RE OBSERVATION XXXIV
Chromhidrose simulée. — Fille de quinze ans.
(Bull. de la soc. méd. des hôp. de Paris, t. V. 98 août 1861, p. 118. — Lettre du professeur Spring, de Liège, à M. Grubler-Dufestel FAO: cit.).
Il y a quelques années, la fille d’un fonctionnaire supérieur, me fut présentée pour une affection dont le médecin qui lavait vue avant moi, déclarait n'avoir aucune connaissance.
J'y ai vu le plus magnifique exemple de chromhidrose qu’on puisse désirer de rencontrer ; la coloration se présentait aux pommettes et s’étendait äe là à la paupière inférieure; rarement la paunière supérieure était atteinte en même temps. C’étaient deux taches noires de 5 centimètres environ de largeur sur trois centimètres de hauteur, à contours effacés ; elles défiguraient d’une manière étrange cette jeune et belle personne. La matière noire put s’enlever à l’aide d’un linge sec; mais en moins d’un quart d'heure elle reparut d’abord comme une teinte grisâtre, puis devint de plus en plus foncée,
La jeune fille avait quinze ans ; elle avait été élevée avec les plus grands soins sous les yeux de sa mère; elle n'avait
jamais été malade: sa manière de vivre était simple ; aucune!
exaltation, aucun écart d'imagination ne s'était jamais fait remarquer, La mère affirmait que sa fille n'avait éprouvé aucune contrariété; le père, homme positif et éclairé, dirigeait lui-même l'éducation avec tendresse et conscience. Rien n’était: à découvrir sur l’entourage de la jeune personne de ce qui, par l'exemple ou autrement, avait pu faire naître l’idée de cette maladie. On peut être certain aussi qu’elle n’avait jamais entendu parler de chromhidrose, car les médecins de la ville qu’elle habite ignoraient alors eux-mêmes (le fait s’est passé il ÿ a quatre ans) que jamais il fût question quelque part d’une maladie semblable. La menstruation s'était établie depuis deux ans et elle était irrégulière.
L’extérieur de la jeune personne était florissant, le teint d’une pureté remarquable, même aux points qui se coloraient de matière noire; aucun dérangement de fonctions, bonnes digestions, bon sommeil, pas de tristesse ni aucune apparence de préoccupations.
Plusieurs médecins du pays avait vu la malade et, entre
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autres, un de nos collègues qui jouit d’une célébrité commé physiologiste. Il s'était formé une théorie qui concorde assez avec celle que M. Gibert a adoptée dans son rapport lu à l’Académie de médecine le 28 mai dernier.
J’eus soin d’abord d'enlever le plus que je pus de cette matière noire pour en reconnaitre la nature. Les essais auxquels je me livrai, me donnèrent la conviction que c’était une matière minérale, du graphite à ce qu’il me semblait. Je devins incrédule. Il me paraissait impossible que du charbon minéral fût produit et secrété du corps d’une jolie jeune fille. Je me.demandai si la malade ne se teignait pas le visage avec de la mine de plomb. Mais dans quel but ? Je me rappelai que, dans
ma vie de médecin, je me suis tant de fois posé cette question.
Mes confrères, à qui je fis part de mes soupçons, les rejetèrenttrès loin, et pour me convaincre, proposèrent de fixer une nouvelle séance dans laquelle on prendrait toutes les précautions pour rendre impossible toute Supercherie. La séance eut lieu, en effet, et je fus battu. Inutile de décrire toutes les précautions que nous avions prises. Il suffit de déclarer que la jeune personne était assise dans mon salon accompagnée de sa mère et observée constamment par trois médecins. Le visage nettoyé avec le plus grand soin se colora de nouveau en notre présence, au bout d’un quart d'heure, et sans que la jeune fille semblât avoir porté aucune de ses mains à la figure.
Dans une troisième expérience, cependant, le phénomène se fit attendre pendant une heure. Au sortir de cette séance je me trouvai dans une grande perplexité. [1 me fallait douter encore ou renoncer à ma foi physiologique. Mes confrères ne coriprenaient pas mon obstination, Mais la jeune fille me paraissait trop contente du résultat de la séance ; elle semblait triompher entièrement, Ceci confirma mes soupçons.
Il faut en outre que quelque chose de mon incrédulité ait transpiré ; j'ai su, qu’à partir de cette séance, la jeune fille dissitnulait difficilement une certaine méfiance à mon égard, Elle avait l'air de toujours vouloir lire dans mes yeux. J’ai
remarqué aussi que le phénomène réussissait plns prompte-