SPARE, POLE
sujets et que, si l’on n’y prenait garde, ils s’habitueraient très vite à parler comme eux.
Les tics du visage sont aussi très contagieux ; et, d'une manière générale, toutes les convulsions, toutes les névroses présentant des mouvements désordonnés comme la chorée, l’épilepsie, l’hystérie, sont sujettes à être imitées.
Beaucoup de ces faits d'imitation inconsciente relèvent naturellement de l'hystérie, mais quelquesuns paraissent d’une interprétation plus délicate et, comine on ne peut encore parler de simulation au sens propre du mot, les auteurs allemands ont créé un nouveau terme pour les désigner et ils les appellent, assez heureusement, des maladies par induction (Induktion Krankheiten). Les exemples en abondent : FRE
En voici un bien connu :
À l'église St-Roch, au moment où les enfants réunies faisaient leur première communion, l’une d'elles fut atteinte de convulsions pendant l'office, eten moins d'une demi-heure toutes, ou à peu près, furent prises de convulsions semblables. |
Dans la Gazetta médica di Milano, Aprile 1844, on trouve le fait suivant, cité par M. Moreau dé Tours, dans son ouvrage sur la folie chez les enfants :
« Dans une école de jeunes filles âgées de quatorze ans au plus, un premier accès de convulsions épileptiformes eut lieu chez une enfant de quatre ans ; bientôt quelques-unes de ses compagnes furent
prises de convulsions analogues. On accuse d’abord les conditions hygiéniques de l’école et, en conséquence, on ne se borna pas à éloigner les petites convulsionnaires, on fit plus : on ferma l’école pour y faire des réparations crues nécessaires. Mais l'invasion du mal ne s’arrêta pas ; dans leur maison, dans leur jardin, les jeunes filles épargnées
jusque-là pavèrent leur tribut à l'affection commune
malgré la différence des circonstances dans lesquelles elles se trouvaient. »
Le docteur Holwede rapporte un cas analogue qu'il a observé dans une école de Brunswich.
Le voici en quelques mots :
Les élèves atteintes laissaient tomber leur tête sur leur pupitre ; le visage était très congestionné ; puis elles étaient prises de tremblements et roulaient à terre dans un état comparable à l'ivresse ou au sommeil. Quoi qu'on fit, rien ne parvenait à les tirer’ de cette sorte de coma ; le réveil survenait spontanément une demi-heure environ après le début de l'accès. Elles reprenaient alors peu à peu connaissance et se relevaient. Quarante-deux élèves subirent la contagion, de sorte qu'on fût obligé de licencier l’école.
Dans le même ordre d'idées on peut citer l’épidémie de tétanie survenu dans une école à Gentilli et racontée très en détail par Jules Simon. dans le Progrès médical de 1876.
Le Dr Leuch dans le Correspondanzblatt für
schweitzartz 1896, rapporte une épidémie de tremblements survenue dans une école.
Voici un cas analogue et tout à fait typique.
(lahrbuch für Kinderheilkunde, 8 octobre 1906) et cité par MM. Hutinel et Babonneïx :
«Le 7 février 1906, on amenait à la visite médicale, deux fillettes dont l'écriture avait attiré lattention de l’instituteur. Comme elle ne présentaient aucun signe de chorée,ni d'affection organique, elles furent renvoyées à l’école, mais, quelques jours après, dans la même classe, 8 nouvelles élèves furent atteintes de la même affection. Le 17 février, il y avait 43 malades, le 19, 17, et dans les huit jours qui suivirent, on notaencore quatre nouveaux cas. Finalement, sur d écolières, 21 furent frappées par la maladie. Dans les premiers jours, les enfants écrivaient encore convenablement, mais au fur et à - mesure que Paffection progressait, l'écriture devenait de plus en plus tremblée, pour aboutir finalement à une sorte de gribouillage grotesque. Fait curieux, c'était surtout les chiffres qui étaient inal formés de telle sorte que les devoirs de calcul devenaient tout à fait illisibles. L'ataxie du bras et de la main ne se manifestait, d’ailleurs, que pour l'écriture, les enfants pouvaient se livrer aux travaux d’aiguille, faire de la gymnastique, ete., comme au paravant. Elles ne manifestèrent à aucun moment d’excitabilité anormale, ni de nervosité. Comment s'était développée l'épidémie ? Quelques temps avant
AD UUE
qu’elle ne commencäàt, les journaux de Chemnitz, avaient rapporté, avec force détails, l’histoire d’une épidémie analogue de tremblements, qui avait sévi à Meissner. Le maitre d'école en avait lui-même parlé à ses élèves, et, vraisemblablement, il avait formulé l'espérance qu’une aussi étrange maladie ne les atteindrait pas. | Involontairement suggestionnée par ces récits, une fillette a commencé à trembler ; sa sœur ayant, l’année précédente, souffert de chorée vraie, son tremblement a pris le caractère choréique; pour une raison mal élucidée, il ne s'est manifesté que lorsqu'il s'agissait d'écrire et particulièrement d'écrire des chiffres. Les enfants placées derrière elle l'ont vue griffonner sur son cahier de calcul : ils l’ont inconsciemment imitée, propageant ainsi l'affection et contagionnant, à leur tour, de nouvelles camarades.
L’épidémie scolaire de Chermnitz constitue donc un type de maladie par imitation (Szego) par induction. Pour la faire disperaitre, il suffit d’instituer un traitement assez désagréable pour que les enfants éprouvassent spontanément un vif désir de guérir. On les soumit à l'application répétée de courants faradiques aussi forts que possible et surtout,on leur fit faire d’interminables exercices oraux de calculs que précédait constamment cette phrase : « Puisque vous ne voulez pas écrire, vous allez cal- * culer de tête. » Au bout de huit jours tout était
rentré dans l’ordre. »
Les mêmes auteurs citent encore un Certain nombre de cas d'imitation inconsciente :
« Un jeune hystérique va à Berck, visite les hôpitaux et revient coxalgique (Dufour). — Un enfant de douze ans est amené à M. Terrien pour une chorée rythmique. Pourquoi? Parce qu'il habite la même ferme qu’une femme atteinte de paralysie agitante et qu’il reproduit involontairement le tremblement qu’elle présente. — Dans une famille dont M. Terrien est le médecin, un enfant à la suite de la diphtérie est atteint de paralysie. Son frère, âgé de onze ans se hâte de limiter. — Le même médecin rentrant, un jour, à sa maison de santé, raconte à ses pensionnaires qu’il vient d'assister aux derniers moments d'un client qui est mort d’urémie.
Il parle du rythme de Chevne-Stokes et pour en: donner une idée exacte, imite pendant quelques
minutes la respiration des sujets qui le présentent. Quelques heures après il est appelé, en toute hâte, par une jeune fille qui avait assisté à la Conversation.
Elle présentait un rythme de Cheyne-Stokes des
plus typiques et annonce au Dr Terrien qu'elle va mourir d'urémie. » :
Tous ces exemples mettent bien en lumière la puissance des facultés d'imitation dans le jeune àge et montrent quelle large place il convient de leur assigner dans l’étiologie de la simulation des maladies par lesenfants.
Un autre facteur d’une importance capitale et qui,
ce Semble, commande tous les autres, c'est L'HÉ- RÉDITÉ.
Tous les auteurs en effet qui se sont occupés de la question s'accordent pour reconnaitre la nécessité d’une prédisposition organique héréditaire à l'origine la simulation. Un enfant dont l'état mental serait parfaitement normal, aurait-il la pensée d'imiter une maladie, de contrefaire par exemple une crise d'épilepsie ? Cela lui paraitrait monstrueux. Bourdin classe ces enfants parmi les anomaliens, et, sir Pajet dit : &« Il est rare que les sujets qui ont des simulations bien marquées aient un esprit ordinaire, un de ces esprits que l’on peut appeler moyens, égaux, bien pondérés. Nous pouvons, il est vrai, rencontrer parmi eux quelques gens communs à esprit grossier et inférieur, mais dans la majorité, il y a quelque chose de remarquable én bien ou en mauvais, de plus ou de moins élevé que la moyenne, quelque chose de distingué ou de bas ».
Quel est done cetétat mental? M. Thiemich admet que « beaucoup d'états hystériques touchent à la simulation consciente, mais pathologique, car un enfant dont l’état mental est normal n'imite aucune maladie ». Les simulateurs seraient-ils des hystériques ? Il est, certes, bien trop dans leur caractère de vouloir qu'on s'intéresse à eux, qu'on les plaigne, qu'on prenne part à toutes leurs petites misères pour qu'it ne leur arrive pas bien souvent de fein- ‘dre des symptômes morbides pour attirer l’attention sur eux et devenir ainsi l’objet de la curiosité
22 Oo et de la bienveillance de leur entourage. C'est bien à eux que l’on peut appliquer le terme de pathomimes créé tout récemment par le professeur Dieulafoy.
Mais il y a d’autres enfants qui n'ont présenté à aucun moment des signes d’'hystérie, ni avant ni après leur simulation. Pour ceux-là, on serait bien embarrassé de préciser avec exactitude les troubles de leur esprit. Tout ce que les faits permettent de dire, c’est que ce sont, pour la majorité, des nerveux, et que si l’on fouille dans leurs antécédents il est très fréquent d'y trouver des tareS névropathiques. Leurs ascendants ont été des hystériques, des épileptiques, des aliénés ou tout au moins ont présenté des bizarreries de caractère, des maladies du système nerveux, de la paralysie générale, de Pataxie, etc. ; souvent aussi on trouve parmi les collatéraux des sourds-muets, des bègues, des strabiquessetc.-.fs "font partie, en un mot, de la grande famille névropathique.
« On peut, dit encore sir J. Pajet, considérer la simulation des maladies comme une manifestation localisée d’une certaine constitution, et nous donnons à ce mot localisée la même signification que lorsque nous parlons de manifestation locale de goutte où de syphilis. La constitution nerveuse, comme les autres, est héréditaire à différents degrés degénéralisation et d'intensité.J’ai vu dessimulateurs chez lesquels je ne pouvais trouver d'autre perversion que la simulation actuelle de quelque inaladei,
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Mais, dans la orande majorité, il y a des manifestations antérieures ou présentes d’une constitution nerveuse bien caractérisée, et qui peuvent servir pour le diagnostic. Quelques-uns ont été ou même sont actuellement hystériques, mais vous trouverez de la simulation nerveuse chez beaucoup de personnes qui n'ont jamais été hystériques. »
A côté de l'hérédité nous placerons l'ÉDUCATION, cetle « génération psychique » comme l'appelle Fournet. Quel est son rôle ? Peut-on arrêter dès. l'enfance le développement des vices héréditaires. Certains philosophes l'ont pensé. Nous nous rallions plus volontiers à l'opinion de M. Dufestel qui dit : « Pour nous, il nous semble que si dans certains cas son rôle est prépondérant, dans d’autres il s’efface devant les instincts pervertis del’en fant. » II est bien difficile, crovons-nous, de faire d’un enfant né méchant, violent, dissimulé, menteur, un être bon, doux, ouvert, franc. Avec la même éducation, qu'elle différence de résultats bien souvent! Il ne faut rien exagérer cependant et si l'éducation ne transtorme pas les caractères, elle réussit souvent à les modifier. Malheureusement, son influence ne s'exerce pas toujours dans un sens favorable. Elle est des plus mal comprise bien souvent. D'abord elle ne respecte pas toujours, autant qu'il conviendrait, le système nerveux de l'enfant. On devrait épargner aux jeunes sujets les impressions trop fortes, ménager leur sensibilité. Legrand du Saulle s'élève contre l'habitude que l’on a à Paris de con-
L L'MD AUR a
duire les enfants à « d'émouvantes représentations dramatiques » et de les laisser € trop prématurément se repaitre de la lecture deromans effravants » Mais ces précautions sont encore plus nécessaires si l’on à affaire à des enfants prédisposés au nervosisme sous toutes ses formes, par une héréditée chargée.
La tendresse exagérée des parents n’est guère moins funeste. Au moindre bobo, la mère s apitoye sur le sort de son enfant et l’entoure de mille soins excessifs. Il prend ainsi l'habitude d'observer outre mesure ses sensations : il devient douillet, éffeminé, sa volonté ne se développe pas. A la moindre souffrance il se plaint, exagère souvent ses douleurs pour être dorlotté ; bienheureux encore lorque ses doléances ont un fonds de vérité. « L’habitude de satisfaire tous leurs mauvais désirs et leurs fantaisies, a dit West, sous prétexte de maladie,et l’indulgence constante que ces enfants trouvent toujours en pareil cas, dans un amour maternel exagéré, exercent une très funeste influence sur leur caractère. »
Voici l'observation d’un cas d’astasie-abasie hystérique rapporté par M. Babonneix dans la Gazette des Hôpitaux du 8 octobre 1908, et qui n'a d'autre origine qu'une trop grande sollicitude des parents. Elle guérit en effet après quarante-huit heures d’isolement à l'Hôpital des Enfants-Malades.
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