‹ Contribution à l'étude des manifestations rénales de la syphilis acquiseChapitre 10 sur 17 · DIAGNOSTIC · texte numérisé non relu

DIAGNOSTIC

Lorsqu'un malade présente les symptômes de néphrite que nous venons de résumer sommairement, nous devons nous demander qu'elle est la cause de cette néphrite ?

Le diagnostic de néphrite syphilitique n'est pas en général chose facile ; les causes pouvant produire des népbrites sont en effet si nombreuses, qu'il est bien difficile de les éliminer toutes, et d'arriver en dernière analyse à la syphilis. Mais toutes ces causes étant éliminées, nous devons faire le diagnostic ferme de néphrite syphilitique, sans nous contenter de l'hypothèse d’une simple coïncidence; c'est ce diagnostic qui dirigera le traitement.

Il est bien évident que le médecin, après avoir fait le diagnostic de néphrite, ne doit pas se tenir pour satis-

fait et appliquer le même traitement pour toutes Les lésions rénales; il doit encore, par une sérieuse enquête, rechercher si l'affection rénale n'aurait pas la Syphilis pour cause, et toujours penser au grand nombre de syphilis ignorées des malades euxmêmes.

M. Burckmann (1) pense que la coïncidence de lalbuminurie et de nombreuses manifestations syphili-

* tiques secondaires permet presque d'affirmer le dia-

gnostic de néphrite syphilitique précoce Donc, si chez un malade présentant des manifestations secondaires de la syphilis, sans autres phénomènes morbides, apparaissent les symptômes d’une néphrite à marche aiguë ou subaiguë, il est presque légitime d'admettre une détermination de la syphilis sur le rein, tout en tenant compte de la part qui peut revenir aux autres facteurs étiologiques. Mais cette part füt-elle grande, nous n’hésiterions pas à instituer le traitement spécifique.

Cette coexistence d'accidents spécifiques avec la néphrite syphilitique précoce, fait quelquefois défaut, et il semble alors que les manifestations rénales aient amené la disparition des autres accidents syphilitiques, de même qu'on voit quelquefois une poussée d'eczéma faire disparaître une bronchite rebelle à touttraitement jusqu’à l'apparition de la manifestation cutanée.

Le diagnostic des néphrites syphilitiques tardives est encore plus difficile que celui des néphrites syphilitiques

(1) Burckmann. Ouvrage cité.

RCE )

précoces; si toutes les manifestations syphilitiques sont terminées depuis longtemps : le médecin qui se trouve en présence d'une néphrite, s'il n'est pas secouru par la mémoire du malade, ne peut établir le diagnostic que par élimination. b

Mais, dans ce cas comme dans les néphrites secondaires, les autres manifestations syrphilitiques qui accompagnent une néphrite ont une valeur diagnostique indiscutable, surtout si elles sont viscérales et occupent en particulier le foie et la rate. « Les mani- « festations simultanées sur ces trois organes sont en « effet si constantes, qu'elles semblent pathognomo- « niques de la syphilis.» M. Mauriac (1) de quiest cette citation, considère ces trois organes comme formant une « trilogie pathologique ».

Avant que l'attention des cliniciens ne sait attirée sur l'existence des néphrites syphilitiques, un grand nombre de ces manifestations rénales ont dû passer inaperçues ; aujourd'hui, l'examen des urines est pratiqué d'une façon systématique chez tous les syphilitiques; de plus, grâce aux nombreuses publications de M. Dieulafoy, les petits accidents du brightisme, universellement connus et adoptés, permettent eux aussi de dépister une maladie de Bright, alors que le symptôme albuminurie n'existe pas.

Un excellent caractère pouvant éclairer le diagnostic est la rapide amélioration produite par le traitement.

(x) Mauriac, Syphilose ténale. Archives de médecine, 1886,

mercuriel et l'ivdure de potassium ; c'est même souvent le seul signe sur lequel on puisse appuyer le diagnostic de néphrite syphilitique.

En résumé, le diagnostic de néphrite syphilitique précoce repose sur les antécédents du malade, la coexistence des manifestations secondaires de la syphilis, et les bons effets du traitement mercuriel.

Celui de la néphrite syphilitique tardive s'appuie sur les antécédents, la coexistence de manifestations tertiaires de la syphilis, en particulier la syphilis hépatique, la cachexie syphilitique, les ulcérations syphilitiques, etc., et sur l'action curative de l'iodure de potas sium associé au mercure.

Quant au diagnostic des gommes du rein, il est fort difficile, sinon impossible de le faire. M. Elsenberg (1) pense qu'il peutêtre fait pour une gomme rénale en voie deramollissement. Dans cecas, chezun syphilitiqueconservant un bon état général, sans fièvre, sans douleurs dans la région rénale, il survient de l’albuminurie, une urine trouble, sanguinolente, présentant un sédiment contenant du sang, des gouttelettes de graisse, des cellules en voie de nécrose; toutes ces altérations de l'urine disparaissent rapidement dans le cas de gomme du rein, ce qui ne se produirait pas dans la tuberculose rénale. |

(1) Elsenberg. Archiv. für dermat. und syphilis, t, XXVIII, p. 248.

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