HISTORIQUE DE LA QUESTION
La luxation du coude en avant, avec ou sans fracture, a subi, avec les différents auteurs qui s'en sont occupés, des fortunes bien diverses. Elle fut admise par tous les chirurgiens de l'antiquité ; Hippocrate avait même, à son égard, un jugement pronostique des plus sévères, car il la considérait comme « des plus douloureuses et mortelle en quelques jours ». Après lui, Celse, Galien, les Arabes, Ambroise Paré, l’admettent sans contestation. J.-L. Petit est le premier chirurgien ne partageant pas les convictions de ses prédécesseurs : « Je n'ai jamais vu, dit-il, la luxation en devant et je la crois très difficile ou même impossible, à moins qu'en même temps il n'y ait fracture de l’olécrâne ». Après Petit, les auteurs qui se succèdent, Boyer, sir A. Cooper, Vidal de Cassis, se rangent à son opinion. Boyer, dans son traité des maladies chirurgicales (E. IV, p. 227), s'exprime ainsi : « Nous n'avons Jamais vu la luxation de l'avant-bras sur le bras en avant, accompagnée et compliquée de la fracture dé lolécrâne, et nous doutons que ce cas, que l’on conçoit comme possible, ait jamais été observé. » Sanson (art:
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luxation, Dict. en XV, et pathologie de Roche et Sanson: &. IV, p. 662) dit : « La luxation des os de l’avant-bras sur le bras en avant, c’est-à-dire compliquée de la fracture préalable de l’olécräne, à plutôt été admise théoriquement que d'après l'expérience, il est donc difficile de dire à quelle cause elle doit être attribuée, et quels sont ses signes. » Bérard jeune {art. coude, Dict. XV, p. 231) émet également l'opinion que la luxation en avant, compliquée de fracture de l’olécrâne, à été admise « théoriquement » par les chirurgiens.
Tel était l'état de la question lorsque Richet, alors interne provisoire dans le service de Ph. Boyer, publia une observation de luxation du eoude en avant, laquelle, nous le verrons ultérieurement, est plutôt une relation de fracture du cubitus (Arch. de Médecine, année 1839, €. IV). Hamilton, dans son Zraité des lurations (p. 339), après avoir mentionné les diverses opinions, rapporte le cas de Morin, de James Prior, de Velpeau, de Date, et conclut à l'existence incontestable de cette luxation. "
Stimson, de son côté, rassemblait plusieurs observalions, au nombre desquelles se trouvent celles déjà notées par Hamilton. Mais, comme nous le verrons au cours de ce travail, de toutes ces observations, bien : peu peuvent résister à l'analyse.
Il ressort de cet exposé historique que les anciens auteurs n’admettaient la luxation du coude en avant qu'accompagnée de fracture de l'olécrâne, ils en faisaient, pour ainsi dire, un principe. Ne lisons-nous pas, en effet, ces lignes de Delpech, de Montpellier, rapportées par Nélaton (in Pathologie Chrurgicale,
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t. IT, page 386 » : « On ne connaît qu'un seul exemple de cette luxation sans fracture, et le désordre des parties molles était tel, que ce fait est plus propre à confirmer le principe (l'impossibilité de ces luxations sans fracture) qu'à le détruire. » « Actuellement, dit M. Patel, dans son arücle (Lyon Chirurgical, avril 1909, les traités classiques consacrent un chapitre spécial à cette variété de traumatisme) en ne mentionnant que les cas anciens. Il ne semble pas que la radiographie ait montré beaucoup de luxations du coude en avant; nous n’en avons pu trouver une reproduction.
Une enquête, faite auprès de nos maîtres dans les hôpitaux Iyonnais, ne nous à pas permis d'en découvrir chez l'adulte. Chez l'enfant, parmi les traumatismes du coude si fréquents et si complexes, le déplacement de l’avant-bras est un fait courant, on voit ce dernier transporté en masse, soit en dedans, soit en dehors, avec une fracture sus-condylienne, où une fracture du condyle externe ; dans les cas beaucoup plus rares de fracture du condyle interne, on observe presque toujours, sinon la luxation vraie en avant, du moins un déplacement dans le sens antéro-postérieur. » Nous en trouvons un exemple dans la thèse de M. Blanchot, Etude anatomique des fractures du condyle externe chez l'enfant (Lyon 1907), inspirée par M. Vignard, à la suite de l'observation I. M. Blanchot ajoute : Nous avons un deuxième type de fracture du condyle externe, caractérisé par ün déplacement en avant du fragment, plus net que dans l'observation précédente, et par la subluxation en dedans et en avant de l’avant-bras.
Nous avons parcouru le livre récemment paru de MM. Destot et Vignard sur les fractures du coude chez l'enfant, nous n'avons pu trouver sur les planches radiographiques y contenues de cas pouvant rentrer dans le cadre de notre sujet.
Nous avons également consulté l'ouvrage de MM. Hennequin et Lævy paru en 1908, sur les : « Luxations des grandes articulations et leur traitement pratique. » Deux cas de luxation du coude en avant y sont relatés; celui de Cauton, chirurgien de Charing-Cross-Hopital, observation déjà ancienne que nous retrouvons dans Hamilton (Traité des Luxations, page 341), et celui de Maisonneuve qui appartient à une variété encore plus rare, par rotation ou par renversement.
La seule observation de luxation vraie en avant, de date récente est celle que M. Fontoynont, médecin à Tananarive, a communiqué à la Société de Chirurgie de Paris (Bulletin et Mémoires de la Société de Chirurgie de Paris, séance du 19 février 1908).
IL est vraiment regrettable que la communication de M. Fontoynont soit accompagnée seulement de la photographie du petit blessé et non de la radiographie, le contraire eut été de beaucoup préférable. N'’était l'éloignement, nous aurions demande au praticien de Tananarive de vouloir bien mettre ses clichés radiographiques à notre disposition, car, comme nous l'avons dit plus haut, il ne semble pas qu'il existe beaucoup de radiographies de cette lésion.
Pour clore la liste des communications récentes sur les luxations du coude en avant, nous citerons les cas de M. Chaput, contenus dans le même bulletin de la
rh
EURE Société de Chirurgie de Paris, bien que, nous le verrons ultérieurement, il s'agisse plutôt à de relations de fractures.
Voilà donc ce que nous fournit la littérature médicale depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours. Il nous faut maintenant reprendre en détails tous les
cas mentionnésseulement au cours de notre historique,
afin d’en discuter la valeur.
Nous n'avons pas cru devoir rechercher dans leur texte original, afin de les reproduire x extenso, celles des observations se rapportant d'une façon trop évidente à des fractures, soit de l'extrémité inférieure de l’humérus, soit de l'extrémité supérieure du cubitus ou même des deux os de l’avant-bras. Ces cas devraient même logiquement être rayés du chapitre des luxations du coude en avant, car ce ne sont pas véritablement des luxations, et si nous les avons rapportés, c'est parce que nous les avons trouvés, cités au chapitre des luxations du coude en avant par les auteurs les plus autorisés : Malgaigne, Richet, Nélaton, Hamilton pour ne citer que les principaux.