OBSERVATION II
E. MarriImor, Mme R. Morner et J. BRZEZINSKI.
Mme P.…., 24 ans, sans antécédents pathologiques connus, manifeste brusquement dans la nuit du 15 au 16 novembre 1931 une excitation violente avec propos incohérents. Cet accès qui se calme dans la matinée, est attribué par l’entourage, à l’émotion produite par une discussion violente survenue récemment entre la mère et le mari de la malade; mais l’agitation reparaît quelques heures plus tard et serait les jours suivants intermittente, d’abord, puis continue. Le médecin de la famille prescrit une médication bromurée qui ne procure que des accalmies passagères; il demande à l’un de nous, le 23 novembre, de voir la malade avec lui. Nous trouvons cette dernière couchée. L’agitation motrice n’est pas très marquée, mais l’agitation verbale est continue, avec fuite des idées, dispersion de l'attention, railleries, gauloiserie, euphorie bruyante coupée parfois brusquement d’accès de colère ou de découragement. Pas de confusion mentale; réponses correctes et rapides quand on peut fixer VPattention. En sommie, tableau clinique d’un accès d’agitation maniaque. Pas de fièvre, pouls rapide, langue saburrale, règles apparues la veille.
Le milieu familial ne se prête pas au traitement à domicile. La malade entre à la Maison de Santé de Blois, dans la soirée du 26 novembre. Le jour et le lendemain de l'entrée, même état d’agitation maniaque auquel s'ajoutent les signes d’épuisement : traits tirés, hypertension musculaire, sensa-
ne
tion de faiblesse, de fatigue. Température : 37°8, 37°4, 37°8. Lèvres fuligineuses, langue saburrale. Poumons et cœur normaux, alv. simple, réflexes normaux. Céphalée constante, insomnie. Urée dans le sang 0,55. Wassermann négatif. Régime lacté, somnifère,
28 et 29 novembre, l'agitation euphorique fait place à de la confusion mentale avec onirisme. Nombreuses illusions et hallucinations de l’ouïe et de la vue à caractères terrifiants : une femme tire sur la malade des coups de révolver, les voix la menacent, l’insultent. Cris de frayeur, essais de fuite, de dissimulation sous les draps, tentative de suicide par strangulation dans un moment de désespoir.
Puis le délire devient de plus en plus violent, des hallucinations plus mobiles se traduisant par des exclamations incohérentes : « Au feu ! aux pompiers ! au secours ! gloire et victoire aux femmes. Je suis morte, je ne veux pas mourir à Blois ! Gloïre à la mort et à la vie ! En avant ! Attaquez ! pan, pan, tirez ! C’est l’inondation.…, etc...
Faciès pâle, encavé, hypotonie musculaire et oculaire, amaigrissement extrême. On constate une odeur acétonique nette de l’haleire, les urines sont alors recueillies et leur examen révèle des traces d’albumine, 2 gr. 80 de glucose par litre et la présence abondante d’acétone et de corps cétoniques (réactions de Legel et de Gerhardt très fortement positive). Du sang est prélevé pour une hémoculture dont les résultats sont négatifs. Température 38°, 38°3, 38°8, 39°. Pouls petit, filant.
Nous instituons le traitement du coma diabétique : injections intraveineuses d’insuline à 3 heures d’intervalle (60 ct 45 unités cliniques) suivies d’injections intraveineuses de 250 gr. de sérum glucose. Injection de 60 gr. de bicarbonate de soude en solution aqueuse, tonicardiaques, boissons sucrées, lait, café.
30 Novembre. Le délire et l’agitation se calment progressivement pour faire place à une obnubilation et à une somnolence croissantes. Bientôt la malade est complètement inerte et ne répond plus aux questions qu’on lui pose. Après
PS uen
une injection de 30 unités d’insuline suivie d’ingestion de 60 gr. de lactose la température baisse de 40 à 37°9 et l’on voit reparaître l'agitation et le délire. Dans la soirée nous administrons encore 60 unités d’insuline et 200 cc. de sérum glucosé: on constate alors un état euphorique calme, puis de la loquacité et de l’agitation. Dans la nuit, la malade absorbe toutes les heures 10 gr. de bicarbonate de soude dans un verre d’eau ou de lait. Ces ingestions sont parfois suivies de vomissements billeux. Glycérine 1gr.70. Urée dans le sang Ogr.50.
14 Décembre. Torpeur un peu moins profonde coupée après l’injection d’insuline de petit accès délirant toujours à caractère terrifiant ( feu, mort, désastre, inondation etc..). Glycosurie 4 gr. 50, acétone et corps acétonique : présence moins abondante.
Insuline 30 unités sérum glucosé 200 cc. Sérum bicarbonate à 30/100. Injections intraveineuses, composition du sérum :
Bicarbonate de soude ...... 30 grs.
Chlorure de sodium ......... 6 grs.
Eau distillée et stérilisée .... 1000 grs.
2 et 3 Décembre. Plus calme mais toujours délirante. Température 38,5 - 38,4 - 39,6 - 38,7. Reflexe oculo-cardiaque: 88-88. Insuline 15 unités, bicarbonate de soude, etc...
4 Décembre. Les hallucinations deviennent plus rares. En dehors de quelques convictions délirantes qui persistent, la malade raisonne correctement. Dans les urines on ne trouve plus de traces de sucre, mais des traces d’acétone et de corps acétonique Glycosurie: Ogr.75. On constate une diminution de l’aire de la matité hépatique qui descend seulement à 5 cc. au-dessous du rebord costal : point vésiculaire et zone pancréatico-choledocienne douloureuse à la pression. Température 39,7 - 37,9.
Les jours suivants, l’amélioration de l’état mental et physique continue. La température baisse d’une façon un peu irrégulière, mais reste normale. À ;:rtir du 25 décembre,