‹ Contribution à l'étude des maladies simulées chez les enfantsChapitre 14 sur 47 · AE · texte numérisé non relu

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Quatre jours après, le 14 septembre, elle rend par l’anus de gros caillots noirâtres ; mon confrère, mandé en toute hâte, s'informe et demande si elle-n’a pas vomi du sang ; sur la réponse négative des parents, il laisse voir son étonnement et annonce que, selon toutes probabilités, elle en vomira bientôt, Une demi-heure après ce pronostic se confirmait ; les hématémèses n’ont pas cessé depuis.

Un point à noter ici, c’est que le 14 septembre, l’enfant après avoir rendu cette demi-cuvette de sang, fant par le haut que par le bas, n’était nullement affaiblie et ne présentait aucun signe d’anémie. Malgré cela,on la laisse au lit une quinzaine de jours, pendant lesquels elle continue à vomir; mais, détail important, elle a un chat qui est très friand de sang de volailles et une petite amie qui lui rend tous les jours de fréquentes visites et qui, très innocemment lui apporte chaque fois pour le matou une assiettée de « sanguette » prise chez une marchande de volailles du voisinage.

Après deux semaines de lit, on lui permet de se lever et, comme les vomissements continuent, on la choye, elle cesse d’aller à l’école, on la dispense de tout travail dans la maison, on lui sert à table les mets qu’elle préfère. Puis, c’est une consultation de médecins provoquée en toute hâte au moment d’une violente hématémèse ; ils assistent aux vomissements et prescrivent un traitement hémostatique rigoureux qui reste sans résultat.

Les parents inquiets décident alors de conduire leur fille à Bordeaux, où un confrère persuadé qu'il se trouve en présence de phénomènes hystériques, essaie de l’hypnotiser pour lui suggérer de ne plus vomir. Toutes les tentatives d’hypnotisation restent infructueuses, mais la jeune malade que tout cela amuse évidemment, se laisse faire.

Après quatre jours passés à Bordeaux, pendant lesquels la petite n’a absolument pas rendu de sang, sa mère la ramène à Arcachon craignant, dit-elle, que l’insistance mise par le médecin à lui demander si elle n’a pas de mauvaises habitudes et à essayer de lui arracher des aveux, éveille en elle des idées malsaines qu’elle n’a pas. Deux heures après son retour elle recommence à vomir du sang.

Depuis lors elle a continué, mais, la mère peu soigneuse et

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très occupée ne la surveille pas, ne voit pas le plus souvent les matières rendues et, s’en rapporte aux dires de l'enfant qui, deux ou trois fois par jour, vient lui raconter qu’elle a encore vomi. Quelquefois cependant, c’est quand elle est couchée qu’elle vomit ; elle met alors du sang partout, aux draps, aux murs, sur le plancher, s’ensanglante les mains ; on dirait, suivant l'expression de sa mère, « qu'elle le fait exprès. »

Grande et vigoureuse pour son âge, elle ne présente, quand je l’examine, en février 1889, c’est-à-dire après cinq moi d'hématémèses, aucun signe d’anémie, point de décoloration des muqueuses, point de bruit de rouet dans les carotides, point de palpitations ; elle joue et court avec ses amies toute la journée sans essoufflement. Le foie et la rate sont normaux, elle n’a jamais eu d'accidents d’impaludisme. Rien à l'anus qui puisse permettre de supposer une hémorragie ayant son origine dans la partie terminale de l'intestin. Elle est vierge. La puberté commence à peine. Les seules constatations positives qu’on relève, c’est qu’elle a le ventre un peu gros et l’estomac dilaté ; il y a du caplotage très net et plusieurs fois noté. A par cela, aucune douleur ni spontanée, ni provoquée, pas de vomissements alimentaires, rien qui permette de songer à un ulcère rond, que. la conservation de l’état général suffirait d’ailleurs à écarter.

Le diagnostic de simulation S'imposait; j'en fais part à mon confrère qui ne manifeste qu'une incrédulité de peu de durée, et nous allons ensemble faire part à la mère du résultat de notre examen. Energiques protestations de sa part ; elle affirme que sa fille est bien trop propre pour avaler du sang, qu’elle a du reste en horreur le sang cuit, qu'elle est trop honnête pour avoir songé à une pareille supercherie, ete. Nous réussissons à la calmer et la prions de nous garder pour le lendemain tout ce que la petite rendra par le haut comme par le bas ; nous lui recommandons aussi de ne pas dire à sa fille un mot dé nos soupçons.

Le lendemain elle nous présente une cuvette à moitié remplie de caillots, épais, rouges, affectant la forme de segments de circonférences, composés de strates superposées d’un

centimètre d'épaisseur environ, aisément séparables, de coloration et de consistance différentes. En rapprochant tes fragments beaucoup trop volumineux pour avoir été avalés d’abord et vomis ensuite, nous parvenons à reconstituer une circonférence de la dimension d’une assiette.

Dans un vase, des matières fécales noires, nettement mé-

lœæniques, mélangées de caillots rouges semblables à ceux de

la cuvette et par conséquent ajoutés après coup par l’enfant.

Nous allons chez la marchande de volailles voisine ; là, dans un hangar où l’on saigne et. où la jeune malade allait jouer plusieurs fois par jour, nous trouvons une série d'assiettes à moitié pleines de sang abandonné, coagulé, et offrant à simple inspection tous les caractères des caillots qui venaient de nous être présentés dans la cuvette. Un examen microscopique des caillots soi-disant vomis vient enfin mettre notre diagnostic à l’abri de toute contestation en nous montrant les gros globules éllipsoïdes d'oiseaux, à l'exclusion de tout autre élément figuré. Par acquit de conscience, je fais une préparation comparative du sang pris dans le hangar, elle est identique.

Le reste se devine: l'enfant, étroitement surveillée par sa mère, cesse de vomir; je la morigène un peu, lui reprochaiit

sa conduite, et j'obtiens d’elle, en même temps quedes aveux.

pleins de réticence, la promesse qu'elle renoncera désormais à sa supercherie.

Depuis lors, je l’ai revue plusieurs fois et j'ai constaté qu’elle a persisté dans ses bonnes résolutions, que la guérison (?) a tenu.

Incontinence de matières fécales. — Cest une simu-

lation exceptionnelle.

OBSERVATION V Incontinence ‘de matières fécales chez un jeune mousse. À (Scott-Forbes et Marschal. Article Feigned Diseases : Cyclopedia of pratical médecine 1833, 2 vol. — Dufestel loc. cit. d

Un mousse,!à bord de la frégate Désirée, prétendait ne pouvoir retenir ses matières : on le trouvait à chaque instant et

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partout, évacuant ses matières. Considéré comme un imposteur et sévèrement puni, il finit par avouer qu'il y avait été poussé par une tante dans le but de se faire exempter du service. La confession ne fut obtenue que très tardivement.

$ 2e Appareil circulatoire

Certains enfants savent très bien simuler la fièvre. Les médecins de lycées ou de pensions ont souvent l’occasion de le constater. « M. le professeur Brouardel, dit M. Dufestel, nous a fait observer qu'il a vu souvent dans le collège, dont il est le médecin, des gamins simuler la fièvre très habilement. Ils savent très bien accélérer les pulsations radiales en se frappant le coude et se congestionner la face en relenant leurs respiration. »

Quant aux palpitations cardiaques feintes si fréquemment par les jeunes soldats, elles ne paraissent pas être une simulation de l'enfance, nous n’en avons trouvé aucun cas.

$ 3. — Appareil respiratoire

Les affections simulées concernant l'appareil respiratoire sont plus nombreuses.

Toux. — La toux est une simulation facile, qui alarme facilement l'entourage et à laquelle les enfants recourent volontiers. Nous rapportons une observation de toux convulsive due au docteur Eross, Ee mobile avoué était la gourmandise, |

OBSERVATION VI Toux convulsive chez une fillette de onze ans.

(D: Erôss : in Iabrbuch fur Kinderheïlkunde 1884, t. XXI. — Dufestel, loc. cit.)

H. K.. fille de.11 ans, élève de l’Institut des aveugles, atteinte de fonte purulente de l’œil, à la suite d’ophtalmie des nouveau-nés, simulait, le 8 février 1882, des accès de toux convulsive si violents et accompagnés en outre de convulsions du tronc et des extrémités supérieures si énergiques, que l’entourage effrayé réclamait en toute hâte le secours du médecin. L'enfant répéta ses accès en présence du médecin de l’Institution. L’examen des organes de la respiration ne faisait constater aucune lésion.

Les phénomènes observés se montraient sans aucun trouble.

La toux convulsive, liée aux secousses violentes qui l’accompagnaient offrait un tableau mal ordonné et, à beaucoup d’égards, éveillait le soupçon d’une simulation.

Pendant quatre jours. l’enfant fut, à l'institution, l’objet d’une surveillance incessante. Pendant ce temps, les accès apparaissaient fréquemment le jour. Comme la surveillance de celle-ci présentait beaucoup de difficultés, elle fut amenée, le 12 février, à l'hôpital des enfants. Nous n’eûmes besoin que de quelques paroles d'encouragement pour être témoins de la simulation. La jeune fille, assise dans son lit, obéissait à notre invitation. Elle commença brusquement une violente quinté. de toux accompagnée de mouvements si violents des bras qu’elle menaçait à chaque instant de tomber de son lit. Pendant l’accès, son visage était congestionné. Encouragée, l’enfant répéta plusieurs fois l’accès, elle le prolongeait conformément à notre désir, augmentait ou diminuait jusqu’à ce que son complet épuisement ne lui permit plus de continuer ses tentatives plus longtemps. Il fut évident dès lors que les phénomèenes observés survenaient spontanément, car on manquait de base pour établir en quelque endroit un état maladif. Sans hésitation, la jeune fille avoua le même soir la simulation.

Le lendemain, la même chose était facile à produire et nous

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