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que nous sommes loin du jour où lon croyait que « le li-
pome est le dernier degré d'une échelle dont le cancer
est le sommet ». Avec Aievoli, nous voyons plutôt dans le
lipome unc distrophie, et l'influence de l’arthritisme n’au-
rait, de ce fait, qu'une importance très relative. Que dire de la syphilis, si souvent mise en jeu ? Il est certain qu’elle a une importance plus grande. Nous en dirons de même de l'alcoolisme ; encore qu'il soit bien difficile, Burr le fait remarquer avec raison, spécialement lorsqu'il s’agit des femmes, d'amener la révélation d’un abus qui mérite le blâme. Nous considérons comme bien plus important, le rôle de la fuberculose, car nous avons encore présent à l'esprit les récents travaux de Poncet et Leriche, de Cotte et Alamartine, sur la tuberculose inflammatoire. Le plus saisissant est encore le rapport de MM. Poncet et Leriche, dans le « Progrès Médical » (2avril 1907).A cette occasion, A.-F. Plicque note que sur 10 lipomes vus en 3 ans, 4 sont survenus chez des tuberculeux. Le docteur Roussel, médecin-major au Valde-Grâce, en 1907, justifie cette façon de voir ; il a rencontré fréquemment, chez des tuberculeux, des lipomes du tissu
cellulaire, quelquefois des lipomes intramusculaires et os-
seux. Nous partageons pleinement cette manière de voir, et il semble que notre première observation personnelle arrive, elle aussi, à l'appui de cette thèse; c'est pour cette raison que nous y avons tant insisté, sur les antécédents héréditaires et personnels.
On nous dira que dans toutes les causes énumérées précédemment, on n'en voit aucune pouvant expliquer la disposition toute spéciale de la région du front à devenir le siège de lipomes. |
Avant de nous occuper de celles-là, nous croyons utile de rappeler la structure du périoste. On y trouve:
1° Une couche superficielle, comprenant des fibres connectives et élastiques, des vaisseaux et des nerfs. On rencontre dans cette couche des cellules adipeuses ;.
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20 Une couche profonde, constituée de deux plans distincts ; M
a) l'un profond, la couche ostéogène, qui ne présente pour nous aucun intérêt ;
b) l’autre superficiel, formé par un réseau de fibres élastiques enveloppant dans ses mailles du tissu conjonctif, qui peul parfois s’infiltrer de graisse (Poirier, Traité d'anatomie humaine).
Ceci posé, disons que nous avons été très frappé en lisant les conclusions du travail fort intéressant du Docteur Gerber, sur les complications des sinusites frontales (Kônigsberg, 1912). Celles-ci, en effet, d’après l’auteur, sont des affections plus fréquentes dans l’âge mûr, du côté gauche, gt dans le sexe masculin. Si l’on veut bien rapprocher nos conclusions sur la production des lipomes du front, on verra que nous sommes arrivé à des conclusions exactement identiques. Coïncidence, peut-être? En tout cas, l'anatomie montre que le sinus frontal est plus vaste dans l’âge mûr, dans le sexe masculin, et du côté gauche. Il y aurait donc un rapport entre l'apparition des lipomes du front et l’état des sinus frontaux ?
D'autre part, Gerber a trouvé que lés sinusites frontales s'accompagnent, dans une proportion de 5 pour cent (24 sur 493 observées), de lésions des parties osseuses. Et à côté de graves complications, telles qu’ostéomyélite ou pneumatocèle, il note fréquemment de l’ostéite et surtout de la périostite. es
De là à déduire que sous l'influence d’inflammations inaperçues des sinus frontaux, il se produit de la périostite, il n'y a qu’un pas. Le plan superficiel que nous notions, il n'y à qu’un instant, dans la couche profonde du périoste, est tout porté à s’infiltrer de graisse en un point déterminé, sollicité par une cause locale quelconque. Cette façon d’expliquer la pathogénie des lipomes du front cadre à merveille avec les savantes recherches du docteur Aievoli, qui voit un rapport entre le siège des lipomes et la distribution
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des tissus adipo-lymphatique et élastique. Or, nous avons fait remarquer que cette couche du périoste était composée de tissu élastique.
On s’expliquerait ainsi, par ce qui précède, la fréquence. de la .variété périostique et ostéopériostique des lipomes du front. On verrait aussi, dans la fréquente et facile inflammation des sinus frontaux, la cause de la fréquence même des lipomes du front, par rapport aux autres lipomes péricraniens. Cette théorie de la pathogénie des lipomes du front expliquerait les lipomes périostiques et ostéopériostiques, tant congénitaux qu’'acquis. Elle seraitmoins affirmative pour les lipomes superficiels. Toutefois, on pourrait comprendre la production de ces derniers en faisant entrer en ligne de compte, comme Parrot-Lagarenne le pensait pour les lipomes de la joue, l'influence de lirritation du voisinage.
Ceci posé, il faut, comme Wirchow, faire intervenir pour production du lipome une irritation locale quelconque. Pour la question des lipomes du front, comme pour celle des autres lipomes d’ailleurs, nous pensons que l'influence du traumalisme n'est pas niable.
Le front, par sa situation même, et sans la protection de la coiffure est, plus que toute autre partie du crâne, exposé aux chocs. Nous savons, il est vrai, combien les malades atteints de tumeurs sont enclins à leur rechercher, comme cause première, un traumatisme. Pourtant, cette influence existe réellement: ce sont des traumatismes violents et rapides, dont les observations ne nous manquent pas, ou au contraire des «chocs lents, répétés et continus », puisqu'on voit un malade incriminer le frottement de son chapeau.
Il n’est pas jusqu'aux traumatismes intra-ulérins qu'on ne puisse incriminer, et nous allons jusqu’à penser que l'engagement de la tête fœtale, les bosses séro-sanguines dans les présentations du front, qui existent, quoique rares, peuvent devenir ces causes de traumatisme local.
Ces théories, d’ailleurs, peuvent convenir aussi aux lipomes congénitaux : ce n'est pas dire pourtant que nous faisons
Toit: ct
fi des autres théories émises à leur sujet. Pour être complet, il faudrait citer la thèse de M. Lannelongue, pour qui le lipome résulterait de la transformation d’un angiome, dont il serait, par là même, un mode de guérison. Certains cas (Obs. XX entre autres), pourraient donner raison à celte théorie. On a pensé aussi que les lipomes étaient dus à la transformation adipeuse de tumeurs complexes, de tératomes, voire même de kystes dermoïdes, ou bien encore qu'ils provenaient de la dégénérescence graisseuse. de méningocèles déshabitées. Toutes ces théories s’appuyent sur des faits, en sorte que nous pouvons les admettre pour quelques exceptions ; c’est dire qu'il n'y a donc pas de pathogénie unique pouvant s'appliquer à tous les cas.
Pour nous, et pour nous résumer, nous pensons qu'un traumatisme ou une irritation quelconque sur un os frontal préparé par une sinusite, la tuberculose ou la syphilis, à réagir par un lipome, devient, dans la majorité des cas, la cause déterminante des tumeurs qui nous occupent.
Avant de terminer ce chapitre, signalons enfin les récents travaux entrepris sur les rapports de la production des lipomes avec l’état des sécrétions endocrines. Nous ne pensons pas pourtant que « le rôle adipogène des capsules surrénales » de Apert, pas plus que « le syndrome hypophysaire adipo-génital » de Launois, aient une influence prépondérante sur l'apparition des lipomes du front. Nous ne croyons pas plus qu'on puisse expliquer leur production probable par la recherche du «Lobengulisme » de Hutchinson !