OBSERVATION VIII
(PareL, Lyon chirurgical, avril 1909.)
M. Th., agé de 58 ans, veut monter dans un tramway en marche, le 15 février 1908; il manque le marchepied et demeure suspendu par la main droite à la barre d'appui. Des personnes placées sur la plateforme lui saisirent l’avant-bras pour l'aider à monter. L’avant-bras fut ainsi violemment tiré et porté en extension forcée. À ce moment, le blessé ressentit une violente douleur dans le coude et lâcha la barre du tramway pour tomber. Je le vis au moment de l'accident : une saillie très prononcée se montrait au pli du coude en avant, et, en arrière, on ne percevait plus l'olécrâne ; seul l'épicondyle paraissait en place et l’épitrochlée ne pouvait être sentie: l’avant-bras se mit aussitôt en flexion forcée. Il n'y avait aucun trouble nerveux.
Le blessé s'était déjà auparavant luxé le coude gauche; soigné par un empirique, il conserva une ankylose totale en extension, que l’on dut modifier pour avoir une ankylose utile en demiflexion.
La radiographie du coude droit, faite par M. Barjon, montra les lésions suivantes : ;
1° Une luxation du coude en avant; le bec de l’olécrâne paraissait accroché sur le rebord inférieur de l’humérus; le radius avait suivi le cubitus et ne présentait aucun déplacement par rapport à lui.
2 Une fracture de l'épitrochlée, que les muscles épitrochléens avaient fortement attirée en dedans. Sur la radiographie de face, on voit même un déjètement considérable en avant des deux os de l’avant-bras.
La réduction fut faite sous anesthésie quelques heures après l'accident. La flexion de l'avant-bras sur le bras fut accentuée encore davantage et tout l'avant-bras fut refoulé en arrière ; un craquement se produisit rapidement, indiquant que les surfaces articulaires avaient repris leur situation normale.
PO pe
L'immobilisation fut prolongée quinze jours à peine. Un mois après l'accident, le malade fut présenté à la Société des sciences médicales de Lyon (25 mars 1908. Lyon Médical, 1908, t. IT, p. 45). Tous les mouvements étaient presque entièrement revenus. Aujourd'hui, le résultat fonctionnel est excellent; l'extension et la flexion sont parfaits ; il n'y a aucun trouble nerveux.
Au point de vue anatomique, cette luxation appartient à la variété dite incomplète, c'est-à-dire que l'olécrâne demeure en contact avec le point le plus inférieur de la trochlée. Dans la luxation complète, au contraire, le triceps semble désinséré et la face postérieure de l'olécrâne se met en contact avec la face antérieure de l’humérus.
Le blessé ayant eu la possibilité de limiter le traumatisme en lâchant la barre d'appui du tramway au moment où il ressentait une violente douleur dans le coude droit, a ainsi limité sa lésion, et c'est grâce à cela que nous n'avons pas constaté une luxation complète.
Sur la radiographie de face (fig. n° 2), on voit très nettement l'arrachement de l’épitrochlée qui a suivi les deux os de l’avantbras et aussi, fait important à noter, car il va nous servir ultérieurement pour interpréter le mécanisme de la lésion, la déviation considérable du eubitus et du radius du côté interne.