DISCUSSION
Le malade dont nous venons de retracer l'histoire clinique est intéressant à plusieurs titres. Le diagnostic de ses lésions a présenté quelques difficultés ; celui des complications a demandé un soin minutieux. Un examen approfondi, seul, pouvait donner la notion exacte et complète des symptômes. Le traitement a eu ses indications nettes et bien établies. Il est nécessaire de reprendre et de discuter chacun des points de ce travail, afin d’en retirer tout le profit désirable.
Diagnostic de la: lésion. — En présence des symptômes rapportés dans notre observation au chapitre IT: attitude de la tête, troubles médullaires graves s’accompagnant d'une douleur localisée dans la région cervicale postérieure, d’une déformation évidente de cette région, et d’une crépitation facilement perçue d’un côté au moins, le diagnostic, aidé surtout des commémoratifs, ne pouvait laisser de doutes. Nous étions bien en présence d’une luxation des vertèbres cervicales compliquée de fractures à ce niveau. Mais la chose délicate était de poser un diagnostic exact et précis de l'étendue du désordre, notion sans laquelle il eût été difficile et imprudent de songer à l'intervention.
Par la palpation, on se rendait parfaitement compte que la septième vertèbre cervicale n'avait pas été atteinte, car l’apophyse épineuse était à sa place et immobile. On sentait aussi au-dessus, l’apophyse épineuse de la sixième ; mais sur les
ERREURS côtés, à gauche surtout, en essayant de mobiliser cette apophyse épineuse, on percevait une crépitation nette.
Au-dessus de l’épine de la sixième vertèbre cervicale on rencontrait subitement une encoche très profonde de plus de deux centimètres, et, au-dessus, toute la colonne cervicale qui avait suivi tout d'une pièce:
Du côté du pharynx, nous avions exploré en vain et nous n'avions pu trouver de tumeur osseuse correspondante. Houël (1) a d’ailleurs fait remarquer que cette lumeur osseuse n’est appréciable à ce niveau que lorsqu'il s’agit de luxations intéressant les quatre premières vertébres cervicales seulement. Nous avions done affaire à un déplacement de la cinquième vertèbre sur la sixième et la septième. Toute la portion supérieure de la colonne cervicale jusqu'à la cinquième inelusivement, paraissait luxée en avant sur la portion inférieure composée de la sixième et de la septième.
Les luxations des cinq dernières vertèbres cervicales, sont d’ailleurs les plus fréquentes parmi les luxations du rachis (2), et l’on sait que d’après Richet (3) les luxations de la sixième vertèbre cervicale sur la septième seraient les plus fréquentes avec celles de la cinquième sur la sixième.
Un second point élait à éclaircir. Avions-nous une luxation bilatérale on simplement unilatérale ?
L’attitade de la tête, qui était fléchie directement en avant et la superposition rectiligne des apophyses épineuses constituaient des signes évidents de luxation bilatérale. Nous verrons dans un instant que les symptômes médullaires étaient
(4) Houël. Des luxations traumatiques des cinq dernières vertèbres cervicales, thèse de doctorat. Paris, 1848.
(2) Kirmisson. Traité de chirurgie, tome HT.
(3) Richet, Des luxations traumatiques du rachis, thèse de concours de clin, chirurg. de Paris, 1851.