‹ Contribution à l'étude des limites de certains délires alcooliquesChapitre 28 sur 51 · OBSERVATION IV · texte numérisé non relu

OBSERVATION IV

(E. TouLousE, R. Dupoux et J. PicaRp) (Résumée).

T. Aurélie, âgée de 44 ans entre pour la seconde fois à l'hôpital Henri Rousselle, le 10 janvier 1928 pour un état psychopathique aigu d’origine toxicomaniaque. La première fois elle était venue pour intoxication par le véronal. Dixsept ans auparavant elle avait été morphinomane durant deux ans. En février 1927 elle a renoncé à prendre du véronal à la suite d’une discussion familiale. C'était une femme active de caractère assez égal sobre quoique cuisinière, mais manifestant une certaine intolérance à la contra-

diction. Antécédents personnels : Réglée à 24 ans. Opérée en 1920 pour rétroversion utérine. A un fils de 6 ans 1/2 bien portant.

En 1927, elle a absorbé cinq flacons de véronal en cinq jours et ne s’est pas alimentée durant ce temps. On a constaté un sommeil profond avec myosis, ralentissement cardiaque et respiratoire sans apnée, pouls petit et arythmique. À son réveil trois jours après elle se montre boudeuse et persiste dans ses restrictions alimentaires. Les réflexes rotuliens et achilléens sont faibles, les pupillaires normaux.

Un mois après, elle rentrait chez elle, négligeait son ménage, sa tenue, se plaignait d’insomnie pour pouvoir se droguer, reprochait aux siens de ne pas rapporter assez d’argent à la maison. Elle ne manifestait aucune habitude alcoolique. Pourtant chaque jour elle prenait un flacon de 250 gr. de kalmidor dont la composition est la suivante :

Chloralee ee eee AN RCE bed

Bromure de pDOotasSSITEe eee E É Rn Extrait denusquiAMme Re 0 gr. 25 Extrait de chanvre indien ....:..... 0 gr. 60 Sirop d’écorce d'orange amère .... 250 gr.

Chaque fois elle allait chercher un flacon chez le pharmacien et à minuit, il était vide. Comme les siens essayèrent de l’en empêcher, elle buvait du pétrole et de l’essence. Elle présente alors des tremblements généralisés et des sensations de froid avec claquement de dents. Puis, brusquement, survient un état aigu caractérisé par des hallucinations visuelles à prédominance nocturne. Elle voyait le soir des plantes vertes ou des fleurs jaunes, rouges et bleues qu’elle faisait mine de cueillir, ies présentant tenues entre ses doigts et disant à son mari: « Tiens regarde comme elles sont belles ». Elle vit son mari et son enfant déguisés dans des costumes bariolés. Elle vit également des chinois et des vieillards dans sa cuisine, elle rêva qu’elle avait 12 enfants jumeaux.

A son entrée à l’examen, elle s’est montrée désorientée,

Dir

dysmnésique, anxieuse, présentant par intervalles un état de delirium tremens avec soubresauts musculaires. On constate un état d’épuisement marqué, les traits tirés, la face couverte de sueurs. Elle tient des propos incohérents, elle voit des fleurs, des perles, des tapis orientaux, elle cueille des roses, elle considère son onirisme lorsqu'on le lui demande comme très agréable et ne tarit pas d’admiration., Parfois elle assiste à un défilé rapide, de personnages lilliputiens de nuances brillantes, elle voit et sent des chiens et des animaux divers qui lui rongent les pieds.

L'examen montre une exagération de réflexes tendineux et patellaires et outre un peu de tachycardie sans dyspnée, une légère hypotension artérielle, des pupilles légèrement mydriatiques. L’état général s’aggrave, un état confusionnel apparaît avec égarement, réponse à côté, insomnie, loquacité, mal cohérent, gesticulation dans le vide, avec un état d’anxiété, avec pleurnicherie, cris, appels au secours, craintivité et d’idée de persécution et d’empoisonnement frustes et mal coordonnés.

Les examens rendent à cette période une légère insuffisance hépatique avec subictère, avec présence d’urobiline, de bilirubine et de corps acétoniques dans les urines. Les réactions du sang et du liquide céphalo-rachidien sont négatives.

De même que dans l’observation précédente, nous sommes en présence ici d'un delirium tremens vraisemblablement d’origine chloralique assimilable à ceux déjà décrits et caractérisés par une trémulation intense avec onirisme continu. Cet état de confusion mentale s’accompagnait de polynévrite avec abolition des reflexes patellaires et légère amyotrophie des membres inférieurs. Quoique ressemblant à un délire et à une polynévrite alcoolique, ce delirium

n’est pas d'origine éthylique.

Re M D. Rayons X.

Ce sont des cas rares et peu d'observations ont été publiées sur les confusions mentales oniriques dues aux

rayons X.

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