‹ Contribution a l'etude Des Luxations Compliquées de Fractures des Vertèbres Cervicales: Un Cas Heureux de RéductionChapitre 5 sur 11 · LUE PX FOUR · texte numérisé non relu

LUE PX FOUR

thermie et les pupilles sont légèrement rétrécies : étant donné

l’état du malade, nous ne poussons pas plus loin notre examen ; nous nous contentons de l’immobiliser dans la position où nous l'avons trouvé.

Dans la soirée, le blessé revient à lui, réclame les siens. L'intelligence est nette. Nous constatons une hémiplégie gauche plus accentuée au membre supérieur qu'au membre inférieur, et une hémianesthésie droite plus marquée aussi au membre supérieur. Du côté gauche, la sensibilité est retardée très nettement, tandis qu'elle est exagérée dans la région cervicale, au point que le malade pousse des cris incessants. Le côté droit présente une légère parésie ; pas de mouvements spasmodiques d'aucun côté ni d’exagération marquée des réflexes. |

Le blessé n'a pas uriné ; nous retirons un quart de litre

d'urine avec la sonde; pas d'érection, la respiration reste

ce qu’elle était au moment de l’admission ; le pouls est toujours ralenti, la peau est froide. Nous essayons de faire absorber quelques liquides ; la déglutition est difficile.

Nous essayons de sentir, à la face postérieure du pharynx, une tumeur osseuse correspondant à l'encoche de la région cervicale postérieure ; nous ne parvenons pas à avoir cette sensation. La tête esttoujours dans la même position, fléchie ; les mouvements volontaires sont difficiles et douloureux, ceux de déflexion surtout. | |

Dans là soirée, le malade vomit à plusieurs reprises, mais depuis le moment de son entrée n’a pas eu de selles. Dans la nuit, il urine seul; mais c'est l’unique modification que nous ayons à signaler, le lendemain matin, lorsque nous le présentons à notre chef de service.

Nous avons évidemment affaire à une luxation de vertèbres

cervicales avec compression médullaire consécutive. Reste à

préciser exactement le point de la lésion, son étendue, ses

complications. M. Roux de Brignoles, pense que toute la co-

lonne cervicale, jusqu’à lacinquième vertèbre inclusivement, est luxée sur la sixième. En effet, on peut distinguer nettement l'apophyse épineuse de la sixième et de la septième, tandis qu'au dessus on sent une encoche très profonde, si profonde que l'on estétonné de ne pas trouver de plus graves symptômes médullaires.

Nous émettons l'hypothèse d'une fracture du corps vertébral de la sixième vertèbre au niveau de ses apophyses articulaires ou de ses lames, ce qui expliquerait un minimum de compression de la moelle à ce niveau, surtout en supposant que le corps vertébral de la sixième vertèbre se soit légèrement luxé sur la septième.

La tête du malade n'étant déviée ni à droite, ni à gauche, les apophyses épineuses ne décrivant pas de ligne sinueuse en arrière, on doit rejeter l'hypothèse d'une luxation unilatérale, bien que la presque unilatéralité de Ia lésion médullaire nous y fasse penser tout d’abord.

Sur les conseils de notre chef de service, nous construisons, avec de la tarlatane et du plâtre, une minerve se moulant bien sur toute la région du cou et l'immobilisant d'une façon complète.

Le malade garde ainsi le repos absolu pendant cinq jours, durant lesquels l'état général reste stationnaire et même s'aggrave, car des phénomènes de paralysie intestinale viennent compliquer la situation ; le ventre est tendu et ballonné, tympanique, et la constipation résiste à tous les laxatifs et lavements prescrits. H y a de nouveaux vomissements porracés et du côté de l'appareil respiratoire gêne encore plus prononcée.Le malade a la bouche pleine de mucosités qu'il ne peut rejeter, car le moindre effort détermine dans la région de l'occiput des douleurs très violentes. L'alimentation est faible, languissante; le tableau s’assombrit.

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C'est alors que prévoyant un danger imminent, si l’on n’intervient pas, notre chef de service décide de tenter la réduction de cette luxation.

Nous couchons notre malade sur un matelas légèrement incliné et reposant sur une planche.

Nous faisons construire une sorte de gilet en toile qui embrasse bien complètement les épaules du blessé et qui nous permettra de faire la contre-extension continue avec un poids de plusieurs kilogs. L'extension continue sera réalisée au moyen de lens Clastiques tendus par une puissance que l’on graduera avec des poids et transmise par une poulie de réflexion. Les liens élastiques sont attachés au sommet d’un véritable casque construit en tarlatane et en plâtre et se moulant exactement à la base de-la tête et sous le menton.

L'appareil est installé et le blessé qui, d’ailleurs se prête assez peu à toutes ces manœuvres, est soumis à une première

tentative de réduction. L'extension est pratiquée dans le sens

de l'axe de la colonne cervicale, au moyen d’une force de dix kilogs, la contre-extension réalisée avec -un poids de trois kil. seulement. L'épreuve dure deux heures ; le malade est surveillé pendant tout ce temps ; aucun accident ne se produit, aucun craquement n'est perçu. La réduction n’est pas obtenue et les souffrances du patient nous obligent à cesser les manœuvres. Aucune amélioration n'est à signaler. La tentative est refaite le lendemain. L'épreuve ne dure pas plus d’une heure, cette fois ; pas d'accidents pendant la séance ; le malade souffre beaucoup et réclame à grands cris qu'on le dégage. À la fin de cette manœuvre, il semble que l'encoche soit moins prononece.

Pourtant, personne, ni le malade lui-même, ne se souvient d'avoir entendu un craquement, signe évident de la réduction. Le patient est surveillé toute la journée, et, dès le soir,

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annonce qu'il bouge sa jambe gauche, ainsi que les doigts de la main du même côté. Les phénomènes réspiratoires et circulaloires paraissent moins inquiétants ; la sensibilité ne parait pas sensiblement modifiée. |

Le lendemain, même état. Une troisième tentative est.faite, l'épreuve dure une demi-heure seulement et l'extension pratiquée avec une force progressivement croissante jusqu à environ quinze kilogrammes. Le patient dit souffrir énormément ; il erie et réclame la mort. Comme dans les séances précédentes, aucun bruit, aocun craquement n’est perçu. Après une demi-heure de fraction, on termine la tentative de réduction et l’on constate de nouveau que l’encoche a beaucoup diminué cette fois, un aide même la croit disparue. Elle existe pourtant encore assez manifeste mais bien atténuée.

Nous débarrassons le malade des liens tracteurs et nous placons à la base du casque un collier en tarlatane plâtrée, remplaçant la minerve que nous avions dû défaire après la seconde épreuve, à cause du jeu qu'avaient procuré toutes les manœuvres précédentes. DR

Si nous avons obtenu une légère réduction, nous pourrons maintenir les choses en l’état, car le nouveau collier se moule très exactement autour du cou et constitue avec le casque une nouvelle minerve plus rigide et plus sûre que la précédente.

Le malade est surveillé très scrupuleusement après cette troisième tentative de réduction. Tout nous laisse présumer qu'une amélioration sensible se produira. En effet, le soir, à la contre-visite, les mouvements reparaissent dans le bras gauche, qui est bien encore parésié, mais que le malade peut du moins relever. La jambe gauche a retrouvé le mouvement presque complet; la sensibilité reparait lentement, assez obtuse du côté droit, mais se rétablit très nettement. Du côté gauche,

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encore un peu de retard ; les douleurs de la nuque restent les mêmes. La tête est complètement redressée, mais les mouvements de latéralité impossibles. Le rétrécissement pupillaire à disparu. La respiration. est meilleure, moins fréquente, plus ample ; le pouls parait normal. Le tympanisme et le ballonnement du ventre diminuent, la constipation paraît cesser, et depuis le malade s'améliore tous les jours, grâce à l’appétit qui revient ; 1l engraisse, |

En présence de ce résultat, et surtout de la résistance qu'oppose le principal intéressé, les tentatives de réduction ne sont pas Continuées. Ve:

Le 3 novembre, le malade est autorisé à se lever ; il marche difficilement avec une canne et S'aide de Ja main et du bras gauches. Le 10 novembre, il est autorisé à descendre dans la cour de l’hôpital ; la démarche est hésitante, la-tête est tou-

jours droite, redressée, mais ne peut exécuter des mouvements de latéralité. [Il s’est probablement développé une ostéoar-

thrite au niveau de l’atlas et de l’axis, comme conséquence éloignée du traumatisme. Le malade, interrogé sur ses antécédents personnels, n'a accusé ni rhumatisme, ni syphilis, ni aucune diathèse pouvant expliquer cette terminaison.

Le 4+ décembre 1894, Vincent B... demande son exéat: il marche très facilement sans canne et, n’était la raideur de sa démarche, due surtout à limmobilité de la tête, on serait loin de se douter de l'état dans lequel 11 était deux mois auparavant.

Nous avons eu l’occasion de suivre cet intéressant malade, et, récemment encore, c'est-à-dire deux mois après sa sortie d'hôpital, nous l'avons examiné très attentivement.

L'état général est excellent, la sensibilité et le mouvement sont complètement rétablis : les masses musculaires n’ont subi aucune atrophie , l'attitude de la tête seule est restée ce qu'elle

était lors de la sortie; mais, pourtant, les mouvements de latéralité semblent se dessiner un peu.

Vincent B..., qui est père de famille, a dû reprendre du travail ; ses patrons lui ont confié un poste de surveillant sur les quais.

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