‹ Contribution à l'Étude des Mammites TyphoïdiquesChapitre 4 sur 26 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

La tuméfaction des lobules du sein au cours de la fièvre typhoïde est indiquée pour la première fois en 1874 par Leudet, directeur de l'Ecole de médecine et professeur de clinique médicale à Rouen, qui en 10 ans put en observer 5 cas.

Sur les 5 malades de Leudet, 4 présentèrent des hémorragies diverses, ce qui lui fit conclure à une relation entre la mammite et une disposition de ses malades, à faire des hémorragies : « le gonflement du sein qui âpparaît à une époque avancée de la fièvre typhoïde, dit-il, diffère des lésions de la rate et du foie: il n'appartient pas à une épidémie et a pour intermédiaire une congestion de l'appareil utérin, où au moins une disposition hémorragique ; il n'offre aucune gravité et guérit spontanément ».

Wallin (Bulletin de la Soc. clin. de Paris), fait en 1877 un rapport sur un cas d’orchite, parotidite et mammite chez un typhique.

Destrée (Journal de Médecine de chirurgie, de pharmacie de Bruxelles) cite en 1891, 2 cas de mammite

typhoïdique chez des hommes, mais sans donner de renseignements développés.

Scheele (Stat. des typhus. sect. Munich, 1885), Sorel (Bull. et mém. soc. méd. des hôpit. de 1889) et Holscher (Münchner med: Vohen f. 1891), ne signalent par contre aucun éas de mammite typhique sur 93171 cas de fièvre typhoïde, alors que Berg (Deut. Archiv. f. Klinic. med. 18%), en publient 4 sur 1626 cas.

En 1900, Fornaca, de Turin (Riforma medica, 1900), a observé dans son service un cas de mammite non suppurée. Pour lui, «/lagent pathogène exclusif de cette complication est le bacille d'Eberth, auquel viendra s'associer quelquefois et dans des circonstances spéciales le microbe commun de la suppuration ».

Le professeur Thomas Mac Crae rapporte, en 1902, 3 autres cas de mammite, et d’après l'étude à laquelle il se livra à ce sujet il fut amené à conclure qu'il y avait suppuration dans à peu près la moitié des cas de mastite typhoïdique, avec présence de bacille typhique ou de staphylocoque.

Nous citerons encore Delgrange, Charlotte West, Capellari, Davis Patterson et Hewlet, ainsi que Conkey, qui tous ont publié des observations de mammites: typhoïdiques que l’on trouvera à la fin de ce travail.

Hening, enfin, a signalé après eux un cas d’abcès pyohémique du sein au cours de la fièvre typhoïde ; Delbet et Le Dentu le rapportent dans leur Traité de chirurgie.

En 1903, dans sa thèse de Nancy, Hanriot a pu réunir 20 cas de mammite typhoïdique. Soulier, en

ES lee 1907, à Montpellier, ajoute 3 nouveaux cas à cette liste.

Si nous cherchons maintenant dans les grands traités de pathologie français ce qui se rapporte à cette mammite typhoïdique, nous serons étonnés de ne trouver rien ou presque rien.

C’est ainsi que Chantemesse se borne à écrire dans son Traité de médecine publié sous la direction de Bouchard et Brissaud: « On à signalé des poussées fluxion- naires au niveau du sein, même chez des femmes n'étant pas en élat de lactation » (Leudet).

Dans le Traité de médecine de Brouardelet Gilbert, cinq lignes seulement sont consacrées à cette complicalion.

Enriquez, Berger, Lamy et Laffite ne font que la signaler.

Balthazar, Cestan, Claude, Macaigne, Nicolas, Vergnes, n'y font enfin aucune allusion dans leurs précis de pathologie interne. ;

Nous sommes donc heureux d'apporter par trois observalions nouvelles, notre modeste contribution à cette étude si intéressante des mammites typhoïdiques. Nous regrettons seulement de ne pouvoir traiter cette ques- | tion avec tout le développement et toute la compétence qu'il conviendrait.

ETIOLOGIE

Fa

Sur les 23 observations de mammites typhiques que nous trouvons relatées dans la thèse de Soulier et que nous avons cru bon de publier à la fin de ce travail, 4 seulement se rapportent à l’homme (obs. XVI, XVII, XVIII, XIX) : encore sont-elles peu développées et sans précision aucune. Tout ce que nous savons, c’est que, dans les 2 cas de Destrée, l'analyse du pus a décelé uniquement du staphylocoque doré. Nous laisserons done de côté cette complication de la dôthiénentérie chez l’homme, pour en faire une étude plus approfondie chez la femme. |

La mammite typhoïdique s’observe chez des femmes encore jeunes ; l’âge de nos malades varie en effet de 15 à 42 ans, et ce fait s'explique aisément. D'abord la dothiénentérie frappe de préférence des personnes jeunes ; de plus cette période entre 15 et 42 ans, comme le dit Soulier, ne correspond-t-elle pas chez la femme au maximum d'activité de la glande mammaire ?

Toutes nos malades ont en effet eu plusieurs grossesses, quelques-une allaitaient encore au début de leur fièvre typhoïde, ? sont enceintes. Et nos ? plus jeunes ma-

| — 19 — lades, pourquoi, pour elles, n’incriminerions-nous pas le an physiologique de Ja glande?

I en est d’ailleurs ainsi dans toutes les maladies, tonjours l'organe à plus actif est le plus OT touché, ;

Fournier en 1875 (La syphilis cérébrale, Ecole de médecine, 1875) écrivait: « C’est une loi générale qu'une diathèse en puissance dirige ses manifestations vers les organes en état de suractivité physiologique ou d’excitation morbide », etil citait comme exemple les manifestations res de la syphilis se produisant de préférence chez les sujets soumis à un surmenage intellectuel, Bouchard, et après lui Cassaet et Mongour (De la facilité du surmenage hépatique. Gazette hebd., 23 février 1895), ont montré l'influence prédisposante aux maladies du foie, du surmenage hépatique des dyspeptiques, ete.

Nattan Larrier (Les premiers stades de l'évolution maternelle. Thèse de Paris 1901), à aussi très bien observé que, chez le fœtus in utero, c'est à ce titre que le foie est atteint; il est curieux en effet de noter, qu'à Ja naissance, cette portion de la glande hématopoïétique rentrant en régression, les lésions portant sur elle disparaissent complètement alors que les organes qui continuent à, jouer ce rôle après-la naissance, la rate, par exemple, continuent aussi leur évolution morbide.

Et l’ostéomyélite? N’est-elle pas toujours observée 2 chez les adolescents alors que les os n’ont pas encore atteint leur plein développement et grandissent encore?

Rodet (Revue de chirurgie, 1885) Fa d'ailleurs bien montré expérimentalement, en reproduisant les lésions de l’ostéomyélite chez un jeune lapin en voie de croissance, auquelil injectait dans la veine auriculaire une ou

deux gouttes d’une culture de staphylocoques pyogènes:

LPop dans ces cas, le travail dont les extrémités osseuses élaient le siège suffisait à en faire des lieux de moindre résistance.

C’est enfin dans le même ordre d'idées que nous pouvons citer l’apparition des orchites ourliennes presque uniquement chez l'adulte, alors que la glande est en pleine activité, et par contre, leur extrême rareté chez l'enfant et le veillard. Cholet, dans sa thèse, attribue cette affection en grande partie à Fhypérémie du testicule au déclin de la fièvre typhoïde et au commencement de la convalescence. |

Toutes ces considérations nous permettent donc de conclure que pour la glande mammaire, il doit en être comme pour le foie du fœtus, le testicule de adulte.

Ce sera done l’activité fonctionnelle de la glande mammaire que nous incriminerons particulièrement et mettrons au premier rang des causes capables d'appeler une localisation du bacille sur cet organe.

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