ANATOMIE - PATHOLOGIQUE
Nous limiterons notre étude aux altérations des centres nerveux et des nerfs dans le paludisme.
La coloration noirâtre du cerveau est notée par les premiers observateurs, tels que Meckel, Hesehl, Lancisi, Baïlly, Maillot, etc. Durand, de Lunel, rapporte deux autopsies de Cambay où la substance corticale était très foncée, d’une teinte gris violet. Frerichs fait de cette coloration une lésion propre au paludisme et il reconnaît qu'elle est due à une accumulation de grains de pigment noir qu'il à très nettement décrits. Tantôt ces grains de pigments sont libres, tantôt il les voit inclus, phagocytés par des leucocytes ou des corps hyalins et il dit fort bien que cette infiltration est la cause des accidents cérébraux du paludisme.
Lorsqu'un sujet a succombé à une fièvre pernicieuse ou comateuse, et c'est d'ailleurs presque les seuls cas où l’on ait l’occasion de pratiquer des autopsies, on observe à la convexité du cerveau, une injection vive des méninges (Laveran). Sur le cerveau dépouillé de ses enveloppes, on constate que 1a substance grise des circonvolutions à une teinte plus foncée que normalement, ou bien une coloration violacée que l’on a comparée à celle des fleurs de
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certaines hortensias. Ces mêmes altérations de teintes se retrouvent dans les noyaux centraux du cerveau, du bulbe et de la moelle épinière. On constate que la répartition n'en est pas uniforme, certains centres étant plus atteints que d'autres ; cela explique les symptômes cliniques variables et les systématisations que l’on observe dans certains cas (0bs. de Dumolard et de Scherb).
La substance blanche est moins atteinte macroscopiquement ; nous verrons plus loin que c'est à cause de sa pauvreté relative en vaisseaux et non par immunité.
A l'examen microscopique, on constate que les capillaires renferment, outre des globules rouges parasités, un grand nombre d'éléments pigmentés. Sur les coupes montées au baume du Canada, les capillaires semblent «injeetés avec une substance hyaline tenant en suspension une matière noire pulvérulente », dit Laveran ; on y voit, en effet, un piqueté noir, régulier, formé de grains de pigments arrondis et de même grosseur. Ces granulations pigmentées ne diffusent pas dans la substance nerveuse qui ne présente pas d’altérations. Par contre, tous les capillaires sont uniformément atteints, aussi bien dans la substance blanche, que dans la substance grise, et si cette dernière semble macroscopiquement plus lésée, c'est à cause de sa plus grande vaseularisation.
Dans aucune observation, les auteurs ne relatent de lésions des nerfs. Peut-être faut-il penser que ces lésions seraient les mêmes que celles de la substance blanche des centres (c'est-à-dire l'injection des capillaires par les pigments), et, dans ce cas, elles auraient passé inaperçues à un examen exclusivement macroscopique. Des recherches sur ce sujet sont encore à faire.
Enfin, nous devons ajouter que, d’après Dumolard, il n'existerait généralement pas de leucocytose du liquide céphalo-rachidien dans le paludisme. Pourtant, le même auteur (obs. n° 25) signale la lymphocytose dans un cas de syndrome de Landry. Lortat Jacob et Caïn ont rapporté à ia Société Médicale des Hôpitaux, un cas de coma paludéen avec réaction méningée lymphocytaire (17 déc. 1909).
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PATHOGENIE
On comprend facilement, connaissant la fragilité spéciale des cellules nerveuses et surtout leur impressionnabilité aux variations de pression sanguine, que les lésions que nous venons de décrire dans les capillaires des centres nerveux produisent de graves perturbations dans les fonctions nerveuses.
Frerichs, qui à vu le premier le pigment dans les capillaires cérébraux formant de véritables thrombus, a été naturellement amené à en faire la cause des accidents nerveux. Son opinion a été pendant longtemps discutée et critiquée. On ne s’expliquait pas comment ces thromboses se dissipaient en dehors des accès et sous l'influence du traitement quinique. Les observations récentes de Bignami ont montré pour les muqueuses gastriques et intestinales, que ces thromboses sont primitivement formées par des agglomérations de parasites. Nous savons, en effet, que souvent le globule parasité s’hypertrophie, que les formes sexuées de l’hématozoaire sont de. beaucoup plus grosses que les globules rouges ; il n’est pas étonnant que ces corps, incapables de se déformer et de s’étirer pour franchir un capillaire comme le font les leucocytes ou les hématies normales, jouent ainsi
le rôle de barrière momentanée à la cireulation, barrière qui disparaîtra à la fin de l'accès ou sous linfluence de la quinine, en même temps que les héma tozoaires.
Selon l'importance des lésions, nous aurons dans les cas légers de la céphalalgie, de la rachialgie, des névralgies ; dans les cas plus graves, des névrites s’accompagnant de paralysie, de l'aphasie, des troubles sensoriels et peut-être, enfin, des affections systématisées comme le syndrome de Landry, décrit par Dumolard, ou la syringomryélie décrite par Scherb.
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