OBSERVATION III
Vomissemenis chez une fillette de douze ans.
(Abelin prof. à Stockholm ; rapportée par Dufestel dans sa thèse. Paris 1888.)
Au commencement de Juin 1877, je reçus la visite d’une dame arrivant de province avec sa fille âgée de 12ans, Celle-ci souffrait, depuis plus de cinq mois, de vomissements, qui, malgré un traitement persistant, institué par un collègue, n'avaient ni cessé ni diminué. Tous les moyens employés n’abou-
LT ER TEE
tissaient à rien. D’après la mère, les choses se passaient ainsi: à la fin du repas, la dernière bouchée prise, la fille s’élançait de la table dans la chambre voisine pour vomir. En dehors de cela, la santé était excellente. L'enfant avait un léger emhonpoint et un visage très intelligent, vif et: joyeux. Aucun symptôme de catarrhe gastrique, ni d'aucune autre maladie, à laquelle on püût attribuer ces vomissements. Je fus frappé de l’état florissant de l’enfant dans de telles conditions. À ma question si elle vomissait tout indistinctement, la mère me ré-" pondit que les gàteaux, les pâtisseries, la confiture ne la faisaient jamais vomir, et, pour preuve, elle me raconta que la veille elle avait mangé une demi-livre de confiture. Elle préférait comme boisson l’eau de seltz fraiche, qu'elle ne vomissait jamais. Ces renseignements éveillèrent les soupçons les mieux fondés de simulation.
Mais ne voulant, ui ne pouvant dire mon opinion avant d’avoir vu le produit du vomissement, je demandai à la mère de me le garder. À ma visite suivante, l’enfant n'avait pris qu'un déjeuner au café, et, comme toujours, en avait vomi une partie. En examinant ces matières, jy trouvai une petite quantité de lait, de café non altéré, avec quelques gros morceaux de pain blanc, mal mâchés. L’odeur normale, l’absence de mucosités et de produits de la sécrétion gastrique me fit supposer que cela provenait simplement de la bouche. Pour connaitre la vérité, je demandai à la mère d'attendre l'heure de ma visite pour donner à déjeuner à sa fille. Je voulais voir comment elle vomissait. À mon arrivée, l’enfant se met à table et mange, de très bon appétit et tout en causant, quelques gâteaux quelle trempe dans du café. Elle mangea ainsi les trois quarts d’un petit pain ; au dernier quart, elle allait moins vite et je vis bien que, loin de l’avaler, elle le gardait dans sa bouche. Finalement elle but le café, qu’elle garda aussi dans sa bouche fort distendue. Au moment ou elle posait sa tasse, elle prit de l’autre main la cuvette mise à sa portée pour y vomir. J’intervins et lui ordonnai d’un ton impérieux d’avaler ce qu’elle avait dans la bouche. Elle me regarda d’un œil méchant et néanmoins je la forçai de m'obéir. Ceci fait, je lui dis « Maintenant vomis si tu le veux. » Ge à quoi elle me répondit d’un ton lamentable : « Je ne puis maintenant. » Elle se retourna et se
PT el
mit à pieurer. « Je dis à la mère, bien surprise, d’essayer de couvaincre sa fille de sa mauvaise conduite, mais les tentatives de la mère n’aboutirent à aucune amélioration. Au bout de quelques jours, l'état était toujours le même. La mère m'’annonça qu’elle ne voulait pas agir avec sévérité. Il me restait
-encore à trouver un moyen actif. À ma visite suivante, j'an-
nonçai que, vu l'inefficacité des remèdes employés jusqu'ici, il était néccessaire de soumettre l’enfant à.un remède pénible. Je prescrivis un large vésicatoire au creux de l'estomac, qu’on devait entretenir jusqu’à la fin des vomissements, et je supprimai les friandises. Cette prescription lui déplut au plus haut degré. La mère l’exécuta néanmoins. Le vésicatoire fut posé le soir même. Après le déjeuner, au grand étonnement de la mère il n’y eut pas de vomissements; il en fut de même après le diper. L'enfant assurait qu’elle se sentait beaucoup mieux. Deux jours après, la mère et la fille vinrent me voir, et me racontèrent toutes deux avec étonnement la -rapide amélioration. La mère s’en retourna rassurée dans sa ville. Je lui conseillai d’emporter un vésicatoire, et de l’appliquer à la première rechute. L'enfant me dit en riant que c'était inutile.
Hématémèse. — Quelquefois ce sont des vomissements sanguins que l'enfant simule. En voici un cas. L'observation en est un peu longue, mais, vu son intérêt, nous n'avons pas cru devoir la résumer.
OBSERVATION IV Hématémèse accompagnée de melænu.— fillette de quatorze ans.
(Dr Festal d'Arcachon ; Jowrnal de Médecine de Bordeaux. 4 mai
D... (Marie), quatorze ans est la dernière enfant d’une famille
de quatre.
Le père et la mère sont fort bien portants,quoique cette dernière soit nerveuse.
La fille ainée, àgée de vingt-trois ans, a été réglée à quinze ans et avait joui, jusque-là, d’une santé irréprochable. À partir
AD TE de
de cette époque, elle devient nerveuse, impressionnable et a, pour la cause la plus futile, des crises de nerfs, avec perte de connaissance, raideurs, spasmes. Bien qu’il ne m'’ait pas été donné de l’examiner pour m’assurer si elle a oui ou non des zones d’anesthésie, si elle est hypnotisable, etc, je pense qu'on peut, d’après les renseignements fournis par la mère, la considérer comme hystérique. : É
Le deuxième enfant est un garçon très bien portant.
La troisième est une fille de quinze ans, non réglée, sans nervosisme, molle, strumeuse, atteinte de coryza chronique.
La quatrième, celle qui fait l’objet de cette observation, est délicate, s’enrhume facilement, est d'ordinaire enchiffrenée, nasonne, a de très grosses :amygdales et d’épaisse lèvres de
strumeuse. Elle n’est pas encore réglée. A l’âge de 6 ans, elle a eu la rougeole et a conservé depuis un certain degré de surdité qu’entretient et exagère sans doute son amygdalite chronique.
En février 1889, un de mes confrères d'Arcachon qui la
soigne me raconte. qu’elle vomit chaque jour, depuis des mois, une abondante quantité de sang rouge, en caillots, que toutes les ressources thérapeutiques mises en œuvre pour arrêter ces vomissements sont restées impuissantes et que d’ailleurs la jeune fille ne s’affaiblit pas, bien que son appétit soit plutôt diminué qu’excessif. Il me prie de la voir avec lui, ne sachant vraiment pas à quoi attribuer la persistance de ces hématémèses.
Je me rends avec lui auprès d’elle, et j'apprends qu’au mois d'août 1888, sans cause, elle a commencé par rendre par l’anus du sang liquide et noirâtre. Le médecin consulté alors suppose, avec la mère, non sans quelque vraisemblance, que l'enfant en train de se former, a eu une déviation menstruelle par l’anus. Pendant quatre jours consécutifs, ce melœna persiste, puis s'arrête pendant quelques jours, pour reprendre ensuite. La malade ne gardait pas le lit, mais s’affaiblissait visiblement et marchait avec peine.
Le 10 septembre 1888, elle a eu une grande frayeur; on l'entoure, on se presse autour d'elle, on la cajole, la mère racome son Cas et la petite se voit, grâce à ses garde-robes noires, devenir l’objet d’un vif intérèt de la part de ceux qui la connaissent.