‹ Contribution à l'Étude des Manifestations Cutanées d'origine nerveuse et mentaleChapitre 6 sur 16 · LA PEAU ET LE SYSTEME NERVEUX · texte numérisé non relu

LA PEAU ET LE SYSTEME NERVEUX

Comme toutes les parties de l’organisme, la peau est reliée au système nerveux central à l’aide de connexions fort complexes que nous sommes loin de connaître dans leur intégrité.

La peau est avant tout une vaste surface sensitive dont partent constamment des influx centripètes renseignant les centres des conditions ambiantes et donnant naissance à des réflexes et à des processus automatiques appropriés. Mais cette partie centripète de l’innervation cutanée ne ous intéresse pas dans ce travail. Ce que nous voudrions étudier, avant tout, dans ce travail, ce sont les réactions visibles et objectives de la peau, c’est-à-dire celles qui doivent dépendre nécessairement d’une innervation centrifuge.

On sait que la partie centrifuge d’un réflexe peut être de deux ordres :

— Une contraction musculaire ;

— Une sécrétion glandulaire.

Voyons un peu les aspects que peuvent prendre ces réactions au niveau de la peau.

Il faut distinguer ici deux ordres de faits :

— Les réactions instantanées ;

— Les réactions lentes.

a) Réactions nerveuses cutanées rapides

Comme nous venons de le dire, ces réactions peuvent être de deux ordres : contraction musculaire ou sécrétion glandulaire.

En fait de muscles, la peau ne possède que des fibres lisses qui sont les muscles vaso-moteurs et les horripilateurs.

Comme glandes, il y a lieu de tenir compte des sudoripares et des glandes sébacées.

En fait, parmi les réactions rapides de la peau, les plus importantes sont les réactions vaso-motrices et les modifications de la sécrétion sudoralé.

On sait que la peau peut changer de coloration très rapidement, soit dans le sens d’un pâlissement, soit dans celui d’un rougissement. Il n’est pas douteux non plus que ces changements de coloration dépendent étroitement du système nerveux et peuvent se produire par voie réflexe.

L’innervation vaso-motrice de la peau, qui régit toutes ces modifications, n’est pas encore complètement connue. On sait que les vaso-constricteurs, conditionnant la pâleur, sont des nerfs sympathiques. Quant aux vaso-dilatateurs, leur origine, leur trajet et même leur existence sont controversés. Nous ne pouvons discuter ici cette importante question : contentons-nous de conclure que la vasomotricité de la peau est sous la dépendance étroite du système nerveux et que des excitations nerveuses directes ou réflexes, sont capables de la modifier.

Il en semble être de même des réactions sudorales. Une abondante sécrétion de sueur peut être déclanchée par

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voie réflexe, de même que cette sécrétion peut se tarir par le même mécanisme.

b) Réactions nerveuses cutanées lentes

Alors que les réactions rapides sont relativement simples, les modifications lentes peuvent revêtir des aspects multiples et complexes. Ce qu’il importe, néanmoins, de noter, c’est que les modifications lentes sont probablement basées sur les processus fondamentaux des perturbations vaso-motrices et sécrétoires.

Une première catégorie des réactions lentes est l'ŒDEME, dans le sens large, sous forme d’une papule ou d’une infiltration, plus ou moins localisée. Nous verrons que l’œdème peut parfois se produire très rapidement et pourrait presque être rangé dans les réactions rapides.

À un degré de plus, c’est l’exsudation de sérosité dans les instertices tissulaires et qui donne naissance à des vésicules ou à des phlyctènes.

Tous ces désordres semblent être sous la dépendance de la vaso-dilatation. Celle-ci peut, dans un certain nombre de cas, déterminer, non pas l’exsudation de sérosité, mais une extravasation de globules rouges et l’on a alors des taches purpuriques, des pétéchies, etc.

À l'encontre de ces phénomènes, qui sont sous la dépendance de la vaso-dilatation, d’autres semblent être dûs à la vaso-constriction. La privation de sang prolongée ou répétée d’un territoire donne naissance à la gangrène, à la nécrose, et à des pertes de substances.

Encore plus complexes sont certaines modifications

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de la pigmentation (mélanodermies, vitiligo), de la consistance de la peau (sclérodermies), des phanères (chute des poils ou hypertrichose, ongles striés ou cassants, etc.), et bien d’autres troubles encore qui sont parfois difficiles à expliquer par les seules perturbations vaso-motrices.

Il faut ajouter qu’une fois que le processus nerveux a déclanché un processus cutané, celui-ci peut être modifié par l’intervention d’un facteur infectieux, chimique, mécanique, etc., qui transforme l’aspect des lésions et en fait méconnaître l’origine. Nous verrons plus loin l’importance de ces influences secondaires.

Déjà à l’état physiologique, des modifications de la peau peuvent survenir sous l'influence de causes psychiques. Tout le monde connaît l’érythème pudique ou simplement émotif (dont nous verrons une exagération pathologique dans notre observation N° 1), la pâleur ou la rougeur de la face dans la peur, la colère, etc.

Il existe donc une régulation réflexe de la vaso-motricité de la peau mise en œuvre par l’émotion. Il existe également des régulations vaso-motrices locales que l’on utilise en clinique pour explorer certains territoires sous forme de la raie vaso-motrice, du dermographisme, de l’intradermo-réaction à l’istamine, etc.

En dehors de la vaso-motricité, les muscles horripilateurs sont également mis en œuvre dans les émotions s’accompagnant de frissons, de la chair de poule, etc. Ces réactions sont encore utilisées dans la recherche du réflexe horripilateur.

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