CHAPITRE VI
Considérations générales sur les pigments oxycétoniques chez les champignons
Ayant ainsi pu constater la présence, chez nos deux Cryptococcus, d’un pigment oxycétonique, nous voudrions insister quelque peu ici sur la signification de cette matière chromogène et sur les fonctions qui pourraient lui incomber, ainsi que sur les recherches antérieures aux nôtres ayant trait à ces dérivés oxyanthraquinoniques chez les champignons.
Au point de vue chimique, on a pu isoler jusqu’à présent des pigments mycosiques appartenant à trois groupes principalement : ce sont les Zpochromes, les pigments oxyanthraquinoniques et des colorants résineux. Nous n’insisterons pas sur les carotinoïdes qui existent très fréquemment chez tous les végétaux.
Les pigments oxyanthraquinoniques ont été trouvés et ont fait l’objet d’études détaillées chez les champignons supérieurs; nous mentionnerons ici les travaux fondamentaux de STAHLSCHMIDT (93) sur l'acide polyporique isolé du Polyporus purpurescens et du Polyporus igmarius. Il s’agit d’un colorant jaunâtre ou jaune rougeâtre, dont le noyau oxyanthraquinonique est nettement établi.
BACHMANN (94) a étudié la substance chromogène du Telamonia armillata Fr.; c’est une substance rouge qui est insoluble dans l’alcool et l’éther, mais soluble dans des solutions alcalines aqueuses où alcooliques en virant au rouge violet; par acidification il y a précipitation de flocons rougeâtres solubles dans l’éther et la solution résiduelle prend une teinte jaunâtre. L'auteur indique pour sa substance chromogène le spectre suivant, déterminé sur une solution diluée et sous une épaisseur de 55 millimètres : les bandes
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suivantes sont visibles: à — 725—685, b — 564—540, c — 524—491, d — 460. En comparant ces détails donnés par l’auteur, on se rend compte de la proche parenté de son pigment avec le nôtre.
OUDEMANS (95) a étudié le colorant rouge du Gastéromycète: Rhizopogon rubescens Cord. Ce pigment est insoluble dans l’eau, soluble après traitement par un acide dans l’éther, dans le chloroforme et l’alcool. I1 est soluble dans les solutions alcalines et précipite par l’addition de solutions acides. La cristallisation dans l’éther aboutit à des aiguilles rouges; le point de fusion de ce corps est situé à + 1279. L'auteur a
établi la formule suivante pour son colorant : C4 ET 18 O?.
D’après ces données il semble que ce pigment fait aussi partie du groupe des oxyanthraquinones.
FRITSCH (06) a étudié le pigment brun de Polysaccum pisocarpium Fr. Les propriétés de ce pigment sont à peu près analogues à celles que nous avons citées antérieurement et FRIrSCH le classe dans le même groupe.
Nous ne trouvons pas nécessaire d’insister sur la présence de ces pigments chez les végétaux supérieurs, car ce serait sortir du cadre de notre sujet et les recherches effectuées sur le Rubia linctoria concernant l’alizarine et les différents Rheum et Rumex ayant trait à l’acide chrysophanique sont entrées dans le domaine classique.
Quant à l’élaboration, par le champignon, des pigments levuriens que nous avons étudiés, il ne nous a pas été donné d’éclaircir cette question. Nous avons bien pu observer par la carbonisation la présence de pyrocatéchine, nous avons d’autre part en mettant en présence notre pigment purifié et de l’acide sulfurique concentré et en chauffant à 2000 essayé de le dégrader. Au cours de cette analyse on constate apparition d’une coloration rouge vif très nette, qui est très probablement due à la production d’alizarine ; en même temps nous avons pu démontrer l’existence dans cette solution de traces de pyrocatéchine; il ne nous a été malheureusement pas possible de fixer la présence d’acide pAtalique, de sorte que nous ne pouvons pas apporter ici une preuve certaine sur la synthèse de notre matière colorante.
Nous avons étudié au cours de ce travail les conditions physiques et chiniques de la production du pigment, mais les raisons intimes concernant l’utilité de ces matières colorantes pour les champignons, nous sont restées obscures. Est-ce un simple produit de désassimilation tel que BACH- MANN le suppose dans ses études biochimiques et physiologiques. Est-il en relation comme le cyfochrome avec les phénomènes respiratoires ou fermentatifs ? Nous n’avons pu résoudre ces problèmes. C’est un glucoside du groupe oxyanthraquinonique, résultant d’un hydrate de carbone assimilable par les organismes étudiés.
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