‹ Contribution à l'étude des maladies simulées chez les enfantsChapitre 9 sur 47 · OBSERVATION LE · texte numérisé non relu

OBSERVATION LE

Marcelle D.…., dix ans et demi, entrée le 21 janvier 1907; salle Parrot, lit n° 21. |

Antécédents héréditaires. — Les parents sont bien portants. Ils noffrent aucun symptôme d'affection nerveuse, organique ou fonctionnelle. lis ont eu deux enfants: un enfant déjà grand et la malade actuelle.

Antécédents personnels. — Marcelle D... est née à huit mois ; elle à été élevée, mi au sein, mi au biberon. À un an, comme elle paraissait un peu délicate, on l’a envoyée au bord de la mer, d’où elle est revenue très améliorée.

Elle a eu sa première dent à cinq mois, a marché à onze.

En 1898, elle a été atteinte de rougeole, puis de croup.

En 1900, elle aurait eu une congestion cérékrale.

En 1906, elle a été soignée pour varicelle.

Depuis quatre mois, l’enfant ne peut se tenir debout. Déjà, au mois d'août 1906, à la suite de douleurs dans les jambes, elle avait été immobilisée au lit pendant un mois. À ce moment, ses parents la gardent avec eux, jusqu’à complète guérison. Mais, dès qu’ils la remettent en. pension, les mêmes phénomènes se reproduisent : aussitôt que la petite malade essaie de marcher ou même de se tenir debout, ses jambes fléchissent et elle tombe. Plusieurs médécins consultés portent des diagnostics alarmants; l’un songe au mel de Pott et propose d'appliquer un appareil plâtré, l’autre prononce le mot de paraplégie spasmodique et conseille d'appliquer des pointes de feu le long de da colonne vertébrale. Un autre recours sans succès, à l'électricité.

Etat actuel. — Lorsque la fillette arrive à l'hôpital, on est immédiatement frappé de l’aspect anormal qu’elle présente. Les parents la portent avec d’infinies précautions, comme s'il s'agissait d’un colis fragile ; elle se laisse faire, semblant heureuse de l’intérèt et de la pitié qu'elle excite sur son passage. Ses membres inférieurs n’ont en aucune façon l’attitude qu’ils devraient avoir, s’il s'agissait de paraplégie spasmodique ; les cuisses sont à demi repliées sur le bassin, les jambes sur les cuisses ; les pieds ne sont pas en varus équin ; lorsqu'on com-

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mande à l’enfant d'effectuer quelques petits mouvements segmentaires, elle le fait sans peine. Essaie-t-on d'imprimer aux membres inférieurs des mouvements passifs, on éprouve line certaine résistance occasionnée par la contracture musculaire; cependant, les réflexes tendineux sont absolument normaux, il n'y a pas de trépidalion spinale, pas de signe de Babinshi. Les troubles sphinctériens manquent. De même l’ataxie.

Lorqu’on demande à la fillette de se tenir debout, elle s’effondre aussitôt. Il semble que ses jambes ne puissent pas la porter. Les jambes fléchissent encore sur les cuisses, celles-ci sur le bassin, et l’enfant tomberait si on ne la retenait. Ajoutons que ces essais sont suivis anxieusement par les parents, qui ne cessent de demander à la fillette si elle n'est pas fatiguée, si elle n’a pas mal, si elle veut bien que l’on continue à l’examiner.

La sensibilité cutanée est normale partout. On note un peu d’anesthésie conjonctivale et pharyngienne. Il est difficile, en raison du jeune âge de la malade, de rechercher s’il y a ou non du rétrécissement du champ visuel.

La colonne vertébrale n’est ni déformée, ni douloureuse.

Il n'existe aucun trouble trophique : ni amyotrophies, ni escares, ni modifications du système pileux ou des ongles.

L'intelligence est intacte ; on est même surpris de l’attention avec laquelle lenfant suit l’examen, des renseignements qu’elle donne sur son mal et de son extrème impressionnabilité.

Il n’y a rien d’anormal aux membres supérieurs ni à la face. Les grandes fonctions s'effectuent convenablement ; il n’y a pas de fièvre.

M. Babonneix, ajoute, après avoir conclu à l’astasie-abasie hystérique :

€ Restait donc à trouver l’idée fixe. Il est bien certain qué, parfois, la chose est malaisée, et que, plus que personne, l'hystérique a ses raisons que la raison ne connaît point. Mais ici, tel n’était pas le cas. Et, d’après ce que nous avons

remarqué, tant dans l'attitude des parents que dans celle de Ja

Bu 1e ju

petite malade, voici comment nous croyons qu’on peut interpréter les phénomènes observés.

La première fois que la fillette a ressenti, dans les membres inférieurs, quelques vagues douleurs, la sollicitude inquiète, mais inopportune, de ses parents a fixé son ettention sur cette partie du corps. Toute la journée ils lui parlaient de son mal. Is lui recommandaient de composer ses mouvements, de faire le moins d'efforts possible, de façon à ne pas aggraver son état. L’astasie-abasie une fois installée, la petite malade est conduite d’un médecin à l’autre; nos confrères l’examinent, la tournent et la retournent, hochent lä tête et finissent par dire que c’est grave, peut-être même incurable. Pendant des semaines, la fillette entend dire autour d’elle que son cas est des plus curieux, qu'il met en défaut la sagacité des médecins, etc., etc. Parents, voisins et amis se rendent en pèlerinage chez elle, apportant à son père et à sa mère leurs condoléances les plus officielles. Comme la petite malade est loin d’être sotte, et qu’on l’a abominablement gâtée, elle n’est pas fâchée, au fond, d'entendre répéter sans fin que c’est bien malheureux de voir une belle fillette comme elle frappée soudain par un mal mystérieux. Elle se trouve intéressante ; elle est devenue un sujet. »

La tendance opposée : une rigueur exagérée et les mauvais traitements ont aussi une influence très fâcheuse sur le caractère, et, comme nous le verront portent quelquefois les enfants à simuler.

Le MILIEU joue aussi un grand rôle. D'une manière générale ont peut dire que des faits de simulation ont d'autant plus de chances de se produire qu'il y a un plus grand nombre d'enfants réunis. C’est dans les hôpitaux, les écoles, les prisons de jeunes détenus qu’on les observe surtout. Cela se conçoit bien aisément après ce que nous avons dit sur la facilité avec laquelle les enfants imitent les exemples qu'ils

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ont sous les veux. Ceux, qui n'auront jamais eu l’occasion de voir des phénomènes morbides, ne pourront feindre que des malaises insignifiants et leurs supercheries seront faciles à démasquer.

Au contraire, l’énfant soigné à lhôpital qui aura été à même d'observer tout à loisir les mouvements désordonnés qu’exécute son voisin de lit atteint de chorée, quise sera même amusé à limiter, cet enfant, disons-nous, sera des plus apte à simuler la chorée à l’occasion, et souvent il déploiera une telle perfection dans sa feinte, que plusieurs médecins s’en laisseront imposer. On peut en dire autant des convulsions, des crises d’épilepsie ou d'hystérie. Nous n'insistons pas.

Convient-il d'attribuer uvue part au SEXE ? De l'avis unanime des auteurs, qui est d’ailleurs amplement confirmé par les faits, les filles simulent plus souvent que les garçons. L’explication S'en trouve dans les particularités de leur tempérament et de leur caractère. La sensibilité est plus développée chez la fille que chez le garçon; ellea un tempérament plus nerveux, plus enclin à toutesles manifestations névropathiques. Le caractère se ressent de ces dispositions organiques.

Cette différence entre les caractères des deux sexes, se manifeste dès la première enfance. Elle est surtout bien appréciée par les institutrices d'écoles mixtes. Elles reconnaissent que si les garcons sont plus turbulents, plus bruyants, les filles sont plus difficiles à tenir. Plus tard les distinctions s’accen-

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tuent : la jeune fille est plus rusée, plus astucieuse. plus dissimulée, c’est par ses intrigues et aussi par ses mensonges, qu'elle obtient ce que le jeune garçon demande à la force. Dally a dit: « Pour le mensonge, l'avantage appartient aux petites filles. L'évolution du mensonge semble plus tardive chez les garçons. » MM. Hutinel et Babonneix écrivent aussi à propos du caractère dans la seconde enfance : « Les premiers demandent à la violence ce que les secondes obtiennent par la ruse. Si ceux-là sont plus forts, celles-ci semblent déjà plus habiles. De bonne heure elles apportent dansleurs moindres actes cet esprit de décision et d’intrigue, et surtout cet impé-

rieux besoin de dissimulation et de mensonge, qui

constitue l'élément fondamental de tant de caractères féminins. Est-il besoin d'ajouter que cette formule est trop générale pour ne-pas comporter d’exceptions et, que d’autre part,suivant le mot du fabuliste, il est bor nombre d'hommes qui sont des femmes. » 7

Il nous reste à signaler un dernier facteur : l'AGE.

Les enfants simulent -peu dans la première enfance ; ils agissent encore d'une manière tout instinctive. Ce n'est guère que vers six ou sept ans qu'on commence à observer la simulation ; à partir de ce moment cette tendance s'accroît jusque vers douze ans ; elle est maximum de douze à quinze, puis, passé cet âge, elle commence à décroître : « La simulation, dit Eross, appartient à la deuxième

enfance où la pensée et la volonté ont brisé les

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