la seule matière quaternaire organique contenue dans ce milieu) pouvait être rendue responsable du phénomène chromogène; pour cette raison nous avons pratiqué des ensemencements au moyen de notre champignon sur un milieu de RAUIIN liquide et maltosé. La levure s’est développée très vite et nous avons constaté dès le troisième ou quatrième jour de culture à la température de + 270, la formation d’un dépôt rosé au fond du tube. Aïnsi donc ceci nous prouve que la propriété pigmentaire ne dépend pas de la présence d’une substance protéique dans le milieu.
D'autre part en remplaçant le maltose par d’autres substances ternaires telles que différents monosaccharides et bioses, l’amidon, la glycérine en proportions convenables, la fonction chromogène n’est aucunement influencée dans son apparition; au point de vue intensité de teinte, par contre la qualité des aliments joue naturellement un rôle. Nous voyons par conséquent que l’apparition du pigment n’est pas tributaire d’une substance quaternaire ou ternaire
spécifique et sa formation doit être en relation avec d’autres facteurs. Notons ici la nécessité absolue de l’aliment hydrocarboné pour l’obtention du phénomène chromogène. Pour éclaircir ce point nous avons successivement supprimé dans notre milieu les ions: fer, zinc, magnésium, phosphore, soit un par un, soit en soustrayant deux de ces éléments à la fois. L'absence de ces substances minérales n’a pas empêché la formation du pigment; celui-ci par conséquent a la propriété de se former dans des conditions chimiques fort différentes les unes des autres.
Les mêmes constatations ont pu être faites lors de l’étude du pouvoir chromogène propre au Cryplococcus radiatus : ici encore l’absence de matières quaternaires, les modifications qualitatives des matières ternaires et enfin la suppression de tel élément minéral ou de tel autre n’ont pu détruire la fonction chromogène.
Conditions physiques : Influence de l'oxygène : Toutes nos recherches décrites jusqu'ici ont été effectuées en aérobiose stricte.
Toutefois en cultivant nos levures dans des tubes fermés au moyen d’un capuchon de caoutchouc surajouté au bouchon de coton directement après l’ensemencement, nous avons pu constater, que l'apparition du pigment faisait soit complètement défaut, soit était excessivement peu sensible; nous basant sur cette observation nous avons cultivé nos deux levures dans des tubes de ROUX à anaérobiose où nous
vions pratiqué le vide à 50 em. Les champignons évoluaient à peine; cette évolution cessait d’ailleurs bientôt et jamais il ne nous a été donné de constater la production d’un pigment. On voit donc par ces essais que l’oxygène est un élément absolument indispensable à la fois par la croissance normale
de nos deux levures et pour l’apparition des matières chromogènes.
Injluence de la température : Pour étudier l’action de la température sur la fonction chromogène des deux champignons, nous avons disposé des tubes de culture ensemencés à différentes températures comprises entre + 350 et + 420. Le milieu utilisé dans ces expériences a été la gélose de SABOURAUD maltosée. Nous avons ainsi pu constater pour
le Cryptococcus corallinus les différences suivantes : à + 370 ja levure reste blanche et le pigment n’apparaît en aucun cas: à la température de + 270 le pigment fait son apparition dès le deuxième jour après l’ensemencement; avec le temps celui-ci fonce de plus en plus: en effet, au début il était rose pâle, puis devient rose très tôt; si l’on cultive davantage, la coloration passe au rose saumon et même au rouge corail. Les teintes correspondent aux numéros 51, 52, 56, 61, 66 du code des couleurs (82). Comme limites de températures pour la production de la substance chromogène, nos expériences nous ont montré que le phénomène avait lieu entre Îles températures de + 89 jusqu’à + 280.
Quant au Cryptococcus radiatus on a pu faire les coustatations suivantes en expérimentant dans les mêmes conditions: les nuances de teinte sont beaucoup moins sujettes à variation que dans le cas précédent. En effet, la teinte est stable pour les températures comprises entre + 129 et + 370; elle correspond aux numéros 81 et 86 du code des couleurs.
Injluence de la concentration du milieu de culture en ions H : Dans une série de milieux nous avons fait varier la concentration en ions H de façon que les pH initiaux de culture constituent une gamme allant de pH=—2,85 jusqu’à pH=8,60. Nous avons ainsi pu constater que pour les deux champignons l’apparition du pigment était en rapport direct avec la concentration en ions H du milieu. Dans les milieux à pH initial de 6,6 l’apparition du pigment était retardée par rapport au milieu à pH initial de 5,5 par exemple et ceci malgré que le premier milieu était un substrat de choix pour le développement des levures. La pigmentation a toujours été amenée à un maximum sur des milieux dont le pH était inférieur à 5,5; par contre l’extrême limite pour la coloration est réalisée pour un pH de 7; mais dans ces milieux le phénomène chromogène se produit seulement vers le cinquième ou le sixième jour de culture et si on prend la précaution de mesurer à ce moment la concentration en ions H, on constate que, à la suite du métabolisme nutritif du champignon, la concentration en ions H a fortement augmenté et se fixe à ce moment aux environs de 6,2.
Nous aurons l’occasion de revenir sur ce sujet lors de l’étude des pigments mêmes. Nous avons pu établir que les
deux levures évoluaient vers des formes achromogènes aussitôt qu’elles sont placées sur des milieux à pH alcalin.
Localisation de la substance chromogène: Dans cet ordre d'idées nous reviendrons tout d’abord sur la classi:fication établie par BEIJERINCK (83) pour les microorganismes colorés : cet auteur distingue :
19 des microorganismes dont le contenu cellulaire même est coloré et
20 ceux dont le corps reste invariablement incolore, tandis que le milieu ambiant prend une pigmentation due à une secrétion organique; ce dernier groupe est appelé par cet auteur: microorganismes chromopares ; tandis que les formes ou le colorant sécrété est fortement lié à la membrane cellulaire sont désignées sous le terme de parachromopares.
De cette classification on peut déduire immédiatement que dans le monde des infiniment petits on a affaire à deux catégories de colorants : les uns solubles dans l’eau et les substrats aqueux, les autres insolubles dans l’eau, mais solubles dans les solvants organiques ordinaires.
Il convient d’insister ici sur un troisième groupe de microorganismes, dont le corps même est coloré : ils ont été appelés microorganismes chromophores et constituent la classe la plus importante des infiniment petits colorés.
C’est dans cette dernière catégorie que nous rangeons les deux Cryptlococcus étudiés. En effet, si on examine au microscope une culture en goutte pendante de ces éléments cellulaires, on constate que la cellule entière est colorée et qu’il ne s’agit pas de champignons parachromopares, dont seule la membrane fixe la substance chromogène, ni d’espèces possédant des chromoblastes ou des vacuoles lipidiques qui par réfringence paraissent pigmentées.
D'autre part, si on fait usage de culture en goutte pendante pour pratiquer un examen au #microspectroscope de ZEISS, on observe chez le Cryptlococcus corallinus coloré en rose sept bandes d'absorption plus ou moins nettes. Ces bandes ont leur maximum d'intensité aux longueurs d’onde sui-
(s) vantes exprimées en unités À :
att=10220 b=»6035 c e=115480 F5 200 g
5800 duM5045
La largeur de ces bandes et l’aspect général du spectre d'absorption varient naturellement avec la concentration et l’épaisseur de la couche colorée soumise à l’examen. Notons cependant que la bande a, ainsi que les bandes c, d et e sont en général très prononcées, tandis que les bandes b et f sont plus estompées et la bande g est presque toujours très difficile à saisir. Nous aurons l’occasion de revenir sur ce sujet plus tard, ayant pu, au cours de nos recherches, observer que malgré la grande ressemblance chimique de nos deux pigments, le Cryptococcus radiatus examiné dans des conditions analogues ne présentait presque toujours que trois, au maximum quatre bandes. Ce fait nous ayant frappé, il nous a paru intéressant d'approfondir cette question.
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