‹ Contribution à l'étude des limites de certains délires alcooliquesChapitre 27 sur 51 · ARE · texte numérisé non relu

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Par l'examen subjectif ainsi pratiqué, nous apprenons que cet homme éprouve des sensations désagréables et sont « comme des picotements, comme si des insectes marchaient sur sa peau ». Il se plaint que la circulation va s’arrêter, qu’il va tomber...

b) Au point de vue somatique on note ce qui suit : visage congestionné, léger tremblement des lèvres et de la langue, parfois secousses musculaires au niveau des joues, du sillon naso-labial et des paupières : tremblement des mains, pupilles dilatées, paresseuses à la lumière, paroles bredouillées, démarche vacillante avec incoordination extrême dans les mouvements intentionnels, signe de Romberg, mais sans abolition de réflexes rotuliens, sensibilité obtuse dans ses divers modes, mais conservée.

3 avril soir. — Excitation légère (ne veut pas rentrer au lit), tremblement généralisé et plus intense que le matin. Le malade redoute que ses jambes se dérobent sous lui, qu’il voit comme un halo autour des objets. Il prend dit-il du chloral parce qu’il a des ennuis avec sa femme qui est très autoritaire. [1 croit qu’elle a pris un amant, un lieutenant de Versailles. Il n’a plus d’appétit sexuel et ne se soucie pas d’en avoir à nouveau. La situation est mauvaise, il la compromise, il doit mourir.

Par l’occlusion des paupières avec pression des globes occulaires on n’évoque pas d’images hallucinatoires, il voit seulement des cercles lumineux.

Dans ses rêves il voit des choses luxueuses, des fleurs, il se sent très léger, il croit pouvoir voler, puis il voit des enterrements, des désastres, des scènes de carnage, dans lesquelles les personnages sont peu nombreux et de grandeur inusité.

4 avril. — L’agitation augmente pendant la nuit, il voit des gens qui veulent le tuer, les infirmiers sont chargés de le mettre à mort, ils sont armés de couteaux qu’ils dissimulent.

Le malade est inquiet, il regarde de tous côtés, menace

de jeter une cruche à la tête d’un infirmier: il entend sa

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femme, lui causer, lui demander pardon, dit que les fautes les plus grandes peuvent être expiées.

Il demande du chloral, réclame de la morphine pour atténuer les souffrances de la mise à mort. Pouls 100.

5 avril. — L’agitation déjà très marquée la veille s’est encore accrue considérablement pendant la nuit. Le délirium tremens bat son plein. Le malade en proie à des visions terrifiantes a brisé le mobilier de sa chambre et brisé quatre carreaux. Le matin au moment de la visite nous le trouvons dans un état d’agitation extrême, le visage, les membres inférieurs et supérieurs, présentent un tremblement intense avec des secousses vives et des soubressauts des tendons et des muscles. En même temps une sueur abondante perle au visage. Il appelle « au secours ! à l’assassin ! » et prie les infirmiers de ne pas exécuter la sentence qui est prononcée contre lui.

L’anxiété est extrême, les battements du cœur sont précipités, le pouls est à 130°, il y a certainement une hypertension marquée, mais il est impossible de prendre la température du malade à cause de ses réactions violentes.

En présence de cet état on administre d'emblée une potion contenant 6 gr. de chloral. Quelques heures après, l’accès de délirium tremens diminue d'intensité, les battements du cœur sont moins tumultueux, le pouls est à 100 par minute. Le malade entend la voix du médecin qui l’hypnotise et l’oblige à répondre sur différents points de sa vie. Les réactions violentes disparaissent le soir même. La nuit est assez tranquille.

6 avril. — Malade assez calme. Il converse avec sa femme qu’il croit entendre, il implore son pardon à genoux, et promet de racheter ses fautes par une conduite exemplaire.

Pouls 100. Température axillaire 37°7.

Pas de chloral.

7 avril. — Le malade n’a pas dormi et a eu à nouveau des cauchemars avec agitation réactionnelle assez intense. Le matin nous le trouvons dans un état très marqué d’agitation anxieuse, le pouls est à 120. Il demande un poignard

pour se le plonger dans le cœur. Il entend Ja voix de sa femme, dit qu’on le fait entrer dans une maison de prostitution, prétend qu’elle est la maîtresse du médecin. À un moment donné son anxiété redouble parce qu’il vient d’apprendre qu’il est condamné à mourir sur l’échafaud.… En même temps tremblement généralisé et très intense, sudation abondante surtout à la face.

En présence de cette hyperexcitation motrice et psychosensorielle qui coïncide avec la cessation de toute dose de chloral, nous décidons de traiter le malade par la déchloralisation progressive, renonçant à la méthode par suppression brusque.

La dose de chloral administrée quotidiennement a été de 4 gr. pendant les quatre premiers jours, et de 2 gr. durant les huit jours suivants, après quoi, suppression totale du médicament. Cette méthode de « suppression rapide » a donné ici les meilleurs résultats, puisque nous avons pu éviter l’apparition d’un nouvel accès de délirium tremens (a potu suspenso) et guéri la chloromanie sans incident grave.

Au deuxième jour du traitement (chlorai 4 gr.) il y eut quelques tendances syncopales qui furent utilement combattues par le repos au lit et par des injections hypodermiques de caféine et de sulfate de spartéine. A partir de ce moment, ce dernier médicament fut seul prescrit chaque jour en injection hypodermique à doses croissantes (5 centgr. à 15 centgr.) au fur et à mesure qu’on avançait vers la déchloralisation totale. Pendant ce traitement température 37°2, pouls 100.

Cette suppression progressive fut seulement accompagnée de rêvâsseries hallucinatoires, avec conscience de la nature pathologique de ces troubles, mais sans réaction motrice appréciable.

Le 20 avril, suppression définitive du chloral. Cette suppression fut admirablement supportée, puisque le malade refusa de garder le lit ce jour-là et présenta les meilleures dispositions morales sans poussées hallucinatoires. Par me-

sure de prudence nous continuâmes pendant la convalescence les injections de sulfate de spartéine à doses faibles (14 centgr.) avec administration deux fois par jour de café noir concentré; en même temps suralimentation, exercice physique modéré, hydrothérapie froide de courte durée et chaque soit prise d’un cachet de 75 centgr. de véronal. Au bout d’un mois de ce régime, Paul H.… sortait du service par guérison, avec un état général des plus satisfaisants.

Chez ce malade, l’intoxication chloralique est survenue sur un terrain favorable à l’éclosion des troubles mentaux. Les troubles psychosensoriels ont rappelé à s’y méprendre ceux de l’alcoolisme : accès delirium tremens (a potu suspenso), coma de l'ivresse, délire hallucinatoire avec idée de persécution et de jalousie survenant à titre épisodique. Le sujet a présenté aussi « un syndrome paralytique fugace ». Ces divers symptômes feraient songer à un délire alcoolique : il s’agit bien d’un délire chloralique,

non pas d’un délire alcoolique.

2° Kalmidor.

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