DIAGNOSTIC
Lorsque l’on est en présence d'une névralgie, d'une névrite, chez un malade infecté de paludisme, lorsque ces phénomènes nerveux subissent un paroxysme au moment des accès et qu'ils guérissent par les sels de quinine en même temps que le paludisme, le diagnostic est évident. Mais, en clinique, la question ne se pose pas toujours aussi simplement. Il ne suffit pas qu'une névralgie ait le type intermittent, ni même qu'elle cède à la quinine, pour que l’on soit autorisé à affirmer son origine paludéenne. Il faudra éliminer les causes habituelles de névralgie. Ce sont d’abord les causes locales : compression par une lésion osseuse, méningée, par une tumeur (névralgie du facial par un polype inira-otique), par un cal exubérant (névralgie du radial). La carie dentaire (névralgie dentaire), les affections suppurées de l'oreille, les inflammations des cavités séreuses voisines (névralgie phrénique par péricardite, par pleurésie) peuvent être la cause de névralgies.
Les infections tiennent aussi une grande place : citons la syphilis avec ses crises nocturnes de céphalalgie, la grippe, la tuberculose, la goutte, le rhumatisme, la blennorragie. La névralgie peut être
encore symptomatique d'une lésion nerveuse centrale, nous ne citerons que les névralgies si variées de la période préataxique du tabes, dont le diagnostic est quelquefois si difficile. Enfin, rappelons le rôle si important du froid, surtout du froid humide, comme cause occasionnelle de diverses névralgies.
Pour,les névrites et polynévrites, il faudra éliminer :
1° Les causes locales de froid, traumatisme, compression des nerfs ;
2° Les intoxications (alcoolisme, saturnisme, arsenicisme, hydrargirisme) ;
3° Les infections (diphtérie, lèpre, tuberculose, variole, dothiénentérie, béribéri, choléra, ete. ;
4° Les dyscrasies ou auto-infections (cancer, diabète).
Pour les affections cérébrales et médullaires, il faudra éliminer les mêmes affections essentielles ou ayant une autre origine.
Mais cela ne suffira pas et toute autre cause pa- “aissant écartée, on ne sera en droit d'affirmer l’origine paludéenne des troubles nerveux qu'après avoir établi l’existence indubitable du paludisme ; ce diagnostic peut offrir quelques difficultés. Il arrive que les malades méconnaissent les accès de fièvre qui ne s’'accompagnent ni de frisson, ni de sueurs et qui sont réduits au stade de chaleur. De plus, les continues palusires peuvent donner un tracé thermométrique peu différent de celui de nombreuses pyrexies. La fièvre typhoïde, le typhus exanthématique, le typhus récurrent à spirilles d'Obermeier, la fièvre de Malte, la pneumonie, les méningites, la tuberculose peuvent être ainsi confondus avee une continue palustre. Sans doute Laveran signale dans les conti-
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nues palustres, une rémission vespérale qu'on observe rarement ailleurs, mais ce signe peut manquer. Le diagnostic différentiel se fera, pour ces maladies. par la recherche des signes particuliers : le séro-diagnostie pour la fièvre typhoïde et la fièvre de Malte ; l'examen du sang, pour le typhus récurrent, ete.
La notion du séjour du malade dans un pays à fièvres, et à un moment de l’année favorable à la con-: tamination, le faciès terreux des malades, l'hypertrophie splénique, et surtout la présence dans le sang d’hématozoaires permettront d'affirmer le paludisme. Nous devons ajouter que quelquefois, surtout lorsque le malade a été soumis à un traitement quinique insuffisant ou mal dirigé, qui laisse persister la fièvre, la recherche des hématozoaires dans le sang périphérique peut être négative.
Enfin, lorsque les troublés nerveux constituent la seule manifestation du paludisme, réalisant une forme larvée, le diagnostic causal est particulièrement délicat ; il devra s'appuyer sur les signes précédents, mais souvent le tableau ne sera pas complet.
PR. rs