‹ Contribution à l'étude des maladies simulées chez les enfantsChapitre 20 sur 47 · ARTS · texte numérisé non relu

ARTS

à demi évanouie dans un fauteuil, le père se tordait les bras de désespoir, les autres enfants pleuraient. Le petit malade était dans son lit, près de la tête, les bras et les jambes entourés de linges mouillés ; il grinçait des dents, poussait des plaintes et des cris, donnait des coups de pied contre les bois du lit, frappait les couvertures de la main avec une certaine cadence, se tournait à droite et à gauche ou se pelotonnait sur lui-même, gonflaient les joues mais tenaient les paupières complètement fermées. Le visage n’était pas plus pâle qu’à l’état ordinaire et ne présentait pas de cyanose. Tous les mouvements étaient libres ; il n’y avait aucune contraction. Je: fis alors écarter les rideaux de la fenêtre et, priant le père d’immobiliser l'enfant, je constatai que les pupilles réagissaient parfaitement à la lumière et que le réflexe cornéen était conservé. J’allais l’examiner plus complètement lorsqu'il poussa un cri et rouvrit les yeux. Il se dressa tout debout et regarda autour de lui avec un air très étonné. Je priai alors toutes les personnes présentes de s'éloigner à l’exception du père et commandai à l'enfant de quitter le lit ; il le fit sans manifester le moindre signe de fatigue ou d’ NES Alors, sans autre préambule, je lui dis : tu n'auras plus désormais de crise et tu retourneras à t’école régulièrement à la rentrée du nouvel an. il me le promit. Mon traitement fut tout verbal, mais le père, qui avait compris la supercherie, lui administra une paire de gifles dont il n’osa pas se plaindre.

Après l'application de ces moyens thérapeutiques, je conduisis l’enfant à la mère, lui assurant sa parfaite guérison. Il a tenu sa promesse et n’a jamais eu depuis aucun accès tant à la maison qu’à l’école.

OBSERVATION XVI Epilepsie simulée. — Garçon de onze ans.

(Kleudgen : Brestauer aertzlische zuschrift. 1881. t. LIL.)

Le 926 octobre 1878 on amena à la maison de santé de cette. localité (Breslau) un jeune garçon de 11 ans, Jos. Aug. Sch.. qui était soi-disant atteint de crises d’ éHépoies

Voici quels sont les renseignements notés sur le cahier d’observations : Enfant bien portant issu de parents sains,

La maladie apparut au commencement de février 1878, à la

Suite d'un châtiment infligé par le maître d'école et qui a con-

sisté en coups de baguettes. Sa santé commença à s’altérer ; il perdit l'appétit et finalement fut pris de crises convulsives.

Les coups auraient été frappés sans aucune violence et le médecin, chez lequel on conduisit l’enfant en consultation : quelques jours après l’infliction de la punition, ne releva aucuñe trace de contusions sur le corps et fut tenté en conséquence de mettre les crises sur le compte exclusif de la peur.

Voici la description de ces crises : L'enfant devient inquiet, turbulent, court à droite et à gauche, frappe tout ce qui l’entoure ; puis ses yeux, sa bouche et sa langue sont agités par des convuültions ; les membres, au contraire, restent indemnes. Le visage est pâle, le regard fixe ; le malade crie”et fait le plus grand vacarme, il mord, frappe des mains et des pieds, saute du lit, saisit tout ce qu’il trouve sur $son chemin -pour le briser ou faire geste de le lancer sur ses parents. Il déploie en

tout ceci une force considérable et il faut un homme très fort

pour le maîtriser. Au bout de quelques miautes il se produit

. une détente musculaire et la crise cesse brusquement.

Pendant toute sa durée l'enfant n’a pas sa connaissance.

Ces crises se répètent très fréquemment, jusqu’à 20 fois par jour et plus, mais toujours la journée. Cependant, au dire du père, elles ont été plus rares ces six dernières semaines.

A son arrivée, à la maison de santé, l’examen qu’on lui fit subir le montra bien développé pour son âge tant au physique qu'au moral. Rien dans son aspect ni dans ses manières ne laisse paraître des signes d’aliénation mentale.

Lorsqu'il eût passé quelque temps au milieu d'étrangers il fut pris d’un très vif désir de revoir ses parents et eut la nostalgie ; il manifesta très clairement ces sentiments daus ses lettres.

Quatorze jours après sou entrée dans l’établissement, aucune crise ne lui était encore survenue, je l’interrogeai alors sur la manière dont le prenait son mal et sur sa durée. Il m’avoua franchement que les crises qu’il avait présentées chez ses parents étaient simulées dans la crainte d’être puni par son père. :

Il avait eu l’occasion d'observer des crises de ce genre auprès

Tree

d’une jeune fille de son voisinage atteinte d’épilepsie. Il s’offrit à en imiter une sous mes yeux et réussit à merveille. Dans ces conditions il ne me restait plus qu’à le renvoyer. Son père le vint chercher le 8 décembre, exactement six semaines après son entrée.

Accès tétaniformes. — Les symptômes du tétanos ont été reproduits aussi, par certains Jeunes sujets. En voici un bel exemple :

OBSERVATION XVII Accès tétaniformes. — Garçon de quinze ans.

(Gentilhomme. Thèse de Paris 1884. Dufestej, loc. cit.)

Le nommé V. A..., âgé de 15 ans, mousse à la direction des constructions navales, entre à l'hôpital maritime de Cherbourg avec la note suivante inscrite sur son billet d'admission « Accidents cérébraux consécutifs à la chute d’un boulon de ‘ fer sur la partie postérieure de la tête, en arriére de l'oreille droite. Cet enfant, plus jeune, se serait, dit-on, introduit une petite pierre dans l'oreille du même côté ; il ne reste plus aucune trace de cette pierre aujourd’hui. Le jeune malade est, depuis 45 jours, exempt de service à domicile. » Les renseignements fournis par la famille sont les suivants : depuis la blessure, insignifiante d’ailleurs, du cuir chevelu, signalée sur le billet d'entrée, le caractère du sujet a subitement changé : il ést devenu soudain triste et excessivement irritable. De plus, et c’est le point capital, le malade est atteint chaque jour d’accès nerveux à marche bizarre, une perte subite de connaissance, des convulsions, qui durent toute la journée avec des alternatives de convulsions et de repos ; mais la perte de connaissance est toujours incomplète ; l'appétit est bon, les nuits calmes. Toujours d’après la famille, le diagnostic porté à domicile serait pachyméningite.

Au moment de l'entrée à l'hôpital, le jeune V: A... est plongé dans un coma profond, la respiration est bruyante, les

Page 1