‹ Contribution à l'Étude des Manifestations Nerveuses dans le PaludismeChapitre 6 sur 27 · DESCRIPTION - EXPOSÉ CLINIQUE · texte numérisé non relu

DESCRIPTION - EXPOSÉ CLINIQUE

Il convient de séparer dans cet exposé clinique, les cas où la manifestation nerveuse est constituée par l’'exagération de symptômes nerveux généraux qu'on observe habituellement dans les accès, et les cas où la manifestation nerveuse se localise sur une région précise du système nerveux, central ou périphérique. Enfin, nous y joindrons l'étude des troubles vasomoteurs qu’on considère actuellement comme d’origine nerveuse.

A) Exagération de symptômes nerveux généraux.

Céphalalgie. — Il n'est pas rare de voir ce symptôüme se montrer avec une intensité inaccoutumée. les malades souffrent atrocement, il leur semble que leur têle va éclater, c'est une céphalalgie généralement frontale.

Rachialgie. — Quelques malades ont des douleurs lombaires comparables à celles qui marquent le début de la variole.

Délire. — L'agitation que l'on observe normalement au début de l'accès peut céder la place à un délire très violent : la face est animée, le malade se fait remarquer par son agitation et par sa loquacité, bientôt il prononce des paroles sans suite, le délire est bruyant ; le malade cherche surtout à se lever, à s'échapper de la salle où il se trouve et, s’il est abandonné à lui-même, il peut se tuer en passant par une fenêtre, Ce délire se produira dans les accès pernicieux, mais il est indépendant de l’état typhoïde du malade.

Coma. — Cet état est généralement la terminaison d'un accès pernicieux avec délire ; mais il peut arriver aussi que le coma s’installe brusquement avec une rapidité comparable à celle de l'ictus apoplectique ; on à ainsi décrit des accès pernicieux apoplectüiformes. Le malade est dans un état de torpeur, sa sensibilité est obtuse ou nulle ; les muscles sont dans la résolution la plus complète ; les pupilles sont dilatées et presque insensibles à la lumière. Les liquides pe sont pas déglutis et peuvent refluer dans le nez. Le coma est une forme grave témoignant toujours d'une infection ancienne, on ne l'a jamais signalé comme complication d’une fièvre de récente invasion.

Convulsions généralisées. — Forme rare observée par Laveran, présentant le caractère épileptiforme.

Contractions tétaniques. — Nous en avons de remarquables exemples dans la thèse de Périnelle, inspirée par Trabut. (Voir observ. n° 1.) On retrouve les symptômes habituels du tétanos : trismus, raideur de la nuque, contractures, c'est une forme très grave.

mn Te B) Localisations.

Névralgies

La douleur peut frapper tous les nerfs de Ia sensibilité consciente et aussi les nerfs viscéraux qui peuvent devenir douloureux à l’occasion d’accès.paludéens. Lorsque nous avons étudié la fréquence, nous avons vu que c'est la névralgie au trijumeau, branches sus et sous-orbitaires, que l’on observe le plus fréquemment. Citons encore : la névralgie faciale, les névralgies intercostales donnant des points pleurodyniques, les névralgies diaphragmatiques bien décrites par Claude, la névralgie oceipitale, Ia névralgie du sciatique, les névralgies de la mamelle, du testicule, la cystalgie (Raynaud), la cardialgie, la gastralgie, l’entéralgie, ete., «etc.

Ces diverses névralgies ne présentent pas de symptomatologie particulière. On y retrouve les signes habituels des névralgies quelle qu'en soit la cause. Nous insisterons pourtant sur les douleurs abdominales de l'intestin grèle et du côlon. Elles se présentent dans les cas légers, sous forme de coliques sèches, surtout intenses dans la seconde moitié de la nuit. Elles sont particulièrement communes dans les expéditions eoloniales ; elles ont été décrites par Harmand et Lanquette, en Cochinchine ; par Grall, au Tonkin ; par Debrie, Sabatier, Ségard, Drago, à Madagascar ; par Rangé, au Dahomey. Ces coliques, la plupart du temps sans diarrhée, s'accompagnent d'un état de ballonnement de l'abdomen et quelquefois de phénomènes généraux si graves, qu'on à pu prononecr le mot de péritonisme. M. le Docteur Soulié, en 1892, a publié dans la Société de Biologie, des obser- ‘ations de paludisme à forme péritonéale ; M. le Doc-

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teur Gillot a publié, dans la Semaine Médicale (1895), des observations très démonstratives où de pareils phénomènes avaient fait porter 2 diagnostic de péritonite par perforation éberthienne et avaient eonduit à pratiquer la liparotomie d'urgence.

Ces phénomènes névralgiques se produisent Le plus souvent au moment des accès et atteignent alors leur acmé. Il n'est pas rare pourtant de les voir se prolonger en dehors des accès comme dans nos observations. Parfois même, la névralgie remplace l'accès réalisant ainsi un véritable équivalent comparable aux équivalents épileptiques.

Névrites et Polynévrites périphériques

Nous ne ferons pas de distinction entre les névrites sensitives et les névrites motrices, parce que Ia plus souvent les formes observées sont des formes mixtes. La névrite exclusivement motrice a cependant été rencontrée (obs. 8). Dans le paludisme, Is membres inférieurs sont le plus souvent atteints et les muscles extenseurs sont frappés de préférence. Au membre inférieur, le steppage, la chute du pied, se retrouvent le plus souvent ; au membre supérieur, c'est la paralysie radiale. |

Les névrites et polynévrites témoignent d'une altération fonctionnelle ou organique du nerf, tandis que la névralgie est due à une simple irritation. On comprend facilement que la lésion du nerf qui produit les paralysies et l’anesthésie, puisse en même temps ôtre douloureuse et s'accompagner de névralgies.

L'atrophie des masses musculaires frappées s'observe lorsque la paralysie dure un certain temps : on observe le plus souvent alors, la réaction de dégénérescence.

Nous trouverons aussi le plus souvent, des troubles vaso-moteurs et sécrétoires, des œdèmes malléolaires, de la rougeur des téguments, des sueurs, ui abaissement de la température locale.

Le début progressif des accidents est la règle ; le malade accuse des fourmillements dans les extrémités, puis les muscles les plus tloignés du tronc se prennent les premiers et les accidents gagnent de proche en proche la racine des membres. Les membres inférieurs sont aussi pris avant les supérieurs : nous dirons que les accidents suivent une marche ascendante ; de plus, cette marche est assez lente et demande plusieurs jours. L'observation (n° 25) rapportée par Dumolard est très démonstrative à ce point de vue.

Enfin, de ces paralysies et anesthésies produites par les polynévrites, les unes sont transitoires et disparaissent avec l'accès qui les a vu naître ; les autres, et c’est le plus grand nombre, sont prolongées ; elles font souvent suite à un accès pernicieux, durent plusieurs jours ou même plusieurs mois, puis disparaissent progressivement. leur disparition suivant une marche descendante.

Affections pseudo-systématisées cérébrales

buibaires ou médullaires

La localisation systématisée ‘sur les centres nerveux cérébraux et bulbaires est connue depuis longtemps ; dans la thèse d'Eug. Vincent, nous ne trouvons pas moins de dix observations d’aphasie associée à diverses paralysies. L'étude de la pathologie nerveuse à cette époque (quelques observations datant de 1857) était moins précise qu'aujourd'hui et les

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observations ne permettent pas de se rendre compte de la localisation exacte des lésions, aussi avons-nous rapporté ces observations en les résumant. I! semble pourtant que dans ces observations même, nous avons, à côté de syndromes corticaux, des syndromes bulbaires ; si nous n'avons pas des faits précis établissant leur existence, on peut néanmoins les admettre comme possibles.

Pour ce qui est des syndromes médullaires, leur existence semble démontrée par l'observation de Dumolard que nous reproduisons en entier (obs. n° 25). Ce même auteur va aussi incessamment publier une observation, recueillie par le Professeur Scherb, dans laquelle un syndrome syringomyélique évolue consécutivement à des accès paludéens.

Affections non systématisées - Névroses

L'Hystérie a été signalée par Lejonne, Grasset, Clément. Des manies aiguës, des crampes choréiformes ont été signalées par quelques auteurs ; de même l’insomnie intermittente. Mais on comprend combien on doit être réservé sur ces questions, là où il peul n'y avoir qu’une simple coïncidence.

C) Troubles vaso-mofeurs.

Pour compléter cette élude des troubles nerveux, nous devons parler de ces modifications dans la eirculation capillaire qu'on considère aujourd'hui comme d'origine nerveuse.

C'est d’abord la conjonctivite intermittente déerite ainsi par Raynaud :

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« L’affection conjonctivale est surtout caractérisée par une hyperémie considérable d’un ou des deux yeux, hyperémie s’accompagnant de photophobie, sans douleurs intra-oculaires ou périorbitaires, les larmes coulent en abondance ; les paupières sont ou ne sont pas atteintes par la tuméfaction.

« Ces phénomènes paraissent brusquement pendant quelques heures, pour cesser ensuite ; ils se présentent avec ou sans accès fébrile, constituent quelquefois à eux seuls tout l’accès. D'autres fois, l’œæil reste injecté longtemps encore après l'accès, d’une manière continue ; il y a alors des exacerbations périodiques.

« Ces accidents se rencontrent rarement dans la cachexie palustre, on les voit le plus souvent à la période aiguë. Les accès peuvent être quotidiens le plus ordinairement ou se présenter tous les deux jours, dans l'intervalle l'œil est absolument sain. La vision, légèrement trouble pendant l'attaque, s'éclaircit alors. »

Il insiste bien sur ce fait, qu'il y a congestion et non inflammation, sécrétion exagérée de larmes et non de muco-pus.

La maladie de Raynaud ou asphyxie locale des extrémités, se rencontre surtout chez des paludéens. Rey, Marroin, Calmette, Vaillard, Moursou ont insisté sur cette relation. Verneuil et Petit pensent que le froid joue le principal rôle dans la maladie de Raynaud, mais que le paludisme peut favoriser cette action, en augmentant la sensibilité au froid et en augmentant l’action réflexe de la moelle sur les vasomoteurs.

Enfin, le paludisme peut produire jusqu'à la gangrène. Ramakers a consacré une thèse à l'étude des gangrènes palustres.

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